Imprimer

Regard INDISCRET

( une nouvelle aventure pour l’observateur impertinent )

b_246_250_16777215_00_images_oziogallery3_divers_NickCarter.jpgOn pourrait croire le folklore pédagogique suffisamment complet en accumulant des situations ou des exercices ne présentant aucune utilité, voire néfastes pour les apprenants sans qu’il soit nécessaire de l’encombrer de formes inédites. La suite nous prouvera que non !

Les premières heures de l’après-midi sont réservées à la natation scolaire dispensée par les MNS. Dès 16 heures c’est l’ouverture au public et la fréquentation est compatible avec la réservation de 2 lignes d’eau pour les étudiants guidés par un professeur d’APS.

Une nouvelle jeune enseignante anime ce groupe dont l’effectif ne dépasse pas les 20 garçons et filles. Si l’on excepte un cas de nageur confirmé, l’ensemble pourrait être assimilé à des débutants et certains plus novices vivent leurs premiers contacts avec la piscine.

Tandis que j’effectue des allers-retours dans la ligne d’eau voisine, par déformation professionnelle je ne puis m’empêcher d’imaginer ce que je proposerais comme tâches si je me trouvais dans la situation de ma jeune collègue. A la limite d’envisager la séance adéquate.

Manifestement la natation n’a pas été son option prioritaire ou ce serait à désespérer de la formation en STAPS. Alors, comment s’y prend-elle ?

Elle fait parcourir à ses élèves une distance sans la moindre consigne ! Lors de la dernière séance observée : partir de la grande profondeur et remonter à l’extrémité pour revenir par le bord en marchant. Les entrées à l’eau se font par les pieds en sautant ou se laissant glisser le long du bassin ou en plongeant tête au dessus des bras à l’entrée à l’eau.

Les rares séquences de nage sur le dos voient l’arrêt prononcé des mains aux cuisses et la tête sortie de l’eau entrainant l’enfoncement du bassin.

La nage ventrale alternée se caractérise par la rotation du bloc tête-épaules tandis que le respect de la consigne de la fixation de la tête immergée entraînerait, si elle était donnée et respectée, un progrès décisif dans la construction de la nage de ces débutants.

Le souci des élèves de maintenir la tête hors de l’eau a pour inévitable conséquence l’enfoncement du bassin et des poussées des avant-bras en profondeur. D’où un rendement déplorable.

Je n’ai ni vu ni entendu de consignes ventilatoires.

L’utilisation du matériel donne lieu à des situations pour le moins originales. Si j’ai bien observé la démonstration à sec : la jeune collègue maintenait la planche entre les cuisses en exécutant des rotations du bassin selon le grand axe du corps. Pour les élèves ayant la tête hors de l’eau, faire pivoter cette planche se révélait particulièrement complexe et pour beaucoup irréalisable.

Il serait fastidieux de détailler les « curiosités » de cette séance, mais je ne puis omettre de vous dire l’exercice le plus original.

Chaque élève disposait de sa planche à battements tenue à l’horizontale. Sur chacune notre collègue a déposé l’extrémité antérieure un gobelet en carton. L’exercice consistait pour les étudiants à pousser la planche par maintien alternatif de l’extrémité d’un membre supérieur en nage ventrale sans que le gobelet ne bascule. Je ne vous donne pas le, pourcentage de réussite!

Les MNS, témoins comme moi de cette « trouvaille » étaient sidérés.

Il n’y a pas d’enseignement sans contenu. La méconnaissance des fondements des disciplines entraine les déviations pédagogiques. Comment l’enseignant va-t-il combler ce VIDE ?

Il ira chercher dans son environnement quotidien, n’importe où, n’importe comment, l’illusion d’exercices qu’il suffirait de faire exécuter pour que l’élève progresse.

Ou alors, fera place à l’imaginaire !

raymond