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CRETEIL

 

Au commencement était le Verbe (ou la pensée se manifestant), disaient les disciples mystiques de Platon. Au commencement était l’action rétorquait Goethe.

Henri WALLON, De l’acte à la pensée : essai de psychologie comparée, Paris, Flammarion, 1970.

 

Comment situer et caractériser cette récente proposition de cheminement dans la formation de nageurs à l’école élémentaire ? Pourrait y retrouver une tentative de référence au modèle ERP transformé en RPE ? Ce qui semble nous ramener vers un passé révolu, c’est l’absence de référence à une structure et à une genèse. Manifestement la « pédagogie du mouvement » s’illustre et se retrouve à tous les niveaux.

La Rectrice de l’Académie de Créteil en présence d’une situation alarmante : 42 % des élèves entrant en 6 ième ne sont pas considérés comme « sachant nager », va réunir des personnes qui au vu de leur production n’ont jamais connu de pratique natatoire compétitive.

Il s’agissait de mener une réflexion sur les conditions d’enseignement et l’organisation de cycles couvrant 50 séances de pratique en piscine (séances de 30 à 45 min.).

Il eut été possible et probablement souhaitable d’inciter les intervenants à s’engager dans la voie des méthodes actives en adoptant l’attitude expérimentale pour ne pas tomber sous l’emprise de la pensée spéculative qui guette ceux qui s’éloignent du savoir et savoir-faire contextualisé. Mais cela impliquait de dépasser les connaissances de type descriptif pour invoquer une référence à un « modèle théorique » de fonctionnement du nageur, prélude à la proposition d’une didactique de la discipline.

Une expression qui n’a pas de sens et n’a pas son équivalent dans les autres disciplines : le « savoir nager » va être précisé ou limité à « un savoir nager scolaire » !!!

A quand le savoir nager des sapeurs pompiers, le savoir nager des boulangers et le savoir nager des marchands de frites ?

Autre chimère, autre utopie : étendre au-delà des personnels dépendant de l’éducation nationale : les professionnels de la natation et ceux qui gèrent les Brevets d’Etat, le produit de ceux qui se sont vus investis d’une compétence universelle.

Nous aurions aimé l’illustration de la démarche à travers l’animation d’une classe entière et non par seulement un à quatre enfants qui d’emblée réussissent l’exercice illustrant les différent sous-objectifs.

Quelques exemples où l’idéologie (monde imaginé substitué au monde réel) touche l’irrationnel.

Naturellement c’est en petite profondeur que le terrien débutant va s’aventurer. Descente par les escaliers ou plus directement, marche et ramassage d’un objet lesté.

Comment pourrait-il dans ces conditions découvrir les propriétés de son corps dont la densité (surtout chez les sujets jeunes) est telle qu’il flotte naturellement, que l’eau le repousse en surface.

Pédagogiquement il est souhaitable de mettre l’apprenant en condition de réussite rapide sinon immédiate. Le redressement de la colonne dorsale amplifie dans toutes ses dimensions le volume thoracique et il devient dès lors impensable d’accepter, voire de favoriser, une posture « en boule ».

Lorsque l’on choisit la forme voulue, le corps s’aligne à l’horizontale.

C’est Jacques PAILLARD ( Jacques PAILLARD : L'acte moteur comme facteur d'adaptation et de progrès évolutif, in: Actes du Colloque "Sport et Progrès de l'Homme", Paris, 1975 - p. 71-108 ), s’adressant à ceux qui ont la mission d’enseigner les activités physiques et sportives, qui a focalisé leur attention sur la nécessité d’aborder l’organisation posturale avant et au service de l’organisation motrice. Cette préoccupation échappe totalement au projet de Créteil et se concrétise dans la posture « en boule ». Le seul moment où elle pourrait se retrouver, c’est lors du virage, dans le changement de sens où la vitesse est nulle, et à aucun moment dans la locomotion aquatique.

Nos experts de l’Académie de Créteil confirment que « le paralogisme est le propre de l’esprit humain » ( Jacques LECOMTE, Informations exactes, conclusions absurdes, extrait de Science et Vie, n° 894, mars 1992, p. 68-73 ).

En effet, pour se déplacer plus rapidement dans l’eau le nageur doit respecter les lois physiques et offrir un maître-couple le plus réduit possible ; il adoptera de ce fait une posture spécifique. Le gain en vitesse est un effet et non la cause de l’horizontalité, de l’immersion et de l’indéformabilité du corps.

Le raisonnement qui affirme que la vitesse produit la mise à plat du corps se révèle absurde !

Enfermés dans leurs certitudes ces mêmes experts vont aborder la ventilation à partir du déplacement en battement de jambes seules, une frite pour l’appui des mains, bras dans le prolongement du tronc. Le sujet de la vidéo inspire en relevant la tête grâce à un appui des mains sur la frite qui s’enfonce. Cette procédure caractérise la « respiration de l’asthmatique ».

Très représentative du niveau d’appréciation du « savoir nager scolaire » est la vidéo montrant une fillette en « nage complète » : rotation des bras tendus, battements amples des jambes, et surtout un corps orienté à l’oblique plus proche des 45° que de l’horizontale.

L’objectif terminal est la réussite d’un test attribuant l’ « attestation scolaire du savoir nager »

Les objectifs intermédiaires sont au nombre de treize (avec illustrations vidéo) :

1) entrée dans l’eau pour immerger la tête et le corps (petite profondeur)

2) construire une apnée inspiratoire et une expiration aquatique (petite profondeur)

3) se laisser flotter (petite profondeur, bras le long du corps)

4) descendre au fond pour agir et se laisser remonter par l’eau (cage à poules)

5) s’horizontaliser à la surface à partir d’appuis solides (le long de la goulotte avec action des jambes)

6) construire un équilibre horizontal à partir d’appuis solides (poussée des pieds au fond, des marches ventral et dorsal) petite profondeur

7) se déplacer à la surface grâce à des appuis solides (goulotte et ligne d’eau)

8) se rééquilibrer à partir de déséquilibres divers (bras écartés, une frite dans chaque main)

9) se laisser remonter par l’eau (saut vertical par les pieds, toucher le fond, mise en boule)

10) créer de la vitesse et l’entretenir sur de courtes distances (bras en brasse et battements)

11) construire une propulsion alternée des jambes ventrale et dorsale (frite tenue bras dans le prolongement du tronc, battements de jambes)

12) optimiser la respiration aquatique pour nager plus loin et plus longtemps (même dispositif + nage en crawl, inspiration de face et tous les 4 coups de bras)

13) créer et entretenir de la vitesse grâce à l’action simultanée ou alternée des bras.

Vidéo illustrant épreuve d’attestation scolaire du savoir nager que vous pouvez trouver dans le " Site disciplinaire EPS Créteil "

Nous laissons aux lecteurs et enseignants avertis et aux entraîneurs compétents le soin d’analyser la liste des propositions académiques pour comprendre le défi qui attend les intervenants qui auront la lourde charge de construire de véritables nageurs.

Quelques collègues se souviendront peut-être qu’en décembre 2010, l’Université de Créteil me faisait l’honneur d’une invitation à présenter, à l’occasion des Journées Alain DUREY, l’option pédagogique en lien avec la construction d’un modèle théorique du fonctionnement du nageur.


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Un schéma suggérait des modalités de collaboration entre ceux qui « produisent » les nageurs performants et l’université dans sa fonction de production de connaissances.

Nous n’oublions pas que c’est toujours la pratique qui valide ou invalide les connaissances.

Une interrogation : les promoteurs du projet Créteil souhaitent-ils expliciter les fondements théoriques de leur démarche ? Leur point de vue serait alors publié sur notre site.

raymond

 

Comments   

-1 #1 Marc 2016-11-27 11:06
Pas de genèse pas de structure
Des éléments les uns à côté autres
de même nature que la "Grande évasion"....
Dommage !
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0 #2 Giuseppe Scavo 2016-11-28 16:03
La façon de nager actuelle est culturellement construite, dans le sens où elle résulte générée par des pratiques inscrites dans un cadre institutionnel (pratique de la natation en tant qu’activité sportive). En ce sens, l’ajout du chapitre « La culture natatoire » dans la dernière édition de La natation de demain fût un choix particulièrement heureux.
Un exemple de construction culturelle est la position horizontale : elle n’a rien de naturel pour un être humain mais naît de la nécessité de se déplacer de plus en plus vite dans l’eau (nécessité dictée par le cadre sportif compétitif). En suite, elle a été transférée dans l’enseignement de la pratique natatoire car elle a été identifiée comme un élément clé d’une forme « optimale » de nage.
De cette façon, ce n’est pas tellement question de savoir si la vitesse génère la position horizontale ou si la position horizontale permet de nager plus vite : ce sont bien les exigences et contraintes du milieu (résistance de l’eau) en relation avec l’action recherchée (parcourir dans l’eau une distance donnée dans un intervalle de temps le plus court réalisable) qui ont mené à l’élaboration d’une posture optimale pour le déplacement aquatique (la position horizontale). Cette acquisition peut difficilement se faire de façon spontanée par l’individu car il ne passe pas assez de temps dans l’eau (et spécialement au début de son activité de nageur). L’acquisition de la position horizontale sera donc induite par des actions pédagogiques, de façon que le pratiquant puisse en percevoir au plus vite les bénéfices fonctionnels (passage à travers l’eau). L’ancrage fonctionnel est ici (et ailleurs) primordial.
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0 #3 Gosset Gérard 2016-11-30 05:49
Je constate le peu de mon "savoir" concernant la natation de demain, je préfère quand même ce peu à ce beaucoup qui ressort de ces propositions académiques de Créteil.
Gg
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0 #4 Gosset Gérard 2016-12-01 08:02
La position horizontale
Nous passons de nombreuses heures allongés.
Sommeil, maladies, relaxation, farniente estival...
Le redressement de la position allongée apporte des expériences physico psychiques présentant des intérêts.
Nous ne laissons pas nos bébés se redresser tous seuls, nous sommes pressés de les voir marcher. Plus ils rampent plus ils fortifient les membres supérieurs et ouvrent leurs cages thoracique fort utiles pour nager.
N'ayant plus de service militaire, nos jeunes hommes ne rampent plus.
La méthode d'EPS G. Hébert, encore une d'oubliée.
Mais ils font du "sport" académique.
Les bras en forme de "poireau" seront juste bon a tirer l'eau en "sonneur"
Gg
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