« Apprendre à nager comme on a appris à marcher en grande profondeur et sans matériel pour devenir toujours meilleur nageur »

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

 

Dorian écrit :

Etant donné que vous êtes reconnu mondialement comme un expert de la natation, je me permets de vous écrire car j'aurais aimé avoir votre avis sur les propositions d'un formateur académique (Amiens) en Natation: David Junillon.

L'auteur avance notamment la notion de "réchappe natatoire" et considère celle-ci comme "le chaînon liant le pôle culturel et de l'urgence sociale du point de vue de la sécurité. elles sont le statut entre le terrien et nageur" Qu'en pensez Vous?

Je suppose que votre emploi du temps doit être très très chargé.. mais si pouvez prendre quelques minutes pour me répondre, je vous en remercierai beaucoup.

 

Un collègue (je le présume) Dorian a la gentillesse de me faire parvenir un article de 11 pages publié par l’AEEPS en 2011 Vol 11 et sollicite un avis.

Ce ne sera qu’un point de vue sur une production impliquant une « grille de lecture »  et en l’occurrence un extrait de F. Tochon.  « l’inadéquation des logiques de formation professionnelle presque générale actuellement tient à l’absence d’une réflexion contextualisée, en situation et au pouvoir laissé à l’université de dénaturer les pratiques » Ajoutons  à l’Education Nationale qui ne fait que reprendre ces pratiques dénaturées dans ses Instructions officielles.

La subordination des auteurs aux instructions officielles leur interdit de remettre fondamentalement en cause un « OPNI » (objet pédagogique non identifié) que constitue le « savoir nager » jamais objectivement défini.

Curieusement spécifique de la natation car la profession n’évoque jamais un « savoir courir » savoir sauter, savoir quelque matière que ce soit (la physique ou la géométrie par exemple).

L’héritage techniciste des auteurs se repère à travers la distinction entre nager vite et nager loin. S’il est possible à l’observateur armé de distinguer des variations gestuelles ou dans les coordinations de repérer des modifications, ces dernières ne dérogent jamais au principe d’action auquel tout nageur obéit. Pourquoi commencer par le nager vite ?  Pour Bernard Jeu la donnée psychologique première est l’espace ; l’espace à franchir. Et pour de nombreux entraîneurs la nage de distance implique les solutions ventilatoires et la disparition progressive des contractions musculaires inutiles ou parasites. Le « nager loin »  est structurant et s’accommode de la puissance modérée des enfants.  Le « nager vite » implique la puissance et cette dernière n’est pas l’apanage des scolaires.

Pour reprendre la formulation de Piaget, nos collègues envisagent « une genèse sans structure » et leurs propositions pédagogiques se retrouvent dans l’associationnisme repérable à plusieurs indicateurs dont l’utilisation de matériel, (comme si la quasi totalité des élèves n’avaient pas un corps qui flotte) et aux caractéristiques des exercices. Cette « pédagogie du mouvement » opposée à la pédagogie de l’action, de la découverte, est bien illustrée par l’exercice de redressement lors du passage à l’horizontale à la verticale en petite profondeur ; nos auteurs ne se contentent pas du « nécessaire et suffisant » que constitue le ramené des genoux aux épaules en conservant tête et bras immergés jusqu’au contact de pieds au sol, (ce qui singulièrement structurant) mais proposent d’y joindre le redressement de la tête et l’abaissement des bras.  Cela évoque la connaissance copie de la réalisation spontanée du redressement par les nageurs confirmés.

L’utilisation de « scores » et de « codes » de variables est également à noter comme organisatrice du projet. On est loin du principe d’action et des niveaux de l’action caractérisant la genèse de structures de la pédagogie de l’action.

Les lecteurs qui le souhaitent pourront compléter ou corriger cette « analyse » sommaire.

raymond