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Critères de réussite pour les formations

 

Les bilans des stages de Mirano, dont un encore non diffusé ou produit, nous interpellent sur l’efficacité des opérations de formation.

L’apparente complexité des stages de Mirano tient au regroupement de nombreux nageurs à des niveaux très différents de construction sur le chemin de la haute performance. Cette même diversité se retrouve dans la gamme des stagiaires formateurs novices ou en activité au sein des clubs.

Chaque stage vise à diffuser un savoir faire élaboré et efficient de la construction du nageur performant, savoir-faire par ailleurs théorisé en cohérence avec les connaissances disponibles des sciences humaines. Il semble bien difficile à se trouver partagé avec les entraîneurs et formateurs en activité et les personnes postulant à cette fonction.

La connaissance d’un modèle théorique de fonctionnement de haut niveau du nageur et des étapes ou passages obligés de sa construction par les nageurs ne peuvent plus être mis en cause fondamentalement et constituent un outil indispensable.

La fonction des stages de formation des initiateurs et entraîneurs est de permettre à chaque participant de s’approprier l’outil et son usage.

Ce qui est donc visé pour les formés, c’est une double compétence : un savoir-faire et des connaissances dont il tire ses sources et sa propre cohérence.

Pour les formateurs responsables des stages, cela suppose des objectifs, une démarche, une stratégie et des procédures dont il convient d’évaluer la pertinence.

Comment évaluer utilement le processus que constituent les stages et le produit repérable au niveau de fonctionnement de chaque formé : l’entraîneur stagiaire ?

Les visiteurs du site auront lu ma proposition d’ajouter une mention au diplôme remis à chaque participant au terme de la soirée conviviale qui couronne le stage.

Elle provoque d’intéressantes réactions auxquelles chacun est invité à se joindre.

Et une question centrale soulignée par moi : Ces niveaux de compétence doivent-ils nécessairement se calquer sur la construction du nageur?

raymond

 

Première réaction de GG :

« Raymond, Ce que tu rends public est le résultat d’une longue concentration sur l’humain en natation. L’eau claire est transparente – quoique déformant notre vision – comme tes écrits ou tes paroles peuvent l’être pour toi ou certains. Tu connais mon respect et mon affection pour ta personne ainsi que mes possibilités pédagogiques passées ou réactualisées. Toutefois pour les actualiser plus pleinement hors de l’aspect professionnel, surtout isolé d’un milieu compétent, cela devient complexe. Mais peut-on s’empêcher de respirer - un nouveau-né en sait quelque chose - il n’a pas le choix c’est cela ou mourir. Comment les apprenants en natation peuvent expérimenter sans aide pour connaître ? Comment envisages-tu la formation des futurs animateurs en natation et quelles sont les « lignes » à emprunter ? sur quoi prendre « appui » ? Bref « a l’aide » dans cet océan agité d’ignorance qui m’entoure, ça flotte, mais progresse l’intention de reprendre pied sur les rivages de la connaissance. Très cordialement. »

 

Première réaction de JG :

« Bonjour Raymond,

Je trouve intéressante ton idée d'introduire des niveaux de compétence pour les entraîneurs. Mais ces niveaux de compétence doivent-ils nécessairement se calquer sur la construction du nageur? Obtenir des nageurs un positionnement de la tête demande t-il des compétences moindres qu'obtenir une distribution croissante de la force?

On pourrait penser à d'autres critères. Par exemple:

- premier niveau: obtient de son groupe un "temps d'activité" de plus de x% du temps de séance. (Quantité d'actions suffisante)

- deuxième niveau: différencie les tâches au sein d'un même travail collectif en fonction des problèmes rencontrés par chacun. (Pédagogie différenciée)

- troisième niveau: obtient pour les nageurs de son groupe les transformations attendues en relation avec leurs niveaux de construction. (Efficacité pédagogique)

- ...

C'est une réflexion à approfondir.

Et pour ceux qui revendiquent de n'entraîner que les meilleurs, pourquoi ne pas choisir l'option assumée que les entraîneurs/pédagogues reconnus comme les plus compétents s'occuperont des nageurs les moins avancés. Un lieu où celui qui s'occupe des plus débutants est le plus chevronné représenterait une alternative innovante vis à vis de la vision traditionnelle de l'enseignement (ce qu'Alain avait déjà mis en place à Orsay avec les étudiants STAPS).

 

Seconde réaction de JG :

« J'ai quelque peu modifié les niveaux de compétence auxquels j'avais pensé dans un premier temps. Bien sûr cela ne reste qu'un balbutiement... Penses-tu que nous puissions arriver à des niveaux de construction fonctionnels qui auraient une utilité pour les formateurs: permettre de proposer des tâches adaptées au niveau des entraîneurs en vue d'obtenir de ceux-ci de véritables transformations.

Les niveaux de compétence de l'entraîneur:

- Niveau 1: Obtient pour chaque membre de son groupe un temps d'activité d'au moins 90% du temps de la séance.

À ce stade, les consignes ne doivent plus dépasser 10% du temps de la séance et les nageurs doivent travailler simultanément plutôt que chacun leur tour

- Niveau 2: Repère les niveaux d'organisation de chaque membre du groupe et propose des tâches cohérentes en fonction des niveaux observés.

À ce stade, l'entraîneur est capable de situer un nageur dans l'un des 6 niveaux d'organisation locomotrice du nageur et de lui proposer des tâches adaptées. La pédagogie devient différenciée selon les problématiques de chacun et la formation de groupes de besoins de construction est privilégiée à celle de groupes de niveaux chronométriques.

- Niveau 3: Adopte une démarche hypothético-probabiliste en lien avec le comportement des nageurs réalisant les tâches proposées.

À ce stade, l'entraîneur ne déroule plus un programme de tâches déjà préparées et connues mais adopte une démarche de projet de transformations attendues en émettant des hypothèses sur les effets qu'auront les tâches qu'il choisit ou invente. La transformation attendue est connue mais le chemin pour y parvenir ne l'est pas et se modifie au fur et à mesure des informations qu'apporte le comportement du nageur.

- Niveau 4: Maîtrise la dynamique de la mise à l'épreuve de la durée puis de la vitesse.

À ce stade l'entraîneur est capable d'organiser l'entraînement en séquences de dislocation des blocs fonctionnels, de patiente recherche des solutions efficaces et de stabilisation des transformations.

Je suis toujours d'accord pour partager mes réflexions sur le site si vous les jugez utiles. Mais j'espère pouvoir débattre et échanger pour que nous arrivions à quelque chose de plus abouti. »