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OBSERVATEUR IMPATIENT

de NAGEURS TROP PATIENTS

 

Ce mardi après midi, le bassin est réservé aux scolaires. En face de moi une enseignante MNS dispose d’un espace de 2 couloirs sur une longueur de 15 m.

Douze élèves s’exercent sous son « autorité » ! Ils exécutent du bord une culbute, départ accroupi, et reprennent contact avec l’eau par la nuque et certains par le haut des épaules, de manière satisfaisante. Tous, sauf un qui entre en contact avec l’eau par le vertex, mais sans la moindre réaction de redressement.

Rapidement j’ai tendance à me réjouir de voir se réaliser par le groupe une tâche qui, prise en soi, semble pertinente. J’imagine que le critère de réussite s’est trouvé formulé et compris.

Je vois tous les élèves en mesure d’aborder la tâche suivante et avec impatience j’attends de voir comment elle sera proposée aux élèves.

Très discipliné, ce petit groupe se montre particulièrement actif et enchaîne des répétitions de ce qui a perdu son statut de tâche pour devenir un exercice superflu.

Figée comme une statue, à 2 m. du bord de la plage, ne voit ses élèves que « de dos » !

Sur le curseur pédagogique, c’est assurément la plus mauvaise place.

Imperturbablement les élèves enchaînent des répétitions que je me mets à compter en choisissant un élève au hasard. Il en est à la onzième !

Enfin, la MNS frappe dans les mains et le petit groupe sort de l’eau pour l’entourer et l’écouter. Après quelques instants, elle porte les bras dans le prolongement du tronc, imitée par un élève ; elle, parle encore quelque temps (beaucoup !). De mon « observatoire » je n’en puis rien entendre mais attend avec curiosité la tâche suivante.

Tous les élèves retournent au bord du bassin et à ma stupéfaction, reprennent le même exercice.

Mon « élève témoin » a le temps d’ajouter à son palmarès 5 nouvelles culbutes et aurait probablement, persévéré si le haut parleur n’avait annoncé la fin de la séance !

Que penser de ce spectacle ? De cette séance qui gaspille le temps précieux des élèves ?

Comment évaluer les compétences de cette enseignante ? Que voit-elle de ses élèves ? Que se passe-t-il dans sa tête ? Quel est le contenu de sa séance ? Sur quelle didactique prend-t- elle ses sources ?

Celui qui se fait une idée rudimentaire de la natation se dit bien que si les élèves, arrivés dans l’eau n’enchaînent pas avec un déplacement, c’est qu’ils préparent ou construisent une manière d’entrée dans l’eau en ayant déjà acquis une vitesse de déplacement à prolonger par des actions propulsives.

Nos lecteurs avertis ont bien situé la fonction de cette tâche qui vise à faire accepter de se déséquilibrer pour basculer (en tant que terriens) en inhibant les réflexes de redressement.

Cette compétence se satisfait de 2 ou 3 réussites consécutives pour considérer comme acquise l’acceptation du déséquilibre.

Tout bon enseignant sait la suite logique (et le problème posé !) est celle de l’intégration à une poussée des jambes pour entrer dans l’eau loin du bord et avec une grande vitesse.

L’étape qui attend logiquement nos jeunes nageurs est celle du passage d’un tour complet sur soi-même à une entrée par la nuque pour ne jamais faire de « plats » plus ou moins douloureux, se prolongeant par une sortie vers l’avant.

Deux conditions seront alors requises : un bon angle de pénétration dans l’eau et l’utilisation des membres supérieurs pour jouer le rôle de gouvernail de profondeur.

Le bon angle de pénétration requiert de partir jambes tendues.

Partant de « plus haut » l’énergie de chute pourra se trouver transformée en énergie de déplacement.

Se trouve posé le double problème de la formation initiale des MNS ou autres intervenants et celui de leur formation continuée, si nous voulons que la natation enseignée de nos jours ne soit pas celle des siècles passés.

raymond