Travaux Pratiques : le POINT FINAL des EXPERTS
Les “TP” auront constitué une excellente opportunité pour exercer l’activité perceptive des entraîneurs participants en relation avec leur compétence dans le domaine de la didactique de la natation.
Il convenait avant tout de repérer, dans un premier temps des indicateurs du fonctionnement de notre jeune nageur, pour proposer ensuite des situations pédagogiques de nature à produire chez lui, les transformations assurant l’efficience de ses actions ou de sa nage.
Placé dans les conditions habituelles de son art, il est difficile à l’entraîneur non exercé de repérer immédiatement ce qui se passe sous la surface ; ce qui se passe au dessus devrait faciliter la quête d’informations signifiantes.
La première séquence proposée comportait deux phases ou si l’on préfère deux actions élémentaires fusionnant dans l’action totale que représentait le parcours : une entrée dans l’eau à partir du bord et un déplacement locomoteur dans l’eau.
Pour un œil exercé, la façon d’organiser l’entrée dans l’eau est déjà révélatrice de ce que sera le trajet nagé. La posture du plongeon de départ préfigure ce que sera la posture du nageur. L’analyse comparative des deux premiers T.P. devient fort instructive lorsque l’on repère (particulièrement dans la première) la capacité du nageur d’accepter le déséquilibre sans déformations de la posture jusqu’au moment où les pieds quittent le sol. L’absence d’extension des jambes préalablement fléchies sur les cuisses interdit toute impulsion du corps loin du bord. Notre jeune nageur ne fait que « tomber » dans l’eau. Et ce qui est remarquable c’est la précipitation gestuelle pour rejoindre la surface. L’indicateur en est LE bras qui regagne la surface tandis que l’autre exerce une poussée vers le bas.


Fidèle au respect de notre modèle théorique de construction du nageur, nous tenterons de résoudre ce problème de nature « POSTURALE » avant de nous préoccuper de sa nage.
L’analyse attentive du second T.P. va nous éclairer et conforter notre hypothèse.
Contrairement à ce que l’on voit sur la première séquence, le jeune nageur dans la seconde semble vouloir prendre une impulsion pour entrer dans l’eau loin du bord comme en témoigne la flexion des jambes sur les cuisses suivie de leur extension complète.


Il fallait être particulièrement attentif pour ne pas se focaliser sur cette image et conclure rapidement à une impulsion intense du corps qui logiquement le ferait atteindre et dépasser la distance entre le bord du bassin et le T des lignes de nage.
Or ce qui est caractéristique et spécifique de ce que fait ce jeune nageur en fonction de sa « biographie », c’est-à-dire des étapes à partir lesquelles il a été « formé » c’est l’effondrement tonique de l’ensemble postural dès que les pieds perdent contact avec le monde solide. Cela se traduit par une chute dans l’eau, « sur place » pratiquement sans la vitesse horizontale que lui aurait donnée une poussée des jambes sur le mur.

Les images suivantes verront toutefois une petite partie de la vitesse de chute transformée en vitesse de déplacement associée à une longue apnée qui lui permettra de parcourir sur son erre une certaine distance avant de reprendre la nage.
Certains pourraient être tentés de poursuivre l’analyse des images pour y chercher le prétexte à des tâches nombreuses. Pour notre part, nous pensons déterminant de résoudre prioritairement le problème postural dont dépendront ensuite les solutions locomotrices. La remontée précipitée en surface de la première vidéo pourrait plaider en faveur de la construction du corps flottant jusqu’à l’immobilité complète en orientation dorsale, bras dans le prolongement du tronc, bouche grande ouverte.
L’effondrement tonique est un comportement logique d’une posture qui n’a plus à s’organiser en fonction de la force externe permanente et qui de ce fait s’adapte spontanément à l’annulation des effets de la pesanteur par la poussée d’Archimède. Dans une situation d’équilibre stable, l’alignement des segments ne présente aucune nécessité fonctionnelle pour réaliser le « corps flottant ». Mais cet alignement deviendra à nouveau décisif pour le corps projectile et/ou propulsif. Pédagogiquement il est donc intéressant de dépasser le stade de la flottaison spontanée et d’introduire très tôt l’alignement du corps pour toutes les entrées à l’eau du futur nageur. Nous avons montré à Dinard l’intérêt, voire la nécessité de ne pas omettre les entrées « dos au bassin » pour la représentation de l’espace arrière indispensable à la réussite des plongeons de départ. Ce qui est frappant c’est que précisément dans le cursus de ce jeune nageur, celui-ci n’a pas eu l’opportunité de vivre cette diversité des sauts préservant ou non la verticale, l’alignement, l’indéformabilité parce que culturellement cela est interdit dans son pays (pour de fausses raisons de sécurité ou autres ) !
Les propositions de tâches deviennent fort simples. Leur carence vient d’être évoquée. Il faudra les compléter par des « sauts en longueur avec entrées par les pieds » naturellement sans élan. L’objectif étant d’impulser le corps le plus loin possible pour entrer dans l’eau avec une grande vitesse et très loin du bord (ce qui tout autre chose qu’une simple « extension des jambes sur les cuisses ».
Nous remercions tous les formateurs et entraîneurs qui ont bien voulu se lancer dans la merveilleuse aventure que constitue la « lecture » du nageur et nous restons intéressés par leur point de vue, voire leurs critiques toujours utiles.