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« Les séries de jambes en valent-elles la peine ? »

 

En commentant l'article La pédagogie de l’action ne dissocie jamais... Kiou a dit:

Personnellement, je n'utilise pas le battement de jambes (sauf sans planche sur 1% de mon entraînement pour faire un rappel du placement de bras, en utilisant la surface comme point de repère). Par contre, j utilise la planche pour les jambes de brasse (sur toutes distances) et les ondulations (dans le cadre de sprint inférieur a 25m).

Contexte a préciser : je parle la de minimes et cadets, je fais des ondulations chez les plus jeunes sur de plus longues distances afin de parvenir a une continuité de ces ondulations avant d aborder le papillon

Les ondulations en sprint ont pour but, selon moi, de rigidifier la partie haute du corps en un seul bloc (car j ai constaté que dans les coulées, mes nageurs les moins rapides n étaient pas " bloqué "sur le haut du corps). Cependant, je me pose la question : ne suffirait il pas de travailler a sec sur du gainage et dans l eau sur des coulées sans faire aucun mouvement pour avoir ce verrouillage épaules/tête/bras?

Les ondulations avec planche me servent aussi en sprint a mettre de la fréquence sur les jambes (même si je sais que la fréquence sera plus élevée sur un 50m que sur un 100m dans ces coulées). Je me pose toutefois la même question sur le travail hors de l eau, est ce que je perds mon temps a essayer de développer cela dans l eau?

 

Je pense que le commentaire de Kiou est compréhensible, pas facile de faire autrement !

Je crois qu'il est sur le bon chemin. J'avais réagi à un article américain, prétexte pour solliciter des réactions de la part des entraîneurs de ma région. C'est le même débat.

"Pourquoi « ne pas oser » ? Quelles sont les raisons qui nous empêchent de faire autrement ?

Les raisons sont nombreuses mais la principale est que nous sommes enfermés dans des représentations collectives véhiculées par le milieu de la natation

Lorsque la question « Ce que vous proposez à l’entraînement, ça vient d’où ? » est posée à des entraîneurs, toutes disciplines confondues, les réponses sont toujours les mêmes :

- « Je fais faire ce que j’ai fais quand j’étais moi-même athlète » (donc reproduction et rien d’innovant…)

- « Je reproduis ce que je vois faire par mes collègues » (qui eux même reproduisent ce qu’ils ont fait étant athlètes… donc rien d’innovant…)

- « j’applique ce que j’ai appris » (donc reproduction et rien d’innovant)

- « j’observe les façons de faire des meilleurs athlètes et tente de le faire reproduire à ceux que j’entraîne » (l’observation première est un frein à la connaissance car j’observe ce que je crois être vrai… « l’observation première est toujours un obstacle à la connaissance » - G. Bachelard)

Nous sommes dans un cercle vicieux dont il est difficile de sortir ! Qui plus est, nos représentations ont une capacité de résistance extraordinaire au changement notamment aux modèles qui viendraient les contredire.

Pour ma part, j’ai fait fonctionner un nouveau modèle dans lequel les séries jambes seules n’avaient plus de sens. Le temps passé traditionnellement à travailler en jambes à l’entraînement a été consacré à la recherche d’une meilleure efficience et à l’amélioration du rendement dans toutes les nages (nage complète). Ce bouleversement s’est révélé extrêmement bénéfique en termes d’efficacité. Je regrette de ne pas avoir été en mesure de changer de modèle de fonctionnement du nageur, qui conditionnait ma façon d’agir et de penser à mon insu, beaucoup plus tôt.

Qui plus est, pour la plupart, l'absence de modèle théorique de fonctionnement du nageur explicite, n'arrange pas les choses.

Je pense que Raymond a fait avancer la natation de façon incroyable avec Corps Flottant/Projectile/Propulseur... Le problème c'est que pour le comprendre il faut agir avec des nageurs et les accompagner à utiliser un fonctionnement de haut niveau pour passer à travers l'eau et se ré accélérer.

Terry Laughlin est le fondateur et le directeur de Total Immersion Swimming - Cet article est tiré du chapitre 8 de " Swimming Made Easy "

Comme certains des plus rapides nageurs du monde font merveille avec une planche - les champions mondiaux et olympiques Ian Thorpe, Alexandre Popov, Grant Hackett et Pieter Van den Hoogenband peuvent tous franchir 50 mètres en moins de 30 secondes de cette façon de nombreux nageurs en viennent à la conclusion qu'ils devraient également être des virtuoses de la planche et y consacrer d'innombrables heures d'entraînement.

Bien qu'un grand nombre des plus rapides nageurs du monde aient aussi des battements de jambes très rapides, j'hésite à tirer la conclusion suivante :

1. ils s'entraînent très fort avec la planche; donc...

2. ils accélèrent leur propulsion avec la planche; donc...

3. ils nagent très vite.

Je suis plutôt porté à penser que les attributs physiques qui leur permettent de nager plus rapidement que qui que ce soit d'autre leur permettent aussi de pousser une planche plus rapidement que qui que ce soit d'autre. Je doute que les séries de jambes avec planche rehaussent la vitesse, et je me demande même, à supposer que les nageurs et leurs entraîneurs osent délaisser l'entraînement avec la planche pendant une saison, s'ils perdraient vraiment de la vitesse ou s'ils ne deviendraient pas de meilleurs nageurs?

Voici une expérience que vous voudrez peut-être essayer. Demandez à être filmés (sous l'eau) en battant des jambes avec une planche, puis en nage libre. Si vous étudiez les deux vidéos au ralenti, vous verrez qu'il y a très peu de ressemblance entre le battement des jambes avec une planche et ce que font vos jambes quand vous nagez. Je crois que le battement des jambes " avec planche " diffère tellement du battement de jambes " au naturel " que l'entraînement avec une planche est surtout efficace pour entraîner vos jambes à pousser une planche sur toute la longueur de la piscine, mais en fait très peu pour les entraîner à battre plus efficacement pendant que vous nagez.

À quoi sert le battement des jambes ?

La plupart des nageurs et des entraîneurs se demandent peut-être à l'occasion dans quelle mesure les jambes contribuent à la vitesse, sans oser toutefois prendre le risque de ne pas faire de séries de jambes avec une planche. En fait, le battement des jambes contribue quelque peu à la propulsion, mais pas de la façon que nous nous l'imaginons.

Je crois que la plupart des gens pensent qu'il leur faut un bon battement des jambes pour l'une des raisons suivantes :

" Si mes bras peuvent propulser mon corps à 4 pieds/seconde et que mes jambes peuvent le faire à 2 pieds/seconde, ensemble ils propulsent donc mon corps à 6 pieds/seconde ".

" Si je travaille vraiment très fort ces séries de jambes avec la planche, j'aurai un "moteur" plus puissant ".

Il est vrai qu'un nageur qui bat des jambes avec une planche crée de la propulsion, et parfois même une propulsion très rapide. Mais cela ne nous dit rien sur ce qu'un battement de jambes beaucoup plus puissant peut vraiment ajouter à la nage complète ni sur la dépense d'énergie nécessaire à l'accélération (gain de vitesse est plus approprié) ainsi obtenue.

Mesurer l'effet véritable du battement des jambes

Dans les années 50, le chercheur-entraîneur Doc Counsilman a mis au point une expérience visant à mesurer ce que le battement des jambes ajoutait à la propulsion. Il a " remorqué " des nageurs en position de glissement à diverses vitesses, avec et sans battement de jambes. Il a mesuré la tension du câble utilisé pour vérifier si elle était plus grande, identique ou moins élevée lorsque le nageur battait des jambes ou se laissait glisser.

Le battement des jambes ne diminuait la tension du câble (c-à-d qu'il ajoutait à la propulsion « vitesse ») que lorsque la vitesse de traction était faible et que le nageur battait des jambes avec un effort maximum.

Cependant, à toutes les vitesses supérieures à 5 pieds/seconde (1 minute 8 secondes le 100 mètres), le battement des jambes ne contribuait aucunement à la vitesse et, dans certains cas, produisait même une résistance accrue ! Imaginez une traction avant et une traction arrière sur le même véhicule. Si les roues avant tournent à 30 mi/h, mais que les roues arrière tournent à 20 mi/h, la vitesse totale du véhicule ne sera pas de 50 mi/h, mais se situera plutôt à moins de 30 mi/h puisque les roues arrière créent une résistance. Le même phénomène se produit lorsqu'un nageur dont le mouvement des bras est raisonnablement efficace utilise un battement des jambes moins efficace.

Le battement des jambes consomme de l'énergie et crée de la résistance.

Plus d'effort, moins de vitesse.

La dépense d'énergie liée au battement des jambes a aussi été mesurée. Plusieurs études des 30 dernières années ont évalué la consommation d'oxygène des nageurs de compétition avec battement des bras seulement, battement des jambes seulement ou mouvement complet.

Chaque étude a démontré qu'un battement des jambes vigoureux augmentait considérablement la dépense d'énergie requise pour se déplacer à une vitesse donnée. Dans une de ces études, un battement de jambes d'une vitesse approximative de 60 secondes, soit une vitesse plutôt modérée pour un nageur de compétition, exigeait quatre fois plus d'oxygène que le battement des bras à la même vitesse.

Une conclusion s'impose : le battement des jambes n'ajoute que relativement peu de propulsion à un style de nage efficace, mais il peut augmenter beaucoup la résistance et accroître énormément la dépense d'énergie du mouvement complet si on lui accorde trop d'importance. Par conséquent, les nageurs devraient tout faire pour maximiser l'avantage de leur battement de jambes tout en minimisant les efforts qu'ils y consacrent.

Une conclusion s’impose :

Ce qui est déterminant pour nager plus vite c’est :

Se construire le plus efficacement possible pour passer à travers l’eau en offrant le moins de résistance possible (s’aligner, s’orienter, se rendre indéformable, s’immerger) et se ré accélérer le plus efficacement possible (construire la pâle, construire l’arrière, construire l’intensité de force croissante) dans toutes les nages.

Pour ensuite augmenter son rendement par augmentation du volume nagé.

Pour ensuite augmenter sa puissance disponible afin de pulser plus fortement les masses d’eau.

Travailler jambes seules n’est pas un moyen qui permette d’obtenir une plus grande efficience et un meilleur rendement.

Les jambes ne sont pas un second moteur et ne sont pas propulsives.

La « patiente recherche » de la nage la plus efficiente possible et la recherche du meilleur rendement doivent être les objectifs recherchés à chaque instant de l’entraînement.

Le temps passé à s’entraîner jambes seules ne contribue ni à l’efficience de la nage ni à l’amélioration du rendement.

Marc Begotti

 

Coordination : système fonctionnant comme une totalité organisée, à partir du fonctionnement simultané de composantes qui s’influencent mutuellement. Les coordinations qui dépendent du cervelet ne sont pas conscientes donc ne s’enseignent pas, elles s’affinent par réajustement.

Le lecteur qui souhaite approfondir et élargir sa réflexion sur ces thèmes peut s'adresser au site : abcnatation.com/dauphine-savoie, voir en particulier la section documents de M. Begotti.

 

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Commentaires   

#1 raymond 13-11-2013 09:18
A propos de la ^planche en brasse KYOU a dit :
" Par contre, j utilise la planche pour les jambes de brasse (sur toutes distances) et les ondulations (dans le cadre de sprint inférieur a 25m)."
Si l'on veut bien se reporter aux images de la jeune brasseuse on constate que la poussée des jambes s'exerce sur un corps immergé et aligné horizontalement, d'où son efficacité. L'utilisation de l'appui des bras sur la planche enfonce la partie postérieure du corps entraînant une poussée oblique des jambes. Ne serait-il pas préférable de porter les bras le long du corps pour une meilleure immersion et un meilleur alignement ?
Par ailleurs le retour des jambes en brasse fait remonter la tête le temps de l'inspiration !
Quant à l'usage de la planche pour les ondulations de l'ensemble du corps !!! La conséquence immédiate est de déplacer l'origine de l'ondulation vers les hanches ! qu'en pensent les entraîneurs ?
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#2 Kyou 13-11-2013 14:45
C'est vrai, la poussée des jambes en brasse n est pas la meme, je vaisessayer les bras le long du corps et demander leur ressenti au nageur. C est peut etre une utilisation abusive de la planche qui fait que beaucoup de nageur piusse vers le bas avec leurs jambes (a force d y etre entrainer...) en brasse , sans attendre d etre immergé et aligné.

Pour les ondulations, je vais essayer de regarder cela sur mes nageurs, voir la différence avec et sans planche.
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#3 Gérard GOSSET 15-11-2013 17:20
En plus de la natation, je pratique le yoga depuis 40 ans.
Adopté par les occidentaux surtout dans la partie plutôt physique (le hatha yoga).
Dans cette activité l'on rencontre les même problèmes liés aux structures mentales. "**ça nage**"

" Nous sommes dans un cercle vicieux dont il est difficile de sortir ! Qui plus est, nos représentations ont une capacité de résistance extraordinaire au changement notamment aux modèles qui viendraient les contredire"
« Les séries de jambes en valent-elles la peine ? » Marc Begotti.

Le yoga est la science du "mental" et le but du yoga
"c'est l'arrêt des modifications automatiques du mental", parce que sans cesse la relation entre l'objet observé et l'observateur est "entachée" par des représentations spontanées (modifications du mental), qu'elles soient ou "subjectives", sensorielles, émotionnelles, intellectuelles, irréelles, réelles ou "objectives", sans en connaître leurs origines, etc. et aux qu'elles on adhère trop souvent sans trop se poser de questions et surtout celle-là: "**Est-ce la réalité**"?
"**La natation de demain**", "**l'homme de demain**", nous avons à prendre ces sujets à "**deux mains 1 ** ".
1. Faire effort sur soi-même pour accomplir un acte difficile devant lequel on a longtemps hésité. (WIKIPEDIA)
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#4 Kyou 15-10-2014 09:51
Bonjour

Juste pour signaler que je n utilise plus du toute planche ni en ondulations ni en jambes de brasse. Car comme l a dit Raymond, les ondulations avec planche déplacent l'origine de cette ondulation vers les hanches.

Merci pourtous ces retours et ces articles, ainsi que le séminaire 2014
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#5 Gérard GOSSET 08-11-2014 17:14
Gérard Gosset
Lors de la propulsion "jambes" seule, la proposition de RC de porter les bras le long du tronc (sans planche) oblige des transformations. Les bras ne peuvent plus agir pour servir "d'appui' pour hausser le tronc à l'inspiration, ce qui oblige à mobiliser le relevé/baissé de la tête et de retrouver une posture "flottante" pour l'efficacité propulsive des membres inférieurs. Pour un des nageurs sans cette action du cou, respirer, devient difficile. "Pratiquons nous saurons!"

Un des nageur témoignait que lors de la désorganisation de la propulsion "haute" les membres inférieurs se mettaient à "gigoter".

Si vous courez, essayez d'accélérer les actions bras...

Si la notion "énergie" vous est familière, déplacez l'énergie d'une partie du corps vers une autre (haut/bas) et constatez la baisse ou la hausse d'activité dans les régions corporelles conscientisées.
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