« Apprendre à nager comme on a appris à marcher en grande profondeur et sans matériel pour devenir toujours meilleur nageur »

L'état actuel du débat

L'état actuel du débat et sa finalité  =  faire passer les entraîneurs de la vision traditionnelle à la rationnelle. De gauche à droite sur la diapo de Marc :

 

Cela ne peut pas se faire en le décrétant !

 

Quel(s) cheminement(s) nécessaire(s) et possible(s) ?

 

Un cas concret, question et réponse :

Cher Raymond,

cela fait quelque temps depuis notre rencontre début octobre et j'ai avancé sur la traduction de votre texte.

Ca n'est pas toujours facile, mais cela m'a donné la chance de m'immerger dans votre méthode d'apprentissage et de découvrir de nouveaux aspects à chaque page.

J'ai également découvert les différences dans la pratique immédiatement.

Mes débutants nagent avec les bras le crawl assez rapidement; mais si je leur demande de nager avec les jambes ils perdent très souvent la tension de leur corps.

Mel.

 

Les progrès que vous constatez dans la construction de vos nageurs me réjouissent également et je serais curieux de comprendre pourquoi, à un moment donné, vous leur demandez de mettre l’accent sur les jambes ?

De manière générale, lorsqu’un problème apparaît dans la construction, c’est qu’une phase antérieure a été négligée ou n’est pas encore stabilisée, intégrée. Ce que vous décrivez me fait penser au domaine postural. Vos débutants sont-ils capables de réaliser des départs plongés en regagnant très loin du bord la surface. Tentez également l’exercice dit du « fakir » dans lequel, au sol, le corps soutenu sous le cou d’un côté et les talons de l’autre par des camarades, est capable de rester rigide horizontal, indéformable, aligné quelques secondes, à 10 ou 20 centimètres du sol.

Cette perception de son corps est ensuite requise dans la partie aérienne du départ et jusqu’à la fin dans le parcours aquatique avant d’être reproduite et conservée dans la nage.

Lorsqu’il commence ensuite à tourner les bras, le débutant doit pouvoir conserver cette posture.

Comme vous avez pu le vérifier la fixité de la tête immergée devient ensuite un facteur favorisant et suggère d’aborder les solutions ventilatoires.

raymond

L'expérience de Mel. est une entrée déclenchée par :

 - ses enfants sont passés par un disciple de la péda de l'action

 - elle a vécu une pratique d'une heure (Cologne)

 - elle a visionné DDE et traduit oralement la bande son.

 - elle a lu et continue de lire la NATATION DE DEMAIN

 - elle dirige et forme des enfants à la nage

Toute sa personnalité s'est trouvée interpellée : affectivité, motricité, connaissance !

Chacun entre dans la péda de l'action de façon originale et unique mais des conditions ou circonstances leur sont communes et c'est ce que j'aimerais mettre en relief y compris pour le débat.

raymond

 


Une réaction :

 

Bonjour à tous,

je suis en train de réfléchir sur le thème du débat qui pour moi se révèle très important, presque déterminant.

Ma réflexion est orientée pour trouver et organiser dans une structure les passages obligés de cette transformation de l’entraîneur.

Pour l'instant je me pose et je vous pose quelques questions.

Serait-il possible, pour le même individu - formateur, de se trouver dans la péda de l'action pour ce qui concerne une matière et hors de la péda de l'action pour une matière différente ? C'est à dire, on sait que "l'option pédagogique subordonne la détermination des contenus", mais la connaissance du contenu à enseigner conditionne, et en quelle mesure, le fonctionnement de celui qui enseigne ?

Ou, y a-t-il au contraire une structure de fonctionnement qui caractérise "le formateur" qui serait en condition d'enseigner toute matière au fur et à mesure qu'il s'est approprié de cette matière ?

La pédagogie traditionnelle serait-elle un passage obligé de la pédagogie de l'action? Ou serait-il possible d'entrer d’emblée dans la vraie pédagogie ?

Faut-il construire un formateur à partir d'un contenu ?

Quel niveau de contenu peut-on considérer comme une base de départ pour commencer à construire un formateur ?

Faut-il commencer à construire un formateur en utilisant une matière qu'il connaît bien pour obtenir la structure de fonctionnement du formateur (et ensuite passer à la nouvelle matière, la natation) ?

Qu’est ce que c'est le déjà-la du formateur ?

Je m’aperçois être en train d'ajouter de la confusion au débat, peut-être trop de philosophie (comprendre avant réussir...) ?

MA

 

Encore un commentaire :

 

Bonjour, je me lance dans ce débat passionnant.

Pour tenter de vous faire partager mon sentiment sur la question, je dirai d'abord que le formateur a souvent tendance à "déformer" ! Il est peut etre de son role premier non pas de vouloir transmettre un contenu ou une idée, mais de faire émerger les représentations des stagiaires. Il convient me semble t il de partir du vécu, des expériences passées, des croyances et des expériences de terrain.

Souvent - et la diapo de Marc l'illustre à merveille - au bord du bassin nous tentons d'appliquer ce que nous avons vu d'un point de vue théorique en salle. Des fois nous comprenons et des fois non ! Mais c'est LA recette que nous avons apprise, il convient de l'appliquer. Nous en arrivons à créer de l'échec auprès des nageurs ou même à tuer le désir qui est en eux, car ce que nous reproduisons ne colle pas avec ce que nous avons en face de nous. Et cela ne collera jamais. C'est aussi pour cela que Raymond dit parfois que nous devenons nageur malgré le maitre nageur ou l'entraineur !

Le role du formateur, est donc pour moi, d'abord de faire émerger les représentations des stagiaires et de faire vivre les situations qui valideront ou feront évoluer les croyances de chacun. C'est un apprentissage (Paillard : dislocation des blocs fonctionnels - patiente recherche de solutions - automatisation). De fait il ne me semble pas possible d'etre soumis à différentes pédagogies selon les enseignements. Le formateur, va accompagner, guider questionner etc... Je considère souvent qu'en fin d'action pédagogique, si mes stagiaires repartent avec des questions, il en garderont plus dans l'avenir que s'ils étaient reparti avec des réponses ! Il ne peut y avoir de réponses à part entière puisque chaque situation d'entrainement, de formation, de compétition est unique ! Ainsi si vous avez le malheur de détenir une solution, il est certains que vous l'utiliserez quelque soit la situation. "Si dans ma boite à outil, je n'ai qu'un marteau, il y a de fortes chances pour que toutes les situations que je rencontre se transforme à mes yeux en clous" !!!

Le formateur est souvent associé à une personne qui va amener un contenu - nous sommes ici dans l'illustration de ce que je disais précédemment. Si le formateur arrive avec un contenu ou un Power Point, c'est le marteau et les stagiaires deviennent les clous. Sans aucune prise en compte, du contexte, du vécu de chacun, des besoins de chacun etc... Terrible !

Malheureusement, tout le contexte environnemental nous pousse à agir ainsi. Nous prônons la pédagogie de l'action, sans jamais nous l'appliquer à nous ! Enfin, pas tout le monde, mais que c'est difficile de résister... Comme le dit Benasayag et Aubenas : "Résister c'est créer" et si nous ne créons pas, nous n'existons pas !

Cette notion est fondamentale, nous le voyons dans la diapo de Marc, sans la prise de risque de prendre en compte ce que nous avons en face de nous, nous ne nous laissons pas la possibilité de créer. Certes nous devons etre guidés par notre modèle théorique et souvent définir notre cap, mais avant de s'en rapprocher, il conviendra de naviguer en prenant le temps d'explorer tous les recoins nécessaires. ce n'est pas une perte de temps !

Alors, bonne création et au plaisir de lire vos réactions.

DN