« Apprendre à nager comme on a appris à marcher en grande profondeur et sans matériel pour devenir toujours meilleur nageur »

MAÎTRE SAUVETEUR NAGEUR ou MAÎTRE NAGEUR SAUVETEUR

?

C’est à un ancien nageur impliqué dans la haute performance en France, titulaire d’un BEESAN et vivant au Québec depuis plusieurs années que nous devons ces images d’une pédagogie que l’on aimerait croire dépassée et qui assurément nous interpelle.

Il fait profession d’enseigner la natation et mesure le décalage entre ce qui existe dans son environnement et ce qu’il estime souhaitable et préférable pour les nageurs en devenir voire pour la natation en son pays d’adoption.

En de nombreux pays survit cette idée que le temps de l’apprentissage précède celui de la pratique évoluée. Souvent vient s’intercaler entre eux un temps dit d’ « initiation sportive ».

Au Canada et Québec naturellement, la Fédération de Natation n’aurait pas vocation de concevoir le contenu et assumer la mise en œuvre de l’initiation à sa discipline. La Croix Rouge en prendrait la direction et la responsabilité !

Nous pouvons mesurer les conséquences logiques de cette distinction, de cette césure.

Par vocation le sauveteur est amené à SORTIR les gens de l’eau s’ils se trouvent en difficulté et par vocation le véritable nageur est appelé ENTRER dans l’eau pour s’y aventurer, pour explorer et entreprendre une conquête du milieu et parfois y connaître ses propres limites. D’un côté limiter le séjour et l’espace, de l’autre le prolonger pour aller loin, pour aller vite.

Psychologiquement ils se situent l’un et l’autre en radicale opposition et cela se retrouve dans les stratégie et démarche pédagogiques.

Chez le « sauveteur » nul besoin de didactique, il n’a pas à structurer une nage pour laquelle un développement illimité n’est pas envisagé. Nul besoin de connaître la psychologie de l’enfant et les lois de l’apprentissage !

Au siècle dernier notre fédération sportive intégrait le sauvetage en s’appelant « FEDERATION FRANÇAISE DE NATATION ET DE SAUVETAGE » avant que les deux missions se séparent. Dans d’autres pays, cette vocation initiale subsiste.

Chacun sait maintenant ce que la pratique compétitive a apporté à la connaissance de la locomotion dans l’eau et à la mise en lumière de ses mécanismes. Ces derniers répondent à une logique en cohérence avec le changement de substrat et des conséquences physiques qui remettent en cause la nature de l’équilibre et les modalités de la propulsion.

En 1982, le MEQ (Ministère de l’Education du Québec) achète les droits du film Digne Dingue d’Eau, et la « direction Générale des Moyens d’Enseignement » en publie un guide d’utilisation. L’information ne profitera pas à l’ensemble du monde de la natation.

Construire les conditions d’un comportement adapté implique des choix de transformations comportementales posturales et motrices dépassant la simple reproduction de mouvements, solution dont la pédagogie traditionnelle se satisfait.

Nos lecteurs savent qu’il n’est pas aisé de se détacher des illusions du concret, des apparences pour accéder au réel ou tout en moins s’en faire une représentation qui, seule, permettra d’agir sur les causes. Construire un modèle du fonctionnement du nageur est un passage obligé pour le pédagogue qui vise l’efficacité.

Comment faire partager au plus grand nombre la « révolution copernicienne » pour accéder à l’efficacité ?

Un débat s’instaure actuellement entre quelques pionniers et vous allez le vivre sur le site.

Mais en attendant je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous une page de la conclusion de l’ouvrage de Georges DEMENY paru en 1902 !!!

raymond

Georges Demenÿ

LES BASES SCIENTIFIQUES DE L’EDUCATION PHYSIQUE

Paris - F. ALCAN éditeur - 1902

Les apôtres de l'éducation physique trouveront toujours devant eux deux difficultés : l'inertie des gens qui ne veulent pas ou ne peuvent pas agir et le manque de persévérance qui fait abandonner le travail avant l'apparition du résultat utile.

S'il s'agit de perfectionner les méthodes, ils entendront cet éternel refrain de la routine: je me trouve bien de ce que je fais, à quoi bon chercher autre chose.

Toute discipline comme tout effort produit en effet ses fruits, l'idéal est de diriger cet effort vers le vrai et de le mettre d'accord avec les exigences naturelles.

Le public n'entend rien à ces réformes, il faut renoncer à persuader ceux qui ne veulent pas être convaincus ; la discussion sans données positives est inutile, on y use sa vie et sa patience.

On répond à l'ignorance en faisant mieux qu'elle; on combat les préjugés en créant de nouvelles habitudes. Les élèves sont les défenseurs des idées nouvelles, non point par sympathie pour leur maître, non point même par amour du vrai, simplement parce qu'il est humain de conserver les habitudes acquises, suivant la loi du moindre effort.

Assez de paroles et d'écrits; il faut agir. Laisser à la jeunesse la liberté de s'exercer comme bon lui semble avec les seuls instincts naturels, c'est courir à l'abus des records et aux corruptions des jeux du cirque ; c'est aboutir fatalement à l'anarchie.

Mettre la direction de l'éducation entre les mains des athlètes professionnels, c'est subir l'inconvénient des spécialisations avec tous leurs préjugés et abaisser le niveau de l'enseignement.

Si l'on aime la jeunesse et son pays, il ne faut pas craindre d'aborder le problème face à face et d'en résoudre les difficultés par tous les moyens connus sous le contrôle constant de la science.

Se faire le défenseur des vieux errements et flatter l'ignorance serait une conduite coupable lorsqu'il y a des progrès indiscutables à réaliser.

On ne doit envisager que l'avenir de la jeunesse et son bonheur. Quant aux moyens, les meilleurs sont les plus simples et les plus sûrs.

 

Monsieur Catteau,

Je trouve votre texte excellent comme à chaque fois que je vous lis. Je pourrais apporter une nuance ou précision.

" la Fédération de Natation n’aurait pas vocation de concevoir le contenu et assumer la mise en œuvre de l’initiation à sa discipline. La Croix-Rouge en prendrait la direction et la responsabilité ! "

Pour avoir entraîné en club de natation au Québec entre 2005 et 2008, et, selon mes expériences et observation, les jeunes entraîneurs et parfois les entraîneurs d'expérience ne s'attachent pas aux bases essentielles de la pratique de la natation, c'est à dire, la connaissance du corps dans l'eau. Bien trop souvent ils s'attachent au visible et non à l'invisible. Ils ne donnent pas de sens à leur pratique si ce n'est, encore trop souvent de faire des longueurs pour faire des longueurs et non pour transformer un moyen de locomotion ou changer une attitude.

Dans le quotidien, et pour monsieur et madame tout le monde, ainsi que pour les élus, gestionnaires de piscine, la seule entité qui prédomine aux yeux de tous c'est la Croix-Rouge. Tous les enfants "apprennent" à nager avec la Croix-Rouge, ils deviennent parents un jour et font apprendre à leurs enfants la même chose, sans jamais se poser de question parce que c'est cela qui existe. Ce qui est encore plus dramatique c'est que les parents veulent que leurs enfants APPRENNENT À NAGER, mais si on lit bien le texte officiel de la Croix-Rouge, cette dernière fait de "la sécurité aquatique". Je pense que l'on se trompe de genre et de sujet et que les gens ne le voient pas.

Pour moi avant de parler de sécurité aquatique, il faut apprendre à nager, savoir nager et être confortable dans l'eau et non l'inverse qui crée des traumatismes sur l'apprentissage.

Les clubs de natation on du mal à percer de ce fait. La fédération aussi. Les villes (majoritairement) perçoivent les clubs de natation comme des "concurrents". Imaginez-vous ! De mon expérience nous ne pouvions pas avoir de jeunes enfants (6-10 ans), ils étaient tous à la Croix-Rouge. Imaginez-vous que vous enlevez un travail à un employé de la ville qui est lui, est syndiqué. De plus il faut savoir que les villes et différents organismes payent des droits à la Croix-Rouge qui coute environ 150$ par année pour pouvoir prodiguer de la natation. De plus l'organisme doit fournir son plan d'affaire (parce que, bien sur, il faut que cela soit rentable pour eux) et à chaque fin de session de 8 semaines (de 30 à 60 minutes selon le niveau) vous devez remettre des "diplômes" que l'on appelle ici un cahier et des écussons (bien sur payant). Tout le monde fait la même chose au même moment partout au Québec et Canada.

Si on regarde le haut-niveau comme on pourrait le dire, les nageurs qui arrivent aux jeux olympiques et qui sont québécois y arrivent un peu beaucoup par hasard vu les circonstances. En plus ICI c'est mieux de participer que de gagner !!! C’est normal, et on est tous content et on fait croire que c'est de la réussite. Je dis non. Du hasard. Combien d'enfants passent entre les mailles d'un filet ou qui ne sauront jamais qu'ils avaient peut être le potentiel d'être meilleur et toujours meilleur et, pourquoi pas, atteindre la haute performance. A 12 ans ne pas être en mesure de faire 25 m sans problème est un problème majeur pour moi.

La formation est tellement inadaptée au Québec que les institutions n'ont pas de personnel autonome pour développer leur propre programme contrairement à la France. Ce qui est une force, une avancée majeure et je m'en félicite et suis fier d'avoir suivi ce processus.

Je suis même stupéfait de voir que le gouvernement avait acheté vos droits. Dans les faits, il n'y a rien eu. Je savais cela, et vous venez de me le confirmer. Qu'elle tristesse de voir des professeurs d'éducation physique n'ayant aucune base de natation à part la Croix-Rouge ou l'on demande d'apprendre la "marinière" et le "dos élémentaire" et des plongeons pieds décalés sans projection du corps, ou de dire aux enfants qu'ils ont réussi après 3 essais et que c'est acquis et les faire passer au groupe au dessus.

Je vous écrirais un document sur la Croix-Rouge plus détaillé avec le contenu de tous les programmes et de la stratégie marketing.

Imaginez-vous qu'en 8 mois j'ai eu plus de 100 clients et que ces derniers ont vu 2 types de natation et devinez laquelle ils préfèrent aller maintenant (même si je ne suis pas là). La notre, celle de la natation de demain. Mais tout le monde s'en fiche surtout les élus.

Merci monsieur Catteau de m'ouvrir les yeux et de me faire réfléchir à la natation une passion.

Sincèrement.

J'ai hâte que vous soyez parmi nous.

En ce moment je pense à monter un club de natation dans cette région afin de "vivre".

N. K.