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FORMATION des ENTRAÎNEURS

à LA PEDAGOGIE DE L’ACTION I

une étude de cas

 

Nous ne saurions trop remercier les collègues entraîneurs en formation d’avoir bien voulu formuler leur opinion et leurs réserves à propos des retombées d’analyses d’images relatives à la propulsion du nageur.

Il faut dire que non seulement dans notre pays mais aussi dans le monde entier la quasi-totalité des entraîneurs partagent la conviction que dans les nages alternées les jambes et les bras propulsent le corps.

Le problème réside dans le fait que dans le cas de deux moteurs les membres supérieurs seuls communiquent plus de vitesse que les membres inférieurs seuls. Que doit donner leur association ?

Pour le grand public l’idée est entretenue par les commentateurs des événements nationaux et internationaux qui évoquent les nageurs ayant ou n’ayant pas encore « mis les jambes » (sic.)

Pour les spécialistes, des universitaires ont imaginé un modèle dans lequel, lorsqu’ils prennent en compte la discontinuité des actions propulsives des membres supérieurs, il y aurait des « trous moteurs ». A ces moments entreraient en jeu les « poussées » des jambes.

Les pratiques majoritaires actuelles dans l’initiation et l’entraînement demeurent fondées sur ces croyances.

Les FAITS : le formateur a fait voir une succession d’images d’un des meilleurs nageurs des temps modernes correspondant à la fin de la phase du corps en projectile au cours de laquelle le nageur oriente sa pale main et avant-bras, avant et pour déclencher la poussée orientée des masses d’eau. Bien que par rapport au nageur, main et avant-bras se portent vers l’arrière, la vitesse de déplacement du nageur vers l’avant fait que par rapport à l’eau, les mains ne reculent pas, avant d’atteindre le PA ,correspondant au changement de sens.

Parallèlement il a fait constater que les jambes ne bougeaient pratiquement pas.

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COMMENT les formés vont-ils réagir au bouleversement de leurs certitudes ?

En formulant et dans le meilleur des cas explicitant leurs représentations ils vont contribuer à mettre en lumière les obstacles épistémologiques dont parle Bachelard ou « pourquoi ils ne peuvent pas comprendre ? »

 

Une réponse d’ ENTRAÎNEUR en formation:

En ce qui me concerne, l'analyse de ces images va effectivement dans de le sens de l'hypothèse, à savoir que les jambes n'ont, à aucun moment un rôle propulsif. C'est ce que l'on remarque en observant la technique de THORPE.

La question que je me pose est la suivante, existe t-il un nageur, finaliste aux Jeux sur le 200 NL par exemple, qui s'organiserait différemment pour que ces jambes soient également propulsives ?

Est-ce que le fait que cette hypothèse soit vérifiée sur THORPE permet de dire que cette règle s'applique à tous les nageurs, à toutes les organisations techniques pouvant être mise en place et serait de fait, universelle ? 

Je pense que ce type de question "antithèse" est susceptible d'être posé et j'avoue que je ne saurais pas clairement y répondre si ce n'est de dire que THORPE a su obtenir de meilleur résultat en s'organisant de cette façon

  

LE FORMATEUR : 

Déplacer sa propre masse impose de prendre appui sur une autre masse ( la masse d'appui ) en exerçant une force qui se déplace ( = un TRAVAIL ) ( point d'application, intensité, sens, direction, durée).

Dans ton exemple, lorsque tu projettes brusquement les bras vers l'avant tu provoques un déséquilibre et tu fais un pas vers l'avant pour t'équilibrer afin de ne pas tomber (en ramenant tes appuis au dessous du centre de gravité) mais ce déplacement vers l'avant s'opère parce que tu prends appui sur le sol. Essaye de te déplacer sur terre en agitant tes bras d’arrière vers l' avant...

C'est  important que tu explicites tes représentations, si tu ne le fais pas elles continuent de "travailler en toi" et ne peuvent être interrogées. Dommage que les autres stagiaires (et tuteurs) ne puissent en profiter.

 

L’ ENTRAÎNEUR en formation: 

L'analogie avec la course à pieds me parle vraiment, sans être spécialiste de la discipline, je me demande tout de même si en plus du rôle "équilibreur", les bras en tant que masses projetées vers l'avant n'auraient pas un rôle propulseur. Si on est à l'arrêt et que l'on projette un des bras, voire les deux en avant avec une certaine intensité, le reste du corps va être entrainé en avant également. 

Est ce que comme en natation, où l'on admet que les jambes ne sont plus propulsives des lors que le nageur utilise ses bras et atteint une certaine vitesse on peut dire que les bras du coureur ne le sont plus des lors qu'il utilise ses jambes et atteint une vitesse limite ?

En relisant ma question je me rends compte qu'à priori, le coureur ayant 2 bras, l'un projeté en avant et l'autre en arrière au même moment, la somme des deux forces devrait être proche de 0 et ne permettrait pas la propulsion... C’était tout de même une idée !

Merci beaucoup en tout cas !

 

COMMENTAIRE : Le formé résiste au changement de paradigme trop brutal et considère l’exemple comme un cas isolé susceptible d’être contredit. Il doute, et il faut s’en féliciter ( voir : Zététique ou l'art du doute ).

Si nous revenons à l’observation ( instrument de connaissance - NDD pages 143-144 ) Wallon nous dit qu’ « un fait n’a d’intérêt que dans la mesure où il est déterminé et il ne peut l’être que par ses rapports avec quelque chose qui le dépasse ».

Qu’est-ce qui détermine (produit) ce que nous voyons ?

Le fait nous limite aux mouvements et absence de mouvement. La notion de « mouvement » est-elle claire et complète dans l’esprit du formé ? (importance du référentiel). Les mouvements ont une fonction (ici dynamique de la propulsion).

Cette fonction est-elle bien intégrée dans le fonctionnement locomoteur du nageur ? (Quelle définition nous en donnerait l’entraîneur ? )

Viennent ensuite la prise en compte de la spécificité de la propulsion et de la locomotion en milieu aquatique. Ne pas oublier l’utilisation privilégiée des membres supérieurs, la spécificité du substrat, les lois de la mécanique… etc.

Naturellement le point de vue de nos lecteurs nous intéresse au plus haut point.

 

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Commentaires   

#1 raymond 30-09-2015 15:44
D'autres réactions de formés nous seraient précieuses pour mettre en évidence d'autres obstacles à l'analyse et la compréhension du "fait".
je reprends ici une phrase : "Si on est à l'arrêt et que l'on projette un des bras, voire les deux en avant avec une certaine intensité, le reste du corps va être entrainé en avant également."
La description relative aux conséquences de cette action ne peut être contestée. Mais la question se pose du processus déclenché. En projetant la masse des 2 bras vers l'avant, l'acteur a fait sortir vers l'avant de son polygone de sustentation la verticale de son centre de gravité. Et pour éviter la chute le cervelet a déclenché le port d'un des pieds en avant.
Nous sommes en présence d'un mécanisme d'équilibration et non de propulsion.
C'est par analogie ce qui a été vu dans l'eau, sur les images.
Nous savons par ailleurs que, par analogie avec les allures de la locomotion terrienne, ce mode de fonctionnement n'est pas le seul qui soit utilisé. Les coordinations de la marche ne sont pas celles de la course : en nage le crawl à 2 battements diffère de celui à 6 battements.
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#2 Marc 03-10-2015 08:55
Raymond comment répondrais-tu à ces deux questions légitimes d’un tuteur (entraîneur qui accompagne dans le club l'entraîneur en formation) :

- " Pourquoi vouloir à tout prix avoir une vision fondée du fonctionnement du nageur ? "
- " En quoi par exemple savoir que les jambes ne sont pas propulsives en crawl peut-il m’aider à mieux entraîner ? De toute façon les nageurs que j'entraîne progressent"

Merci
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#3 Mauro 11-10-2015 23:29
Vous trouvez la réponse aux questions de Marc dans l'article
" Formation des entraîneurs à la pédagogie de l’action II : l’empirisme ou le rationalisme "
www.raymondcatteau.com/demarche4/pedagogie5/412-formationpedactionempirisme
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#4 Giuseppe Scavo 25-11-2015 10:50
Bonjour à tous,
il ne m'est toujours pas clair le mécanisme d'équilibration opéré par les membres inférieurs, c'est à dire comment a été repérée cette fonction et comment a-t-elle été démontrée (vérifier que les jambes n'ont pas un rôle propulsif ne leur attribue pas automatiquement une fonction d'équilibration). Je ne comprend pas pourquoi l'on utilise une analogie avec la marche et la course à pied, vu que dans l'eau on ne peut pas tomber.

Merci de vos réponses

Giuseppe Scavo
BF4 en formation
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#5 Mauro 01-12-2015 23:53
Vous trouvez la réponse aux questions de Giuseppe dans l'article
" Refuser de ne pas comprendre : tomber dans l'eau... "
http://www.raymondcatteau.com/demarche4/technique6/416-refusertombereau
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#6 Florent 07-02-2018 14:57
Les membres inférieurs ont une fonction d'équilibration et encore plus une fonction de ré équilibration. Dans le sens où ils cherchent et recherchent à établir un nouvel équilibre à chaque "force" engendrée par l'accélération des membres supérieurs.
Plus les membres supérieurs accélèrent fort de grande masses d'eau, plus l'action des membres inférieurs est importante (de haut en bas)
Florent
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#7 Giuseppe Scavo 08-02-2018 07:04
Bonjour Florent,
As-tu envie que l'on discute de cet argument ? Je suis disponible à le faire ici sur le site de Raymond (ce que je préfère pour le partage) ou via mail (). Au plaisir d'échanger
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#8 Florent 09-02-2018 15:09
L’intensification des battements de jambes est la conséquence d’un déplacement de masse d’eau toujours plus grande et toujours plus accélérer. Ils n’en sont pas la cause.

Reformuler ainsi :

Une accélération des masses d’eau toujours plus grande s’accompagne toujours d’une intensification des membres inférieurs quel que soit le nombre de battements par cycle.
Intensifier les battements de jambes n’engendre pas d’accélérer plus fort des masses d’eau.
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