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PLAIDOYER POUR LE CORPS FLOTTANT

 

b_364_273_16777215_00_images_random_raymond_catteau_aix_1.jpgDans notre conception de la construction du nageur, le « corps flottant » est considéré comme un passage obligé. En d’autres termes, ne pas l’avoir enseigné risque d’handicaper le niveau de performance possible pour l’élève.

En effet, le changement de substrat suppose une organisation posturale spécifique que l’apprenant doit s’approprier. Sur terre comme dans l’eau, nous sommes soumis à une force externe, dirigée de haut en bas, à laquelle nous ne pouvons échapper : « la pesanteur ». Pour stationner ou se déplacer dans son environnement solide, l’être humain, en réaction, s’est aligné selon la verticale mais orientée en sens contraire.

Son passage dans l’élément liquide va la soumettre à une nouvelle force, verticale également, générée par le fait qu’il s’immerge en occupant un volume homogène.

Chacune des forces se manifeste à partir d’un « point d’application ». Pour le corps humain, par nature hétérogène (fait de parties plus ou moins denses), le « centre de gravité » de la pesanteur se situera en un point différent du « milieu géométrique ». Tandis que pour la « Poussée d’Archimède » (P.A.), son point d’application se situera au « milieu géométrique » du volume immergé.

L’action combinée de ces deux forces, en s’exerçant en des points différents, ne se stabilisera que lorsque ces points seront alignés sur une même verticale. En fonction de la forme du corps adoptée ces points d’application se déplacent. Leur alignement déterminera une « direction » du corps dans l’eau.

De très nombreux entraineurs ou initiateurs proposent à leurs nageurs des exercices contreproductifs parce qu’ils ne tiennent pas compte des lois physiques auxquelles l’entrée en jeu de force est soumise. N’oublions pas la définition de la notion de « force » : ce qui accélère une masse. Au décollage d’une fusée qui atteindra des vitesses prodigieuses le passage de l’immobilité au mouvement se fait « lentement ». Tous les corps, en raison de leur masse possèdent une inertie qui fait qu’ils ne changent pas de forme, de direction, de vitesse.

Cette faible variation initiale de vitesse fait, par exemple, qu’un retour de bras lancé n’aura pratiquement pas le temps d’enfoncer le corps. Il n’est pour s’en convaincre que de passer des bras le long du corps aux bras dans le prolongement du tronc en « conduisant le mouvement » ou en « lançant » le bras relâché pour que, selon le cas le corps s’immerge ou non. Nous avions déjà signalé l’absurdité d’un exercice appelé « essuie glace » pour ces raisons.

Il est illusoire de vouloir volontairement modifier des coordinations, quelles qu’elles soient parce que c’est le cervelet (et non le cerveau) qui les met en jeu dans nos actions.

La didactique de la natation nous permet de comprendre le fonctionnement du nageur à travers la coordination des fonctions, toujours à l’œuvre. Ces fonctions sont assurées par les différents segments de notre corps en action. Celle de direction, celle d’alignement, celle de ventilation, et celle de propulsion soumises aux caractéristiques du substrat qui implique l’utilisation de forces en intensité croissante. L’activité des entraineurs et formateurs est trop rarement guidée par ces principes.

Nos lecteurs apprécieront de lire la surprise de Marc au cours d’un stage de formation d’entraineurs, car il y a des faits qui nous en apprennent plus qu’un long discours.

raymond

Deux exemples pour illustrer les propos de Raymond :

A l’occasion d’un stage des nageurs réalisent sous la conduite de l’entraîneur en formation un exercice trop connu, appelé « l’essuie glace », qui consiste en se déplaçant en battements avec une planche à bout de bras et de faire un grand arc de cercle au dessus de la surface de l’eau d’avant vers l’arrière puis d’arrière vers l’avant avec un bras puis l’autre.

Je m’approche et demande à cet entraîneur ce qu’il vise avec cet exercice, il me répond : « le but recherché est d’entraîner les nageurs à bien s’équilibrer pendant les retours de bras en crawl »

Second exemple, il y a quelques jours avec des entraîneurs nous nous trouvons en présence d’un nageur qui paraît « lutter contre un déséquilibre » en crawl et nous faisons l’hypothèse que ce nageur n’a pas construit le « corps flottant ». En quelques minutes nous lui permettons de passer d’un corps pesant au corps flottant, avec un grand sourire il nous dira « je flotte ».

Nous sommes presque surpris de constater qu’immédiatement après, ce nageur de déjà 16 ans nage le crawl de manière plus relâchée, il nage aussi avec une plus grande amplitude et nous constatons que le rythme de son battement a aussi changé.

marc

 

 

 

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Commentaires   

0 #1 Gaëtan 20-03-2019 10:28
Bonjour,

je ne peux que soutenir cette démarche et inciter mes camarades entraîneurs à prendre conscience de l'importance de la construction du corps flottant, et ce à tous les niveaux de la formation du nageur.

En effet j'expérimente les 8 étapes avec mon fils de 5 ans avec beaucoup de réussite et de progrès et également auprès des écoles de natation du club et des groupes entraînement, à chaque fois la même réussite lorsque l'on a identifié le problème.

le constat est que nous avons tendance à négliger cette construction du corps flottant au profit du déplacement mais ce même déplacement crée l'illusion que tout se passe bien jusqu'au moment où le corps flottant insuffisamment construit devient l'obstacle qui empêche le progrès.

merci à Marc et Raymond d'avoir mis cela en lumière.
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0 #2 marc 22-03-2019 17:08
Merci Gaëtan pour ce témoignage.
Alors que l'été va arriver de nombreuses noyades auront lieu comme chaque année à quelques mètres du bord. Les victimes seront des personnes qui n'ont pas construit ce fameux "corps flottant" et qui croient savoir nager parce qu'elles sont capables de se déplacer en surface...

"La construction du corps flottant" * doit être le premier objectif à atteindre en natation scolaire dès la maternelle. En suivant le cheminement didactique proposé sur "la fiche de construction" une dizaine de séances sont suffisantes pour passer d'un corps pesant au corps flottant.

* Capacité de laisser passivement l'eau sur son corps et de choisir la forme donnée à son corps en fonction de l'orientation souhaitée.
(La notion actuelle "d'aisance aquatique" ne veut rien dire!)
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