Pédagogie

"la pédagogie ne consiste pas à demander mais à obtenir"

Equilibre stable et pédagogie du corps flottant

 

Lire la suite...Notre ami Marc relance cette question de Yoann qui date de 2011 et Raymond en profite pour nous donner une réponse fondatrice !

 

Bonjour ,

Bien que lecteur attentif du site je découvre ce texte qui date de 2011.

Après avoir développé sa vision de ce que l'on pourrait appeler "équilibre" dans la nage, Yoann nous demande : "êtes vous tous d'accord avec ces quelques notions ?"

L'absence d'échange autour de cette question qui me semble importante signifie t-il que tout le monde partage la vision de Yoann ?

Marc

 

Equilibre

Si l'on jette un corps inerte dans l'eau, en fonction de sa densité, il flottera ou s'enfoncera. Si un corps humain se confie à l'action de l'eau un résultat comparable sera observé. On le suppose en apnée.

Si non faut-il considérer le degré d'inspiration ou expiration comme "activité" ???

Dans la pratique je prétends qu'il est en équilibre stable pour fonder la pédagogie du corps flottant.

raymond

 

Suite au commentaire postée par Yoann:

A l'inverse du terrien qui est constamment en train de lutter contre le déséquilibre, le nageur à la possibilité de jouir d'un équilibre stable. Cela est rendu possible par l'alignement des forces gravitationnelle et de poussée.

Mais cela n'est vrais que dans une situation statique. Lors du déplacement le nageur se trouve à nouveau en situation de déséquilibre car il adopte une forme lui permettant de limiter ses résistances à l'avancement. 

Il lutte contre ce déséquilibre.

Il y a différents niveaux d'organisation. Alors que certains essayent de faire remonter les hanches au moyen d'un battement de jambe important, d'autres préfères appuyer de l'autre coté de la balance et immergent la tête. 

Il y a une autre forme de déséquilibre dans les nages alternés. ils s'agit de celui occasionné par la mobilisation des épaules en vue d'une propulsion en profondeur. Le fait de passer en partie sur le coté dans la nage implique également de légers transferts de masses. Il convient d'apprendre à maîtriser cette autre forme de de déséquilibre. Un bon maintient postural peut s'avérer suffisant. 

Etes vous tous d'accord avec ces quelques notions?

Yoann

 

"Sommes nous tous d'accord?” - nous demande Yoann.

Peut-on, sans plus, partager son point de vue ???

Faut-il creuser un peu plus la notion d'équilibre et distinguer ce qui concerne les corps solides des organismes vivants ?

Les définitions impliquent l'entrée en jeu de forces dans leurs effets.

On dit qu'il y a équilibre lorsque leur somme (algébrique) est nulle. En conséquence, le corps occupe une "position" stable et demeure dans le même état de repos ou de mouvement (par rapport à un référentiel).

La station droite de l'homme debout ne correspond en rien à une immobilité comparable à celle d'un objet : soumis à la pesanteur, il est en "équilibre instable". Cela veut dire que de manière involontaire et inconsciente, il déploie une activité pour maintenir la verticale de son centre de gravité à l'intérieur du polygone de sustentation. C'est à ce propos que les termes d'informations plantaires à l'origine des stimulations que doit traiter en permanence le cervelet ont été employées. 

La préservation de l'équilibre terrien est donc activité et non passivité. 

Se mettre en marche, suppose de réaliser un déséquilibre dans un sens choisi avec une amplitude telle qu'il sera loisible de l'annuler par un retour rapide de l'un des membres inférieurs ayant quitté l'appui (posé).

Il me semble que pour bien comprendre ce que l'on pourrait appeler "équilibre" dans la nage, il nous faut en faire une analyse comparable, sachant que ce sera, non plus sur un solide, mais dans un fluide.

Merci à Yoann d'avoir lancé l'échange.

raymond

 

Choisir les tâches : suite 3

CHOISIR UN ENDROIT

 

Nos lecteurs apprécient l’évolution de NA et nous la remercions de nous faire revivre ses séances.

Lorsqu’elle aura lu les annexes recommandées dans la natation de demain et les quelques aphorismes datant de 1980 reproduits ci dessous, il es probable que l’animation de ses séances évolue.

Nous avons noté les conditions défavorables de son environnement avec ses MNS traditionalistes.

 

C'est à la grande profondeur que commence l'initiation à la natation.

II est plus facile d'enseigner tous les modes de nage que de s'attacher à un seul.

La familiarisation est une vue de l'esprit.

Les coordinations ne s'enseignent pas.

Les groupes de niveaux freinent les progrès.

II faut partir du complexe pour arriver au simple.

Ce ne sont pas les élèves mais les enseignants qui ont peur.

Si un enfant ne s'engage pas dans l'action, c'est parce que des informations lui font défaut.

 

Et la liste pourrait s'allonger, des affirmations qui semblent aller à contre-courant des pratiques et des croyances pédagogiques contemporaines.

 

Les lignes qui suivent ne concernent pas le lecteur non tenté de réfuter ces quelques truismes ; de la même façon pour celui-là le film qu'elles présentent ne serait que simple divertissement.

raymond

 

Lire la suite...Bonsoir,

En fait je vais dans la piscine là où ils ont pied car nous n'avons pas assez de place dans le grand bassin. On alterne avec ma collègue et il y a aussi deux autres MNS avec des groupes.

Nous devons dans tous les cas nous adapter aux conditions que l'on a lorsque l'on enseigne. S'il n'y avait eu qu'un grand bain, je ne me serais même pas posé la question de savoir s'ils allaient d'abord là où ils avaient pied ou non.

En effet, cette année je suis allée tout de suite dans le grand bain et les enfants attendent qu'une chose, notre tour dans ce grand bain !

Par contre je les fais descendre à l'échelle. Je les ferai descendre directement du bord la prochaine fois, sans utiliser l'échelle.

Ils sont allés sous l'eau vendredi en descendant le long d'un de leur camarade. Ils devaient toucher les pieds du copain et ils n'y sont pas arrivés car ils flottaient. J'en ai 4 qui ont seulement mis le visage dans l'eau mais ne sont pas plus descendus.

Cordialement,

NA

 

Un nouveau gadget : l’AISANCE AQUATIQUE !

S’il fallait jeter un voile (de préférence opaque) sur les performances peu enviables de notre système éducatif, et singulièrement dans le domaine des APS en natation, on trouverait à l’Education nationale des experts de la diversion.

Le choix d’un vocabulaire réservé à la subjectivité forte est révélateur.

Le B. O.E. N. n° 34 vient de lancer un « certificat d’aisance aquatique » (sic) étape intermédiaire au test du « savoir nager » et dont il faut analyser le contenu.

Mais la sémantique nous incite à préciser le (ou les) sens du mot : L’aisance traduit un état de confort et une absence de gène physique.

Cinq épreuves attendent le postulant :

  • sauter dans l’eau Il n’est pas précisé la profondeur de l’endroit choisi

  • flotter sur le dos 5 sec. une durée plus importante de 20 sec. serait plus révélatrice

  • flotter 5sec. à la verticale proposition renforçant des poussées vers le bas. Inutile !

  • nager 20 m. sur le ventre la longueur de la piscine aurait du sens pour l’élève

  • passer sous une ligne ou corps flottant ne devrait poser problème à celui qui saute.

Lire la suite...Le comble de l’incohérence concerne une modalité facultative : le port de brassières.

Le port de brassières est adopté précisément par celui ou ceux qui ne sont « pas à l’aise » !

Comment la profession de ceux qui ont pour mission ou pour fonction de former, de construire des nageurs va-t-elle réagir face à cette «étape illusoire » ? Un danger supplémentaire se fera jour : celui de la préparation spécifique au nouveau certificat qui gaspillera du temps.

S’il fallait souligner le caractère inconsistant et incohérent des propositions de notre vénérable institution, il faudrait se demander ce que serait le contenu d’un certificat d’aisance en géographie, en histoire et pour toutes les disciplines qu’elle prétend régenter.

Votre avis est précieux, qu’en pensez-vous ? Le délivrerez-vous ?

raymond

Février 2018

 

 

Choisir les tâches

 

Suite à la question de NA:

Bonjour,

Je vous contacte par rapport à vos 8 séquences pour passer d'un corps pesant à un corps flottant. Je suis enseignante en primaire, nageuse à la base, mon mari est formateur au CREPS en natation. Je suis plutôt bien placée pour animer mes séances de natation en milieu scolaire mais je me trouve confrontée au problème des enfants (2-3 maximum) refusant d’entrer dans une eau profonde. Je me trouve avec des enfants ayant peur de l'eau. Que me conseillez vous pour les faire accepter de descendre dans un grand bassin ?

D'avance merci pour votre retour.

NA

 

Chère collègue,

Ne connaissant pas l’effectif de votre classe, ni l’âge des enfants évoquer un pourcentage d’enfants n’entrant pas d’emblée en eau profonde est risqué.  Nous avons l’impression qu’il est « trop important ».

Si nous évoquons le dernier séminaire de Dinard, nous avons eu un cas sur plus de 200 élèves des grandes sections maternelle jusqu’au CM2.

Pour permettre aux jeunes stagiaires de poursuivre l’animation du groupe, je décide de m’occuper personnellement du cas.  J’évoque avec ce jeune garçon le contrat didactique l’informant de ce qui se passera dans la situation. Puisque la réussite de la tâche le fera progresser sans qu’il entraîne le moindre risque, pour lui ou ses camarades le seul choix qu’il lui est proposé est le suivant : « Tu y vas seul en te servant de l’échelle ou non ou c’est moi qui te descendrai lentement dans l’eau ( tu n’auras pas la tête sous l’eau ) ! ».

Comme il manifeste en criant, je lui dis que  je serai indifférent à ses hurlements et lu laisse trois secondes pour choisir.  Situation particulière : sa mère était présente dans la tribune et il la regardait à plusieurs reprises.

Lire la suite...Une fois dans l’eau, il n’a pas cherché à sortir et s’est montré actif dans les modalités de déplacement.  Par contre, sa mère apeurée a saisi le bras de Marc, témoin de la scène et lui a appris que le matin son père lui avait interdit d’aller dans le grand bain. D’où la question : « l’enfant avait-il réellement peur ? »

Je vous conseille la lecture de 2 textes dans « la natation de demain » :

-  annexe 3, page 189

-  annexe 8, pages 214 - 215

en souhaitant que vous y réagissiez et restant à votre disposition pour poursuivre l’échange.

Le maitre, en toute connaissance de cause, se référant à la didactique de la discipline, choisit les tâches que les élèves peuvent et doivent réussir.

Bien cordialement,

raymond

 

Pédagogie de l’erreur ou pédagogie de la réussite en action ?

 

Lire la suite...Notre collègue Florent se situe parmi les entraineurs, trop peu nombreux, qui s’interrogent sur les fondements de leur pratique, se posent des questions et par ricochet nous posent des questions. Nous l’en remercions vivement et incitons d’autres entraineurs ou initiateurs à l’imiter.

Naïves en apparence ces questions sont l’occasion de vérifier si derrière le même mot les interlocuteurs mettent bien le même contenu. C’est là une condition essentielle d’un possible dialogue. Cela évite un consensus apparent cachant des divergences profondes.

Après avoir défini l’autonomie il nous demande : «  Est-ce un processus ? Un processus une construction étape par étape ? Ou le pratiquant l’acquiert naturellement ? Quand est-il face à une figure d’autorité ? »

Nous voici replongé dans le domaine de la pédagogie à propos de la relation enseignant-enseigné ayant à s’approprier un contenu. L’idée que c’est l’apprenant qui doit activement assimiler un savoir ou un savoir faire n’implique pas qu’il soit en mesure de connaître ou choisir la tâche adéquate. Cela appartient au maître. Ce que probablement notre collègue attribue à son « autorité », nous dirions à sa fonction. Ce qui est décisif dans le choix de la tâche, c’est qu’elle pose à l’élève un problème à résoudre accessible. Ce qui est « processus » c’est l’activité tâtonnante pour accéder à la réussite. Le pratiquant n’a pas à l’acquérir puisque c’est un processus spontané, naturel.

« Le pratiquant n’invente-il pas lorsqu’il est dans une patiente recherche de solution ? Il invente les tâches et les solutions. »

Le pratiquant ne peut en toute logique pas inventer les tâches mais recherche la ou les solutions pour les réussir. On évoquera à ce propos une « activité tâtonnante » qui procède par essais et erreurs en ne conserve que ce qui « réussit ».

« En opposition à la pédagogie traditionnelle qui est plutôt intimidante dans le sens où il y a une phobie de la faute bien véhiculée par l’école malheureusement et peut-être par l’entraineur à son insu, une pédagogie de l’erreur serait-elle efficace ? »

Dans la pédagogie traditionnelle le maître impose à ses élèves les mouvements qu’il doit reproduire ; il apporte la solution sans poser de problème(s). Que faut-il comprendre par « pédagogie de l’erreur » ? Proposer de manière consciente une mauvaise solution ? Le maitre irait alors à contresens de sa fonction qui vise la réussite de tous. Attention à la confusion ! Le pédagogue peut se tromper de tâche (inaccessible ou inutile) ! Mais je n’imagine pas une « pédagogie de l’erreur » ! Lorsque le pédagogue se trompe, il constate que la tâche n’apporte pas la solution attendue et il change de tâche !

« Se tromper permettrait-il d’apprendre mieux ? »

Piaget interviewé par des étudiants (voir le site : « INTERVIEW DE JEAN PIAGET ») dit ceci : « une erreur corrigée se révèle souvent plus profitable qu’une réussite immédiate ».

« Est-ce un outil pour enseigner ? »

L’erreur n’est évidemment pas à rechercher !

Si ces lignes permettent de clarifier des notions souvent utilisées mais pas nécessairement assimilées, souhaitons que d’autres collègues apportent leur point de vue ou questionnent à leur tour.

raymond

février 2018