Didactique

"c'est l'option pédagogique qui détermine la nature des contenus à enseigner"

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LA VITESSE ET L’ENTRAINEUR

 

Au sens premier, la vitesse est la capacité parcourir une distance en peu de temps.

En physique c’est le rapport de la trajectoire parcourue au temps mis à l’effectuer. Il s’exprime à l’échelle humaine en m/s (mètre par seconde).

Dans la situation concrète de performance du nageur, celle-ci définit une moyenne des variations permanentes de la vitesse instantanée. Par exemple pour un nageur ayant parcouru le 100m. en 50 sec., soit 2 m.s., la vitesse instantanée de la partie aérienne aura atteint environ dix fois celle que le nageur est en mesure de réaliser dans la partie nagée et à l’issue des virages à un moins degré la vitesse aura été plus importante également.

Lire la suite...Une préoccupation permanente de l’entraineur consiste à accroître la vitesse de nage. Pour atteindre cet objectif il semble déterminant de comprendre les mécanismes mis en jeu par le nageur pour se déplacer. Nous disons qu’il s’agit de la fonction propulsive de la locomotion dans l’eau.

Un regard sur les différentes modalités locomotrices peut nous être fort utile. La thèse de doctorat de notre collègue W. Dufour « La locomotion dans la phylogenèse » nous servira de référence.

La nage, le vol, la course ou le ramping ne sont que des procédés de locomotion imposés par les masses d’appui (eau, air, sol dur ou sable) qui résistent plus ou moins bien aux poussées.

Pour qu’un animal quelconque déplace sa propre masse à une vitesse déterminée, il faut qu’il puisse prendre appui sur une autre masse. Pout le bipède que nous sommes l’adhérence de l’extrémité du membre inférieur au sol lui procure momentanément un point fixe.

Nous retrouvons, bien sur, les trois principes de Newton qu’il convient de ne jamais isoler.

  1. le principe d’inertie ;

  2. le concept de force ;

  3. le principe d’action réaction.

Si le sol dur résiste jusqu’à devenir une masse d’appui fixe, il n’en est pas de même de l’eau, fluide incompressible qui se trouve « mis en mouvement » par les propulseurs.

Des masses d’eau se trouvent ainsi propulsées en sens opposé à celui du déplacement par les membres supérieurs dont l’extrémité s’organise en pale.

A chaque « coup de bras » plus la masse d’eau et son accélération sont importants, plus la masse du nageur se trouve proportionnellement accélérée.

Au terme de l’accélération la vitesse du nageur atteint sa valeur la plus élevée et inéluctablement, freinée par la masse d’eau à traverser, celle-ci décroit jusqu’à l’entrée en jeu du coup de bras suivant.

La pensée naïve ou magique de certains entraineurs imagine possible « d’ajouter de la vitesse » (sic) au début ou à la fin de chaque accélération. Le recours est alors fait au membre supérieur ou aux membres inférieurs (référence aux deux moteurs) juxtaposant leur mise en action. L’analyse élémentaire de ces exercices démontre leur absurdité.

Par exemple : tirer d’une main sur la ligne de nage et enchainer avec un coup de bras ; déclencher une action de jambes et lui adjoindre un ancrage pour repousser la ligne de nage (l’ancrage stoppe ou freine avant de pouvoir servir de point d’appui) ; se mettre en mouvement à partir de battements de jambes et enchainer avec un coup de bras… etc.

Y aurait-il quelque part un modèle susceptible de produire de telles représentations ? Vers le milieu du siècle dernier une automobile fut construite avec un moteur actionnant les roues avant et un moteur actionnant les roues arrière de manière indépendante. Si l’on règle le moteur avant pour atteindre la vitesse de 60 km/h et le moteur arrière pour rouler à 40 km/h,

La pensée naïve ou irrationnelle suggère que le véhicule roulera à 100 (60 + 40) km/h.

Les faits montrent au contraire que le véhicule n’atteindra plus les 60 km/h.

Pourquoi en serait-il autrement dans l’eau pour le nageur. Raisonner en terme de vitesse, c’est oublier que celle-ci est un effet, le produit, la conséquence d’une accélération.

Faute de respecter les lois de la physique des propositions incohérentes conduisent les entraineurs et les nageurs dans des voies sans issues.

raymond

janvier 2018

 

 

 

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NAGER VITE !

Un OBJECTIF SPECIFIQUE CONTESTABLE

Nous avons apprécié qu’un collègue praticien nous apporte un point de vue correspondant vraisemblablement à une option. Il semblerait qu’entre nager vite et nager loin ce soit le nager vite qui organise sa séance de natation.

Il importe de nous poser la question de savoir si cette « distinction », correspond à une réalité, a un sens ou s’il s’agit d’un concept creux ?

Si l’Education nationale a emprunté à l’Université, cette pseudo « connaissance » il convient de remonter à la source de sa conception.

Lorsque le débutant aborde la locomotion dans l’eau, l’ébauche du corps propulseur se manifeste par une rotation des membres supérieurs ; leur extrémité décrivant pour chacun, un arc au dessus de la surface (retour aérien) et un arc sous la surface (phase aquatique).

L’amplitude mesure l’écart entre les points extrêmes de l’arc.

On peut alors distinguer des paramètres cinématiques de ces trajectoires que sont : l’amplitude et la fréquence. On est dans le domaine de la description.

Dans la pratique, on constate que les progrès se manifestent à travers le nombre croissant de coups de bras que le nageur est en mesure d’atteindre et de maintenir entre ses tentatives.

Les premiers essais se réalisent en l’absence d’échanges ventilatoires.

Un repère concret pour l’élève se situe dans l’espace à travers la distance parcourue. La vitesse n’est pas significative pour lui, émotionnellement (Cf. : B. Jeu) et intellectuellement.

Des progrès significatifs dans la construction de la nage seront atteints à travers l’intégration des échanges ventilatoires. Ces derniers vont la structurer.

L’attention permanente du formateur est requise pour obtenir l’amplitude gestuelle. Mais sa réalisation suppose, de la part de l’élève, une représentation et de son espace corporel dans l’eau et de son espace d’action.

On favorise la construction de ces représentations sans lesquelles il n’y a pas d’adaptation possible aux objets et buts de l’activité (Wallon), en faisant parcourir aux membres supérieurs des passages dans les plans horizontal (surface de l’eau), sagittal vertical et frontal vertical (perpendiculaire aux précédents). Ces déplacements se réalisent, simultanément, extrêmement lentement et dans le sens inverse de celui de la nage.

Les amplitudes requises pour accroître le rendement de la nage concernent aussi bien les retours (projection de l’épaule vers l’avant) que les phases aquatiques.

La fréquence étant une réaction spontanée n’est jamais à solliciter.

Les collègues entraineurs avertis connaissent les mésaventures des nageurs qui ont « volontairement » mis en œuvre la fréquence pour redouter cette attitude. Cette vision erronée est inséparable de la représentation de la propulsion du nageur impliquant l’entrée en jeu de deux moteurs.

Si cela était le cas, quel serait le subordonnant ? Est-ce parce que le nageur augmente la puissance de ses membres supérieurs que les battements entrent en jeu ? Ou est-ce que le déclenchement des battements plus intenses se répercutera sur la puissance des membres supérieurs ? Nous avons évoqué plus haut les conséquences du « mauvais choix » !

En ce qui concerne la pertinence de l’option, l’éducateur se doit d’interroger les pratiques et la logique. Dans la locomotion terrienne peut-on imaginer le bébé à qui on ne laisserait que la possibilité de la course ? Commencer par la course améliorerait-il ses compétences locomotrices ? Peut-on en envisager les conséquences sur les plans de la santé et de son développement ?

Il faut enfin citer le texte d’un authentique chercheur F. Tochon (recherche et formation INRP n° 5 P./ 25 à 38) « L‘inadéquation des logiques de formation professionnelle, tient à l’absence d’une réflexion contextualisée, en situation, et au pouvoir de l’université de dénaturer les pratiques. La réflexion sur la pratique n’a rien d’un savoir universitaire.

Lire la suite...L’observation des mouvements du nageur à vitesse optimale ou à vitesse maximale fait apparaitre des différences de trajectoires des extrémités. A vitesse maximale le trajet s’éloigne de plan vertical contenant l’axe de déplacement (grand dorsal) tandis qu’à vitesse optimale, le même nageur fera passer son propulseur dans ce plan vertical.

Il s’agit d’une adaptation et non d’une modalité différente.

Si l’on envisage la possibilité de porter secours, ou de se tirer soi-même de difficulté, pouvoir se rendre loin du bord et en revenir est certainement plus important qu’aller vite mais pas loin !

Le débat reste ouvert.

 

raymond

 

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Quand l’évocation du moyen précède l’énoncé du but !

Nous ne savons pas si l’entraîneur à qui on a confié les « jeunes » a été formé et si oui, comment il l’a été. Mais sa question interpelle sur un autre point : « pourquoi ce qui serait préconisé aux jeunes ne le serait plus pour d’autres catégories » et réciproquement ? »

Toutefois, on se doit de distinguer ce qui relève de la recherche permanente du meilleur rendement de ce qui concerne l’accroissement de la puissance.

Voici la question posée et à laquelle nos lecteurs peuvent exprimer leur point de vue.

 

 

Lire la suite...Bonjour Mr Catteau.

Je suis actuellement entraineur de natation (catégorie jeunes). Je me pose chaque jour de nombreuses questions pour ne pas simplement reproduire ce que j'ai appris mais bel et bien me remettre en question et trouver de nouvelles solutions.

Ma question est la suivante : l'utilisation du pull boy est elle justifiée pour une natation course ?

Merci pour votre réponse.

Sportivement

Un Entraineur

 

Cher Collègue,

Je vous remercie de poser cette question qui témoigne de pratiques très courantes. Partagées par le plus grand nombre, sont-elles de ce fait justifiées ? Si je vous lis bien, vous entrainez de jeunes nageurs.

Entraîner signifie probablement les former pour qu’ils deviennent nageurs performants. Vous avez probablement une représentation de leur fonctionnement se traduisant par des caractéristiques observables de leur nage. La question première devient : quelle(s) transformation(s) voulez vous apporter et s’il y en a plusieurs dans quel ordre ?

Quelle sera, pour vous, la fonction du pull-buoy ? Mettre le corps à plat ? Centrer le déplacement sur l’action des membres supérieurs ? …etc.

Le mot composé  « pull-buoy » opère un lien entre le verbe d’action « to pull » tracter, tirer et « buoy » qui désigne un objet flottant.

En mettant artificiellement et passivement le corps à plat, vous empêchez le jeu normal des membres inférieurs de remplir leur rôle.

Quelle que soit votre option, n’oubliez pas qu’un élément étranger ne peut en aucun cas préparer au fonctionnement normal lorsqu’il sera abandonné. Les règlements stipulent bien aussi que ce peut aider à la propulsion ou à la flottaison ne peut être utilisé en compétition !

L’utilisation des accessoires perturbe, en la déformant, l’information que le nageur associe fonctionnellement à sa posture et à sa gestuelle.

Quels accessoires avez-vous utilisé pour « apprendre » à marcher ? Utiliseriez-vous des échasses pour vous préparer à la marche ou à la course ?

Si ces informations ne vous semblent pas suffisantes, n’hésitez pas à poser de manière plus complète ou plus précise le problème que vous souhaitez résoudre.

Bien cordialement

 

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Regard INDISCRET

( une nouvelle aventure pour l’observateur impertinent )

Lire la suite...On pourrait croire le folklore pédagogique suffisamment complet en accumulant des situations ou des exercices ne présentant aucune utilité, voire néfastes pour les apprenants sans qu’il soit nécessaire de l’encombrer de formes inédites. La suite nous prouvera que non !

Les premières heures de l’après-midi sont réservées à la natation scolaire dispensée par les MNS. Dès 16 heures c’est l’ouverture au public et la fréquentation est compatible avec la réservation de 2 lignes d’eau pour les étudiants guidés par un professeur d’APS.

Une nouvelle jeune enseignante anime ce groupe dont l’effectif ne dépasse pas les 20 garçons et filles. Si l’on excepte un cas de nageur confirmé, l’ensemble pourrait être assimilé à des débutants et certains plus novices vivent leurs premiers contacts avec la piscine.

Tandis que j’effectue des allers-retours dans la ligne d’eau voisine, par déformation professionnelle je ne puis m’empêcher d’imaginer ce que je proposerais comme tâches si je me trouvais dans la situation de ma jeune collègue. A la limite d’envisager la séance adéquate.

Manifestement la natation n’a pas été son option prioritaire ou ce serait à désespérer de la formation en STAPS. Alors, comment s’y prend-elle ?

Elle fait parcourir à ses élèves une distance sans la moindre consigne ! Lors de la dernière séance observée : partir de la grande profondeur et remonter à l’extrémité pour revenir par le bord en marchant. Les entrées à l’eau se font par les pieds en sautant ou se laissant glisser le long du bassin ou en plongeant tête au dessus des bras à l’entrée à l’eau.

Les rares séquences de nage sur le dos voient l’arrêt prononcé des mains aux cuisses et la tête sortie de l’eau entrainant l’enfoncement du bassin.

La nage ventrale alternée se caractérise par la rotation du bloc tête-épaules tandis que le respect de la consigne de la fixation de la tête immergée entraînerait, si elle était donnée et respectée, un progrès décisif dans la construction de la nage de ces débutants.

Le souci des élèves de maintenir la tête hors de l’eau a pour inévitable conséquence l’enfoncement du bassin et des poussées des avant-bras en profondeur. D’où un rendement déplorable.

Je n’ai ni vu ni entendu de consignes ventilatoires.

L’utilisation du matériel donne lieu à des situations pour le moins originales. Si j’ai bien observé la démonstration à sec : la jeune collègue maintenait la planche entre les cuisses en exécutant des rotations du bassin selon le grand axe du corps. Pour les élèves ayant la tête hors de l’eau, faire pivoter cette planche se révélait particulièrement complexe et pour beaucoup irréalisable.

Il serait fastidieux de détailler les « curiosités » de cette séance, mais je ne puis omettre de vous dire l’exercice le plus original.

Chaque élève disposait de sa planche à battements tenue à l’horizontale. Sur chacune notre collègue a déposé l’extrémité antérieure un gobelet en carton. L’exercice consistait pour les étudiants à pousser la planche par maintien alternatif de l’extrémité d’un membre supérieur en nage ventrale sans que le gobelet ne bascule. Je ne vous donne pas le, pourcentage de réussite!

Les MNS, témoins comme moi de cette « trouvaille » étaient sidérés.

Il n’y a pas d’enseignement sans contenu. La méconnaissance des fondements des disciplines entraine les déviations pédagogiques. Comment l’enseignant va-t-il combler ce VIDE ?

Il ira chercher dans son environnement quotidien, n’importe où, n’importe comment, l’illusion d’exercices qu’il suffirait de faire exécuter pour que l’élève progresse.

Ou alors, fera place à l’imaginaire !

raymond

 

 

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Coordination et vitesse

 

Re bonjour,

Je fais suite à notre dernière discussion concernant l'utilisation du pull buoy.

Sur ce sujet, je partage entièrement vos propos même si j’ai été longtemps entrainé avec ce matériel. Je vois beaucoup d’entraineurs qui l’utilisent à toutes les sauces, à l’échauffement, sur des séries longues ou sur de la récupération active. Quel est l’intérêt ? Quand je le leur demande, ils me répondent « travail en train séparé » ou alors pour « la synchronisation des bras ». La plupart du temps quand je vois des nageurs utiliser ce matériel, ils font tout de même un léger battement donc complètement inutile et une perte de temps considérable.

Est-ce judicieux de faire la comparaison avec les coureurs à pieds qui, s’ils étaient dans la même situation qu’un nageur en pull buoy, se mettraient à courir avec les bras collés au corps ? (équilibrateurs dans cette situation)

Complètement absurde vous en convenez et du jamais vu.

Lire la suite...De plus, j’ai une autre question. Le travail de jambes seules a-t-il un sens lors d’un entrainement, à tout âge ?

Peut-il avoir un objectif pour développer le système cardio et/ou musculaire ?

Pour ma part je pense de plus en plus qu’il s’agit d’une perte de temps considérable sachant que les jambes ont une fonction équilibratrice (sauf en brasse) et qu’elles sont subordonnées et dépendantes des membres supérieurs.

Merci pour votre réponse.

Cordialement.

FC entraineur

 

Cher Collègue,

Je vous remercie de prolonger l’échange, ce qui en dehors des arguments réfutés, interroge sur au moins deux aspects de la préparation à l’activité performante.

Quand on évoque la coordination (en l’occurrence celle des membres supérieurs) on doit se référer au domaine neuro physiologique. Les connaissances en la matière ne sont pas familières à la grosse majorité des entraineurs et il convient donc d’interroger les savants qui ont étudié ce domaine.

Une observation plus fine de l’activité des nageurs montre que ce qu’il convient d’appeler « coordination » : les relations spatiotemporelles de l’entrée en jeu des trains l’un par rapport à l’autre ou des membres d’un même train ne sont pas fixes.

Elles varient essentiellement en fonction de la vitesse de déplacement. Voir par exemple le passage du pas au trot, du trot au galop chez l’animal.

On peut dire que la coordination est subordonnée à la vitesse et non l’inverse.

Tenter de modifier ou d’imposer la coordination indépendamment de la vitesse est une absurdité.

L’argument physiologique le confirme en nous apprenant que les coordinations dépendent du cervelet et que celui-ci ne donne pas d’image consciente. Ce que déclenche le cervelet échappe donc à la volonté (celle du nageur ou celle de l’entraineur) !

L’autre argument du développement cardio pulmonaire lié à un travail consommant beaucoup d’énergie (celui des membres inférieurs) ne peut a priori être rejeté. Mais il convient aussi de prendre en compte le temps consacré au détriment de celui, de la nage ou des nages. On ne peut pas à la fois se plaindre de disposer de peu de temps de piscine et le gaspiller lorsqu’on sait que le même effet peut être obtenu par le footing se déroulant à l’extérieur dans un espace préférable à l’atmosphère de la piscine.

Ces considérations nous montrent combien il est important de confronter nos pratiques à leurs fondements. Combien la référence à l’esprit rationnel est assez peu partagée dans le monde de la natation et celui des entraîneurs.

Cordialement

raymond

 

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