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A propos de l’aisance aquatique.

b_305_431_16777215_00_images_oziogallery3_divers_BOEN34.jpgLes dictionnaires nous apprennent qu’être à l’aise c’est réaliser une tâche sans effort et avec plaisir. L’aisance fait partie des concepts flous, remplis d’ambiguïté et de subjectivité. Evoquer une aisance aquatique, c’est penser qu’il y a un rapport à l’eau indépendant des activités que l’on peut y pratiquer. Nous pensons au contraire que l’on ne peut parler d’aisance dans l’eau sans préciser les tâches qui y sont réalisées.

Les activités que l’on peut pratiquer dans l’eau sont nombreuses, de la baignade dans une eau tempérée dont la profondeur permet de maintenir un contact au sol avec les pieds, à la plongée libre non instrumentée explorant la dimension verticale du milieu aquatique, en passant par la natation permettant de se déplacer en eau profonde sur des distances de plus en plus longues sans instruments ou accessoires.

L’annexe 4 du Bulletin Officiel de l’Education Nationale (B.O.E.N.) 34 du 12 10 2017 présente un test « d’aisance aquatique ». Ce test est censé vérifier l’aptitude des élèves à effectuer diverses tâches dans l’eau comme : sauter, flotter sur le dos pendant 5 secondes, réaliser une sustentation verticale de 5 secondes, nager sur le ventre sur 20m, franchir une ligne d’eau ou passer sous une embarcation ou un objet flottant.

On pourrait questionner les tâches proposées pour leur plus ou moins grande précision et le niveau de compétence requis pour les réaliser. Par exemple l’aptitude à passer sous une ligne d’eau ou sous une embarcation relève t’elle du même « niveau d’aisance » ? Pourquoi nager sur une distance de 20 m alors que la plupart des bassins sont de 25 m ? Mais ce qui retient notre attention et qui détruit la fiabilité et la crédibilité du test d’aisance c’est la phrase : « Ce test peut être réalisé avec ou sans brassière de sécurité »

Comment peut on oser prétendre attribuer un même certificat d’aisance aquatique à des enfants qui ont réalisé les tâches avec une brassière ou à ceux qui les ont réalisé sans ?

On côtoie ici l’absurdité et la tromperie !

Au siècle dernier la FFN attribuait un diplôme élémentaire consistant à nager 25 m départ plongé mais sans limite de temps. L’introduction de chrono était envisagée pour les brevets ultérieurs. Couronnait le tout un diplôme de nageur de grand fond sur une distance de 1500 m.

Pour accéder à plus d’objectivité il serait souhaitable que les prochains tests comportent une distance et une durée nagée en crawl.

En natation, pour être évaluable la tâche exige une certaine durée. Lorsque Alain Bernard établissait un record, l’intensité de l’effort était telle qu’il ne réalisait pas cela aisément. Par contre pour lui à la même époque, réaliser ce 100 m en une minute lui demandait des efforts modérés.

Notre pays a été le premier et pendant un certain temps le seul à élaborer une didactique de la natation, celle ci exprimant le passage à une locomotion aquatique à partir de, et aux dépens de, la locomotion terrienne.

La didactique permet de prendre appui sur un plan de construction dont l’efficacité a été éprouvée. Le mécanisme qui permet les transformations est celui de l’adaptation. L’adaptation s’opère à travers deux processus. Le premier dit « assimilation » voit l’apprenant utiliser dans la tâche ce qu’il sait déjà faire, cette solution n’étant pas satisfaisante, il est obligé de transformer ses réponses, il accomode, pour atteindre à coup sûr le but de la tâche qui lui a été assignée. Pour stabiliser cette acquisition, il faut réussir cette tâche un certain nombre de fois. Cette acquisition servira de point de départ aux transformations suivantes.

Cette démarche pédagogique permet de baliser à coup sûr toutes les étapes de la construction du nageur.

Parmi celles ci, il est une étape qui revêt un caractère essentiel, un préalable et une condition nécessaire à la construction d’une locomotion aquatique autonome, c’est la construction du corps flottant. Celle ci marque la construction d’une activité posturale ajustée aux forces externes agissant sur le corps immergé et donc de modalités d’équilibration spécifiques. L’expérience montre qu’une fois ce corps flottant construit par les élèves, ceux ci ont des représentations des propriétés de leur corps dans l’eau qui leur permet d’échapper à l’épreuve au sens où l’entend Bernard Jeu.

Raymond Catteau, le 15/04/2019

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Commentaires   

0 #1 g. gosset 18-04-2019 07:46
Gg
la phrase : « Ce test peut être réalisé avec ou sans brassière de sécurité »
mes recherches ont été vaines pour vérifier cette phrase dans la circulaire : où est-elle apparue ?
Merci
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+1 #2 g. gosset 25-04-2019 07:19
Gg
Une forme de connaissance : au-delà de la perception, le témoignage valide de R. Catteau.
Toutefois en l’absence de l’expérience personnelle et de la connaissance « du corps flottant » le nageur ou l’enseignant ne peut adhérer à cette perception et à cette connaissance.
Par l’absence de persévérance dans l’action pour accéder « au corps flottant », une compensation à cette insuffisance par le matériel lui devient indispensable, et ainsi, l’habitude, l’ignorance, nos croyances perdurent.
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0 #3 marc 12-06-2019 06:24
Alors que nos institutions planchent sur un test à propos du « Savoir nager » ne devrait t-on pas plutôt se demander en quoi un test permettrait-il de faire évoluer l'enseignement de la natation qui en a bien besoin ?

Les tests (autres que ceux qui correspondraient à une distance et à une durée nagée en crawl ) incitent les enseignants à faire reproduire à leurs élèves les différentes phases qui le composent et tournent le dos à un enseignement de la natation de qualité.

Nous devons nous centrer sur la didactique de la discipline que nous avons à enseigner : "Qu'est ce qui vaut la peine d'être enseigné? Qu'est ce qui est enseignable ? Comment l'enseigner efficacement et rapidement à tous les élèves ?".
"Les six niveaux de construction du nageur", cheminement didactique que nous propose Raymond répond à ces questions essentielles.
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