Points de vue

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POUR LA BONNE CAUSE !

 


Lire la suite...J’ai défendu récemment la cause d’un MNS par-devant le conseil des prud’hommes d’une grande ville de l’est de la France, lequel MNS travaillait dans une petite entreprise gérée par deux anciens STAPS, et j’ai découvert à quel point l’économie, pour ne pas dire le mercantilisme, prenait le dessus sur l’intelligence des humains.

Cette structure à vocation éducative, c’était une sorte de garderie aux prétentions pédagogiques où l’on s’occupait des enfants dans un bassin gonflable sans profondeur de quelques mètres et bien évidemment avec du matériel à foison.

L’offre au public néophyte et consumériste était donc alléchante, avec comme argument central "le ludique" ou l’on avait oublié l’eau.

Nous entrons dans la sphère de la communication et de la marchandisation, signe des temps, de notre temps.

Lors de mon intervention à la barre, je n’ai pu résister de dire aux juges que j’étais un ancien MNS et que fort de mon expérience passée, cette entreprise vendait du vent et de la vacuité.

Le responsable de la structure a voulu que je m’excuse de mes propos, je les ai donc par plaisir réitéré, il était outré car il n’avait finalement pas compris à quel point il était ignorant de l’enseignement de la natation selon les standards modernes et son lien avec les sciences humaines.

Son avocat était outré car il trouvait le concept très bien, ses enfants étaient bien gardés en effet et c’était fort pratique. (Ambiance Disney land ou Mac do land)

Jadis dans les facultés d’éducation physique on formait me semble-t-il des enseignants pas des marchands.

Qu’apprend-on dans les facultés aujourd’hui? La réponse est sans doute dans la question.

C’est un peu comme lorsque l’on me fait épeler le nom de ma rue, rue d’Oradour sur Glane. J’ai honte. Que reste-t-il de ce que l’on enseigne aux enfants, ou plutôt de ce que l’on enseigne pas?

Le monde merveilleux d’Orwell n’est pas très loin.

Cela se passait dans l’extraordinaire structure de 9 mètres de long, dans le monde merveilleux de la démagogie vénale ou seul le profit guide le pseudo pédagogue…

Boîte à fric vous avez dit maître, ho quel gros mot me rétorque-ton… !

Et dans ce milieu étroit et intellectuellement sclérosé, le nom de Raymond CATTEAU devient lui aussi très vite un gros mot.

Alors vive les gros mots.

Même si notre tâche est celle de Sisyphe, poursuivons nos efforts et semons nos idées.

Et comme le dit si bien ARAGON «Il vous reste du moins cet amer plaisir-là, Vitupérer l'époque».

Cela se passe en France au XXI° siècle

Mon cher Raymond,

je suis resté très attaché à tes enseignements progressistes doublés d’une grande et lucide modernité.

Il apparaît, malgré un lien de fait, que je ne confonds pas la mission impartie au militant de la cause de l’enseignement moderne de la natation que je fus quand j’étais MNS et entraîneur de natation avec celle qui relève de l’avocat que je suis devenu.

J’ai accepté en cette dernière qualité d’assurer la défense des intérêts des maîtres nageurs dans le cadre des litiges qui les opposent à leurs employeurs, ou plus encore lors de noyades mortelles (Trop souvent d’enfants).

J’ai la faiblesse de penser qu’il faut savoir faire le lien entre ce qui relève de la mission de l’avocat défenseur des professionnels de la natation, et ce qui relève des pédagogues qui en amont construisent l’édifice qui permet au plus grand nombre d’accéder à ces enseignement.

Et par conséquent prévenir aussi les noyades par la massification de l’enseignement intelligent de la natation, qui hélas est encore un ouvrage à remettre sur le métier tant les pouvoirs publics semblent inertes.

Assurer la défense individuelle des MNS n’a impliqué et n’impliquera pas, de ma part, aucun renoncement aux valeurs pédagogiques émancipatrices auxquelles j’ai toujours adhéré.

J’observerai à titre subsidiaire que cet état d’esprit m’encourage à veiller à ce que ces mêmes valeurs soient respectées dans les rapports entre les employeurs et leurs MNS.

Un Avocat

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CHERCHER LA PETITE BÊTE … !

Créer des difficultés en montrant le détail qui fait problème (nous dit le Robert). Cette expression populaire fustige celui qui s’attarde sur des détails au détriment du tout, de l’essentiel, du plus important ?

Nous nous sommes contentés de présenter la liste des items dans les propositions du projet, dit pédagogique, de Créteil sans insister sur ce qui était censé justifier leur ordre, la cohérence d’ensemble. En réalité nous n’avons pas trouvé de liens logiques dans une énumération d’exercices indépendants.

Lire la suite...A titre d’exemple, nous avons retenu le thème : « s’horizontaliser ... » et nous aurions pu sourire comme nous l’avions fait à propos de la prétention de la proposition à pouvoir concerner la pratique sportive ou les brevets d’état, en nous posant la question de l’adoption par l’Académie Française d’étudier le nouveau terme : s’horizontaliser, pour le voir figurer, les prochaines années dans le vocabulaire français. Nous comprenons bien l’idée : mettre à l’horizontale et s’ ou soi, le sujet agissant. Encore faudrait-il définir l’horizontale, un plan perpendiculaire à la verticale dans un référentiel euclidien. A défaut on peut considérer la droite de référence comme direction parallèle ou confondue avec la surface de l’eau. Entre l’horizontale et la verticale il existe une infinité d’obliques mais il n’y a qu’une seule horizontale qui ne tolère pas d’à peu près !

Et, si l’essentiel n’était pas précisément ce que l’on qualifie de « détails » !

Question centrale : que faut-il mettre à l’horizontale ? Les didacticiens de la natation ont considéré qu’un ensemble de conditions posturales rendraient possible et favoriserait l’efficacité de la locomotion humaine dans l’eau : alignement du grand axe du corps, horizontalité, immersion et relative indéformabilité. Isoler un seul de ces éléments de l’ensemble nous fait retomber dans le découpage, dans le folklore pédagogique, dans la pédagogie du mouvement.

La notion de posture, comme bien d’autres, est absente du projet de Créteil. Et pour argumenter un bien fondé on évoque une idée saugrenue : c’est la vitesse qui met les corps en déplacement à l’horizontale. (sic) ! Il y a une cinquantaine d’années, en RDA, on invoquait la vitesse pour justifier la posture du nageur en « hors-bord » mais la c’était la posture qui était censée faciliter l’augmentation de la vitesse.

Revenons à l’exercice de la vidéo pour atteindre l’objectif : mettre le corps à l’horizontale. Le nageur agrippe d’un bras le rebord du bassin devant lui et au dessus de la surface. Puis il tire sur le bras amenant le coude près de la main. La direction de la force va du centre de gravité immergé vers la main et déplace l’ensemble vers le haut et vers le coté où la main s’est ancrée. Donc en oblique vers le haut. Comment obtient-on une mise à l’horizontale du corps ??? Si le nageur enchaine après la traction une poussée vers l’arrière en allongeant le bras en direction de sa hanche, il éloigne le centre de gravité en l’écartant l’ensemble du bord. Mais le problème de la mise à l’horizontale n’en est pas pour autant résolu.

La question essentielle réglant l’activité perceptive du sujet est de nature informationnelle. Que signifie pour chacun d’entre nous « être aligné » ? Quel(s) référentiel(s) avons nous construit sur terre pour nous sentir aligné et qui serait transposable pour le nageur ? La station droite du terrien s’accommode des bras le long du corps, abandonnés à l’action de la pesanteur. La posture du nageur, bras dans le prolongement du corps, qui conditionne et rend possible la locomotion ne s’improvise pas spontanément. Rappelons que dans toutes les nages ventrales, qu’elles soient alternées ou simultanées, dans les plongeons de départ et les virages, l’activité locomotrice se déclenche à partir des membres supérieurs dans le prolongement du tronc, tête en dessous des bras. Pour la nage dorsale les bras seront en dessous de la tête.

Construire sur terre une posture équivalente suppose une relation à un plan ; un mur uni s’y prête, bien qu’il soit vertical. Contact au mur des talons en bas puis des fessiers, des omoplates, de la nuque, des épaules, coudes, dos des mains conservées côte à côte puis élévation sur la pointe des pieds. C’est là l’aspect sensoriel auquel se superpose la perception kinesthésique du corps ainsi érigé. Cette dernière perception de soi se retrouvera dans l’eau en substituant au mur la surface liquide comme référentiel.

A quelles conditions notre schéma corporel de terrien pourra-t-il s’enrichir du schéma corporel aquatique ? Et essentiellement comment élaborer ce dernier ?

En tant qu’entraîneur ou initiateur, comment abordez-vous ce problème ?

raymond

 



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L'entraîneur formateur, ou l'entraineur de demain

 

Lire la suite...La construction d’un athlète est une opération artisanale qui confine presque à la production artistique. Des réflexions, des connaissances sont nécessaires à la construction et à la structuration des compétences « techniques, pédagogiques et didactiques» de l’entraîneur formateur, mais ces « connaissances et réflexions nécessaires » doivent en quelque sorte disparaitre, elles ne doivent jamais venir à la surface pendant le processus de construction de l’athlète.

Imaginez l’entraineur comme un chef qui met du sel parce que il sait qu'il y en a besoin. Ce n'est pas du hasard ou du pif, c'est le fruit de la structure qu'il a consolidé. Quand il cuisine il est un chef, il ne pense pas, il ne joue pas le chef! Il pourrait après te dire pourquoi il a choisi une chose ou l'autre ( pas avant ! ), mais quand il fait le choix c'est immédiat, c'est une action mentale complexe dont les éléments constituants se coordonnent de façon synthétique.

Une attitude non intellectualiste se révèle donc indispensable. Heureusement, il s'agit d'une situation privilège dans l'entrainement, une profession imprégnée par une matérialité qui est beaucoup plus cachée, ou presque absente, en d'autres métiers artistiques, pensez à la poésie ou à l'écriture.

Créer un nageur est beaucoup plus proche de la réalisation d'une peinture, d’une sculpture, avec la nécessité de choisir les matériaux et les mélanger soigneusement. Ou concevoir une voiture de course avec ses régulations complexes d'ingénierie. Mais c’est beaucoup plus riche et stimulant, parce que on travaille avec une matière qui interagit, qui évolue, qui se transforme en réaction aux manipulations du formateur. Le but ultime de l'œuvre d'art est l'autonomie ; elle doit accéder à la vie et doit prendre des significations indépendantes de l’artiste lui-même. Rien de plus beau, comme objectif, que conduire du matériau à ses meilleures potentialités expressives. Et aucun matériau ne donne plus de satisfaction ou de résultats que l'être humain avec sa personnalité qui est modelée et libérée, dans ses composantes motrices, affectives et cognitives, à la conquête de son propre et imprévisible espace dans la vie sociale.

Une conséquence directe de cet axiome est que la dimension fondamentale qui caractérise un artiste est la dimension culturelle, sa capacité à connaître les matériaux qu'il utilise et les lois qui en régissent les fonctionnements. Ce qui différencie l'artiste de l'artisan c’est la prise de conscience des fonctionnements, la capacité d'obtenir certaines réponses et résultats envisagés, non par simple reproduction empirique des procédures déjà adoptées par d'autres, mais à travers une connaissance profonde et exacte des processus. En fin de compte, on pourrait dire la capacité à innover.

Un degré supplémentaire de qualité est la capacité de s'éloigner de l'œuvre, de la rendre vivante, autonome, indépendante de celui qui l’a produite. La profondeur de la personnalité du maître, conséquence immédiate de son bagage culturel, à savoir dans ce cas, au sens très large, comme produit d'une dialectique féconde et continue entre expérience et réflexion, est un élément essentiel pour ne pas imposer de limites à la dimension évolutive de la personnalité de l'élève.

Alors, dans le cas de ceux qui travaillent dans le domaine sportif, les connaissances anatomiques, biomécaniques, psychologiques, pédagogiques, la connaissance des lois physiques des matériaux ou du substrat avec lesquels l'athlète interagit… et d'autres compétences encore, sont toutes au service du développement de l'individu. La composante liée à la motricité représente une seule des dimensions de la personnalité et, dans le cas de la pédagogie de l'activité physique, la voie privilégiée d'accès parce que celle-ci peut être stimulée, évoluer et devenir de plus en plus autonome.

Être mis en condition de se confronter à des problèmes ( tâches ) dans le domaine de la motricité et de les résoudre ( réussir ) constitue un parcours obligé pour le progrès de l’individu, mais c'est seulement la compétition, la confrontation à l'autre, qui ajoute de la dimension sociale et permet, à travers le jeu continu de l'attribution des rôles et de la recherche des statuts, une véritable redéfinition autonome de la personnalité qui va au-delà de la relation castratrice de l'entraîneur, quand celui-ci veut rester maître d'une œuvre qu'il croit inopinément sa propriété.

mauro

 

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POUR CHANGER LES PRATIQUES SOCIALES DANS UNE INSTITUTION : QUELLE METHODE ?

Un exemple : le document de l’Académie de Créteil sur l’enseignement de la natation.

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Un conseiller pédagogique de circonscription de Seine et Marne a sollicité mon avis à propos d’un document publié par l’Académie de Créteil, introduit par la Rectrice de l’académie, concernant l’enseignement de la natation à l’école élémentaire. C’est en tant qu’ancien enseignant EPS formateur à l’école normale devenue IUFM puis enseignant formateur à l’UFRSTAPS d’Orsay responsable des enseignements de natation que je voudrais donner mon point de vue.

La méthode utilisée : des questions se posent et nous interrogent.

- Quelle relation explicite est établie entre le constat de l’échec de l’enseignement de la natation en regard de l’objectif assigné de permettre à tous les élèves de réussir l’ASSN  et les solutions préconisées ?

- Quels changements sont proposés par rapport à la situation antérieure qui a produit cet échec relatif insatisfaisant au regard des objectifs ?

- Au-delà du constat statistique et des chiffres (rappel : 42 % des élèves entrent au collège sans avoir validé l’ASSN et 19% ne l’ont toujours pas validé en fin de cycle 3), quel travail d’analyse est opéré pour comprendre ou interpréter les trajectoires d’apprentissage / enseignement des élèves aboutissant à ces échecs ? Le taux d’échec est-il identique selon les départements, les circonscriptions, les piscines ?

- S’il y a des différences sont-elles statistiquement significatives ? Quels éléments seraient susceptibles d’expliquer ces différences ? Le partage du projet entre les différents acteurs et leur responsabilisation concernant celui-ci :

- les populations d’élèves et les parents concernés (âges, sexes, niveau de classe, origine socio culturelle),

- les équipes éducatives prenant en charge l’enseignement de la natation (leur cohérence, leur compétence et expérience en matière pédagogique et didactique de la natation et leur degré de conviction et d’investissement par rapport à l’objectif de la réussite de tous),

- les pratiques effectives des personnels intervenant dans leur interaction avec les groupes d’élèves,

- les contenus pédagogiques et didactiques proposés aux élèves, la méthode,

- le dispositif d’enseignement (durée de cycle, temps d’enseignement effectif, etc…)

Une méthode qui à partir du constat, accepterait le détour de l’analyse permettrait sans doute de mieux cibler la nature des changements à opérer pour s’approcher de l’objectif ambitieux déclaré.

Que dirait-on d’un médecin qui prescrirait un remède sans avoir diagnostiqué la nature et l’origine de la maladie qu’il veut traiter ? Quelle efficacité pourrait-on en attendre ?

Devant l’écart entre l’objectif visé et le constat chiffré opéré, deux mesures sont proposées : l’une, relative à l’organisation du temps d’enseignement l’autre, à la « progression pédagogique ».

Qu’y a-t-il de nouveau dans ces propositions susceptibles de transformer les résultats dans un sens positif ? Le nouveau est-il toujours signe et porteur de progrès ?

Nous avons ici un exemple d’organisation fonctionnant en structure pyramidale à caractère hiérarchique. Des experts ou présumés tels (mais experts de quoi), réunis en commission sont chargés de construire une « progression pédagogique » censée aider les différents personnels intervenant directement en piscine auprès des enfants. Les différents maillons de la chaîne hiérarchique devant sans doute diffuser du haut vers le bas ce nouvel « objet pédagogique » pensé en relation avec des nouveaux programmes et une nouvelle organisation des cycles d’enseignement.

Quelle aide souhaiterait avoir l’intervenant au bord du bassin pour mieux réussir sa mission au quotidien et atteindre les objectifs visés par son institution? La question lui est-elle posée ? Se pose t’elle pour lui ? Comment l’institution qui l’engage reconnait-elle ses succès ou ses échecs professionnels ?

Responsables d’une institution, d’un club, d’une organisation, d’une circonscription, d’un service des sports municipal, d’une école de natation, d’une piscine, faites nous part de vos tentatives ou des méthodes que vous utilisez pour gagner en efficacité et vous approcher des objectifs à atteindre.

Dans une prochaine contribution, nous ferons part de notre avis sur la « progression pédagogique » et les orientations techniques et pédagogiques du document de Créteil.

 

Alain Catteau, le 9 décembre 2016

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CRETEIL

 

Au commencement était le Verbe (ou la pensée se manifestant), disaient les disciples mystiques de Platon. Au commencement était l’action rétorquait Goethe.

Henri WALLON, De l’acte à la pensée : essai de psychologie comparée, Paris, Flammarion, 1970.

 

Comment situer et caractériser cette récente proposition de cheminement dans la formation de nageurs à l’école élémentaire ? Pourrait y retrouver une tentative de référence au modèle ERP transformé en RPE ? Ce qui semble nous ramener vers un passé révolu, c’est l’absence de référence à une structure et à une genèse. Manifestement la « pédagogie du mouvement » s’illustre et se retrouve à tous les niveaux.

La Rectrice de l’Académie de Créteil en présence d’une situation alarmante : 42 % des élèves entrant en 6 ième ne sont pas considérés comme « sachant nager », va réunir des personnes qui au vu de leur production n’ont jamais connu de pratique natatoire compétitive.

Il s’agissait de mener une réflexion sur les conditions d’enseignement et l’organisation de cycles couvrant 50 séances de pratique en piscine (séances de 30 à 45 min.).

Il eut été possible et probablement souhaitable d’inciter les intervenants à s’engager dans la voie des méthodes actives en adoptant l’attitude expérimentale pour ne pas tomber sous l’emprise de la pensée spéculative qui guette ceux qui s’éloignent du savoir et savoir-faire contextualisé. Mais cela impliquait de dépasser les connaissances de type descriptif pour invoquer une référence à un « modèle théorique » de fonctionnement du nageur, prélude à la proposition d’une didactique de la discipline.

Une expression qui n’a pas de sens et n’a pas son équivalent dans les autres disciplines : le « savoir nager » va être précisé ou limité à « un savoir nager scolaire » !!!

A quand le savoir nager des sapeurs pompiers, le savoir nager des boulangers et le savoir nager des marchands de frites ?

Autre chimère, autre utopie : étendre au-delà des personnels dépendant de l’éducation nationale : les professionnels de la natation et ceux qui gèrent les Brevets d’Etat, le produit de ceux qui se sont vus investis d’une compétence universelle.

Nous aurions aimé l’illustration de la démarche à travers l’animation d’une classe entière et non par seulement un à quatre enfants qui d’emblée réussissent l’exercice illustrant les différent sous-objectifs.

Quelques exemples où l’idéologie (monde imaginé substitué au monde réel) touche l’irrationnel.

Naturellement c’est en petite profondeur que le terrien débutant va s’aventurer. Descente par les escaliers ou plus directement, marche et ramassage d’un objet lesté.

Comment pourrait-il dans ces conditions découvrir les propriétés de son corps dont la densité (surtout chez les sujets jeunes) est telle qu’il flotte naturellement, que l’eau le repousse en surface.

Pédagogiquement il est souhaitable de mettre l’apprenant en condition de réussite rapide sinon immédiate. Le redressement de la colonne dorsale amplifie dans toutes ses dimensions le volume thoracique et il devient dès lors impensable d’accepter, voire de favoriser, une posture « en boule ».

Lorsque l’on choisit la forme voulue, le corps s’aligne à l’horizontale.

C’est Jacques PAILLARD ( Jacques PAILLARD : L'acte moteur comme facteur d'adaptation et de progrès évolutif, in: Actes du Colloque "Sport et Progrès de l'Homme", Paris, 1975 - p. 71-108 ), s’adressant à ceux qui ont la mission d’enseigner les activités physiques et sportives, qui a focalisé leur attention sur la nécessité d’aborder l’organisation posturale avant et au service de l’organisation motrice. Cette préoccupation échappe totalement au projet de Créteil et se concrétise dans la posture « en boule ». Le seul moment où elle pourrait se retrouver, c’est lors du virage, dans le changement de sens où la vitesse est nulle, et à aucun moment dans la locomotion aquatique.

Nos experts de l’Académie de Créteil confirment que « le paralogisme est le propre de l’esprit humain » ( Jacques LECOMTE, Informations exactes, conclusions absurdes, extrait de Science et Vie, n° 894, mars 1992, p. 68-73 ).

En effet, pour se déplacer plus rapidement dans l’eau le nageur doit respecter les lois physiques et offrir un maître-couple le plus réduit possible ; il adoptera de ce fait une posture spécifique. Le gain en vitesse est un effet et non la cause de l’horizontalité, de l’immersion et de l’indéformabilité du corps.

Le raisonnement qui affirme que la vitesse produit la mise à plat du corps se révèle absurde !

Enfermés dans leurs certitudes ces mêmes experts vont aborder la ventilation à partir du déplacement en battement de jambes seules, une frite pour l’appui des mains, bras dans le prolongement du tronc. Le sujet de la vidéo inspire en relevant la tête grâce à un appui des mains sur la frite qui s’enfonce. Cette procédure caractérise la « respiration de l’asthmatique ».

Très représentative du niveau d’appréciation du « savoir nager scolaire » est la vidéo montrant une fillette en « nage complète » : rotation des bras tendus, battements amples des jambes, et surtout un corps orienté à l’oblique plus proche des 45° que de l’horizontale.

L’objectif terminal est la réussite d’un test attribuant l’ « attestation scolaire du savoir nager »

Les objectifs intermédiaires sont au nombre de treize (avec illustrations vidéo) :

1) entrée dans l’eau pour immerger la tête et le corps (petite profondeur)

2) construire une apnée inspiratoire et une expiration aquatique (petite profondeur)

3) se laisser flotter (petite profondeur, bras le long du corps)

4) descendre au fond pour agir et se laisser remonter par l’eau (cage à poules)

5) s’horizontaliser à la surface à partir d’appuis solides (le long de la goulotte avec action des jambes)

6) construire un équilibre horizontal à partir d’appuis solides (poussée des pieds au fond, des marches ventral et dorsal) petite profondeur

7) se déplacer à la surface grâce à des appuis solides (goulotte et ligne d’eau)

8) se rééquilibrer à partir de déséquilibres divers (bras écartés, une frite dans chaque main)

9) se laisser remonter par l’eau (saut vertical par les pieds, toucher le fond, mise en boule)

10) créer de la vitesse et l’entretenir sur de courtes distances (bras en brasse et battements)

11) construire une propulsion alternée des jambes ventrale et dorsale (frite tenue bras dans le prolongement du tronc, battements de jambes)

12) optimiser la respiration aquatique pour nager plus loin et plus longtemps (même dispositif + nage en crawl, inspiration de face et tous les 4 coups de bras)

13) créer et entretenir de la vitesse grâce à l’action simultanée ou alternée des bras.

Vidéo illustrant épreuve d’attestation scolaire du savoir nager que vous pouvez trouver dans le " Site disciplinaire EPS Créteil "

Nous laissons aux lecteurs et enseignants avertis et aux entraîneurs compétents le soin d’analyser la liste des propositions académiques pour comprendre le défi qui attend les intervenants qui auront la lourde charge de construire de véritables nageurs.

Quelques collègues se souviendront peut-être qu’en décembre 2010, l’Université de Créteil me faisait l’honneur d’une invitation à présenter, à l’occasion des Journées Alain DUREY, l’option pédagogique en lien avec la construction d’un modèle théorique du fonctionnement du nageur.


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Un schéma suggérait des modalités de collaboration entre ceux qui « produisent » les nageurs performants et l’université dans sa fonction de production de connaissances.

Nous n’oublions pas que c’est toujours la pratique qui valide ou invalide les connaissances.

Une interrogation : les promoteurs du projet Créteil souhaitent-ils expliciter les fondements théoriques de leur démarche ? Leur point de vue serait alors publié sur notre site.

raymond

 

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