« Apprendre à nager comme on a appris à marcher en grande profondeur et sans matériel pour devenir toujours meilleur nageur »

PRATIQUE ET THEORIE (ou des « non dits » et des « fausses bonnes solutions » )

En recevant indirectement la contribution d’un jeune collègue en réponse au Travaux Pratiques du site, il m’est arrivé d’exprimer un étonnement, et comme nous nous connaissions depuis longtemps, oser une remarque.

Je croyais cet entraîneur acquis à la pédagogie de l’action et relevais dans ses propositions de tâches une contradiction dont je lui ai fait part.

Cela a provoqué chez lui une réaction très sympathique dans la mesure où des « non dits » sont revenus en surface. Avec son accord nous les évoquerons dans la mesure où ils sont de nature à clarifier bien des choses, voire ouvrir des débats.

Je l’en remercie vivement et vous propose un premier échange.

« Un jour, tu es venu sur le bord du bassin à Triolo. J'étais en train de "tester" une tâche sur l'expiration. Il s'agissait pour les nageurs de se mettre en boule et de descendre le plus vite possible au fond du petit bain. 

Tu m'as dit " qu'est ce que c'est que ces conneries ? "

D'abord, je me suis demandé pourquoi tu t'étais aussi radicalement opposé à ma tâche? Qu’avait-elle de si nul ? » 

Il est effectivement regrettable que tu ne m’aies pas posé immédiatement la question.

Il est vrai que trop souvent, lorsque l’intérêt de l’enfant entre en concurrence immédiate avec l’intérêt du maître je choisis sans hésiter l’intérêt de l’enfant.

Sur le fond du problème cet exercice me semble néfaste pour le jeune qui vient de construire le corps flottant (il ne faut pas oublier que peu de temps auparavant il se considérait comme « corps non flottant »), et au moment où les faits lui démontrent qu’il flotte, tu viens lui proposer une « expérience », ton test, qui va remettre en cause la conscience qu’il a prise des propriétés de son corps !

Si ton exercice réussit, (et il réussira) ton élève va associer l’expiration à l’enfoncement (l’engloutissement de B. Jeu) une émotion ! Et s’il n’expire pas complètement ensuite, son comportement sera cohérent par rapport à sa jeune expérience.

Comme tu le soulignes, ce n’est pas par hasard que la tâche que j’ai substitué à ton exercice, visait l’expiration complète.

Si, par contre, un professeur de physique était venu au bassin pour faire vivre aux enfants une expérience et concrétiser la notion de densité en utilisant ton exercice et le théoriser ensuite, j’aurais trouvé la situation particulièrement pertinente. Définition de la densité, facteurs entrant en jeu : poids et volume et référence au même volume d’eau.

Les éléments rassemblés d’une leçon et de la stratégie du maître.

Selon moi elle avait un sens pour les nageurs, elle leur permettait d'apprendre à travers le jeu à expirer (apprendre à mobiliser leur muscle transverse afin d'être capable de tout expirer notamment à travers l'image " plus je souffle, plus je me fais petit " comme une éponge).

Des variables auraient été données sur le débit. Les quelles ? Surtout il y aurait eu une tentative de transfert des nouvelles compétences dans le grand bain en nageant (notion de transfert intra-spécifique, Dugas, 2010) ! Voilà qui doit situer le candidat dans un devoir !

« Comme une éponge » ! Étrange ! Je crois que tu serais surpris de retrouver ton argument utilisé par Réaumur dans les Mémoires de l’Académie royale des Sciences en 1731 que G. Bachelard ( La formation de l’esprit scientifique ) reprend à cet pour de caractériser l’esprit préscientifique (page 90).

Je t’en conseille la lecture et au moins le chapitre d’introduction des pages 7 à 26.

En conclusion on pourrait commencer un inventaire des « fausses bonnes solutions » comme celle de l’étoile de mer.

raymond