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« L’optimisation de la performance » - Un concept à la mode ? Un leurre ?

 

« Vouloir faire exister la performance avant qu’elle soit produite, c’est par exemple le cas lorsque nous parlons d’optimisation de la performance, nous conduit au cœur d’un immense malentendu qui a des conséquences considérables en matière d’entraînement » F.BIGREL

Les deux effets pervers de ce concept sont d’amener à percevoir la performance comme « une chose » qui existerait avant la situation de compétition et d’amener à concevoir l’entraînement comme un ensemble d’éléments indépendants les uns des autres : la physiologie, la musculation, la technique, le mental, l’évaluation etc.

Par exemple, l’amélioration du rendement sera le domaine de l’entraîneur et l’augmentation de la puissance celui du préparateur physique alors qu’il existe un rapport à la fois complémentaire et contradictoire* entre ces deux aspects mécaniques des nages qui les rend indissociables.

*Puissance : Quantité de travail produite par unité de temps (exprimée en watt)

Rendement : Rapport entre le travail utile fourni et l’énergie consommée (toujours inférieur à 1)

L’augmentation de la puissance se fait au détriment du rendement, mais à rendement égal le plus puissant l’emportera. (Voir « Encore et toujours la vitesse »)

 

Cette représentation de la performance et de l’homme qui autorise à « découper » pour « optimiser » fait des dégâts considérables. Elle a conduit des pays, des fédérations, à concevoir des batteries d’exercices standardisés sans fondements auxquels devaient se soumettre les athlètes en croyant que ces tests constituaient à la fois des passages obligés pour espérer réaliser une performance mais aussi un moyen pour « détecter les talents ».

Autre effet : les spécialistes de  l’optimisation de la performance  avec leurs discours sur les « facteurs de la performance (sic) » font naître des besoins… auxquels ils se proposent de répondre !

Nous avons la conviction que nous devrions nous intéresser au processus « d’individuation », encore trop ignoré par le monde du sport, qui pourrait-être à l’origine de l’émergence de l’excellence quelque en soit le domaine.

Pour un nageur ce processus pourrait se résumer ainsi : c’est la résolution des problèmes auxquels il se frotte qui lui permette d’apprendre, de se construire, et d’être en mesure de faire face efficacement aux problèmes posés par la situation de compétition.

Cela signifie que l’attitude pédagogique de l’entraîneur, la façon dont il imagine, conçoit, propose l’entraînement, contribue au processus d’individuation qui autorisa l’athlète à s’exprimer pleinement ou pas.

« A la différence des approches classiques qui étudient l'individu "déjà individué" pour le connaître, la notion d'individuation s'attache, elle , à le comprendre au contraire en étudiant le processus qui permet son émergence.

L'individuation conçoit la genèse de l'individu comme une série de résolutions de problèmes. Cet individu est le résultat d'un jeu au sein d'un champ de forces dont il fait lui-même partie et il est vain de chercher le principe de cette individuation dans la forme que prend ce résultat. Ce sont les relations que cet individu entretient avec les autres (objet, personne, espace, temps...) qui le sculptent au fil du temps, autres qu'il contribue à sculpter en retour. On parle alors d'un « réalisme des relations », ces relations tenant lieu d'être. Le bilan est l'apparition conjointe d'un individu singulier et de son milieu associé que l'on ne peut plus alors concevoir séparément. Ils vivent l’un de l’autre, ce qui fait dire à Paul Valéry : « L’œuvre ne peut avoir pour auteur une personne qui lui serait antérieure. » F. BIGREL

Ce qui semble caractériser les sportifs qui réalisent des performances est à la fois la confiance qu’ils ont en eux et le niveau de construction de leur fonctionnement.

 

b_554_369_16777215_00_images_oziogallery3_foto_pallanuoto.jpg« La clé du sport c’est l’émotion », à l’heure ou les outils technologiques issus du « Big data » s'invitent de plus en plus dans le sport, il ne faudra jamais l’oublier.

« Création collective, instinctive, continue, dynamique grandiose de l’imaginaire, le sport traverse avec assurance l’histoire des peuples et n’a pas été inventé, au cours des âges, sur décision des princes ou recommandation des philosophes. Il est vivant, populaire, spontané. Il est émotion. Il est passion. C’est par là d’ailleurs qu’il échappe. Les bonnes raisons ne le touchent qu’en surface… » Bernard JEU « Le sport, l’émotion, l’espace »

Les sportifs performants sont des passionnés qui aiment leurs disciplines et/ou la compétition pour les émotions procurées.

Comment faire aimer la natation aux jeunes qui viennent à nous ? (Ils viennent à nous pour apprendre à nager !)

Faire vivre des situations adaptées et simples d’organisation mais intenses émotionnellement à des jeunes gens ne pourrait-il pas les motiver à s’engager dans nos disciplines ?

Ce n’est pas par hasard qu’une jeune fille va choisir de pratiquer la natation artistique plutôt que la natation course, que ce jeune garçon va choisir de pratiquer le water polo ou que tel autre choisira le plongeon.

Ce qui dicte ces choix, quand le choix est possible, c’est la nature de l’émotion éprouvée. Si l’émotion est la clé du sport, la nature de l’émotion est la clé pour faire aimer nos disciplines sportives.

Selon Bernard JEU, ce qui caractérise les sports de nature esthétique (natation artistique, plongeon) c’est « l’état de grâce » où la facilité affichée, nous le savons, n’est qu’apparente au prix d’un travail soigneusement dissimulé.

Ce qui caractérise émotionnellement les courses (natation course) c’est « la poursuite », le poursuivant et le poursuivi.

Ce qui caractérise les sports de balle (water polo) c’est « le jeu de la horde et du territoire », des espaces interpénétrés et la cible adverse.

Marc,

Juin 2018

 

 

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