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Stratégie de production d’un objet non identifié

 

Incontestablement le colloque « Tous nageurs et nageuses en Seine Saint-Denis » a connu un réel succès de participation de personnes déjà confrontées (ou aspirant à le devenir) à la formation de nageurs.

Sur le thème « Qu’est-ce qu’apprendre à nager et Comment le faire » 4 ateliers se déroulaient simultanément. Ayant choisi le deuxième : « Mes premières leçons pour apprendre à nager » je pensais pouvoir recueillir une idée ou des informations sur ce qui se « pense », se dit et se fait en ce département et également sur ce qui est proposé aux futurs BPJEPS et professeurs d’EPS, l’option pédagogue et le modèle de référence.

Mon hypothèse était liée à l’idée que lorsque le maitre propose des séances visant un apprentissage, il doit avoir une certaine image ou représentation du savoir-faire visé. Il arrive que cette représentation soit implicite et que l’on puisse la reconstruire, la faire émerger à travers la progression ou succession des exercices choisis.

L’analyse du discours nous aide également à retrouver une logique dans le choix et l’enchainement des exercices.

Dès le départ, la réflexion et les débats seront piégés et faussés par la non remise en question de l’expression « savoir nager » impossible définir et évaluer à travers un critère déterminant ou la réalisation d’une performance définie. Dans un autre domaine de l’activité physique et sportive il ne vient pas à l’idée d’exprimer un « savoir courir », « savoir sauter en hauteur », « savoir lancer un objet » ou « savoir faire de la barre fixe » !!!

De ce fait, une natation inconsistante et son enseignement, gâché et avili par un mauvais usage, risque de renaître et nous verrons que cela n’est pas loin de nous arriver.

Dans la présentation, le terme « leçon » (ce qu’un enseignant donne à apprendre à ses élèves), reflète bien la réalité de ce qui a été proposé. Les leçons comportent bien un ou plusieurs exercices.

Une suite d’exercices nous a été proposée.

En premier lieu, il est fait appel à la capacité de réaliser une apnée au terme d’une inspiration complète, augmentant le volume thoracique, en une durée de l’ordre de 15 secondes. D’abord sur terre puis dans l’eau. La mise à l’eau des non nageurs n’a pas été évoquée, probablement parce que réalisée en petite profondeur.

Les intervenants s’opposent farouchement, à ce stade, à toute utilisation de ceintures ou de flotteurs.

Les images projetées nous montrent des élèves sous la surface, complètement immergés, dont le tronc et la tête se présentent horizontalement tandis que leurs membres supérieurs s’orientent verticalement ; les membres inférieurs sont fléchis. Un des élèves se met « en boule » les mains tenant les genoux, cuisse complètement fléchie sur le tronc.

Les formateurs fustigent la recherche d’une descente vers le fond en expirant complètement l’air pour diminuer son volume. Jouer le ludion. Psychologiquement cela va l’encontre du but de l’exercice qui consiste à faire vivre à l’élève l’action de l’eau sur son corps et lui démontrer qu’il flotte.

L’exercice suivant consiste à descendre vers le fond en utilisant des ancrages à la perche ou à une échelle ; à partir des prises de mains sur la perche exerçant une poussée vers le haut on voit le tronc puis l’ensemble du corps se mettre progressivement à l’horizontale. Cette mise à l’horizontale n’est pas « voulue » par l’élève ; Piaget évoque en la circonstance : l’apparition de moyens avant qu’il y ait but ».

Tous les retours à la surface ne se réalisent pas passivement et plusieurs élèves regagnent la surface au terme d’une poussée des pieds sur le fond. Aucun élève ne réussit à flotter en surface en étant aligné des orteils aux doigts. Flotter en orientation dorsale ne semble pas avoir été envisagé.

Constatant que le corps se présente obliquement dans l’eau par enfoncement des membres inférieurs il est fait référence à un « principe » ainsi évoqué : c’est la vitesse qui met le corps à plat (sic) ! Cela justifie l’exercice suivant qui consiste à se faire tracter par le professeur ou un camarade se déplaçant rapidement le bord du bassin au moyen d’une perche ou de plusieurs ceintures mises bout à bout et dont l’élève tient une extrémité. Les élèves ainsi tractés conservent tête au dessus des membres supérieurs tendus sans aucun effet visible d’horizontalité.

Bien que l’objectif ne soit pas atteint on passe à l’exercice suivant qui consiste à faire tourner les bras. Les membres supérieurs tendus fonctionnent en opposition et tandis que l’un passe dans l’eau, l’autre passe en l’air. Les images sous la surface nous montrent des segments corporels conservant des directions différentes. On remarque particulièrement des cuisses qui ne se présentent pas alignées et des jambes se fléchissement excessivement sur la cuisse dans les battements de grande amplitude.

S’achève ici la liste des exercices des « premières leçons ». Les intervenants précisent que l’utilisation de pull-buoy, rapprochant les membres inférieurs de la surface, favorise la mise à plat du corps, améliore le rendement des membres supérieurs et constitue donc une aide pédagogique intéressante.

A une question d’un participant sur l’intérêt d’utiliser des palmes les intervenants précisent qu’elles donnent de la vitesse (sic !) et donc que leur utilisation est à envisager, voire à encourager.

Que conclure de cette prestation ? La fonction de l’Université est d’apporter et de diffuser des connaissances issues de recherches. Ces dernières supposent la mise en œuvre de pratiques originales expérimentées et validées ou invalidées pour les adopter ou les abandonner. Ce sont les pratiques novatrices validées qui deviennent susceptibles de produire des modèles théoriques de fonctionnement pertinents. A leur tour les modèles théoriques validés deviendront précieux pour guider la construction de l’apprenant dans la suite de ses transformations de « terrien » en « toujours meilleur nageur ».

A défaut de pouvoir prendre appui sur un modèle de fonctionnement, l’option pédagogique présentée consiste à faire reproduire par les élèves des mouvements que l’on aimerait avoir été inspiré par des nageurs performants.

A un moment des échanges je n’ai pu résister à affirmer que mes élèves parvenaient à se mettre parfaitement à l’horizontale sans se trouver en déplacement. J’ai précisé que la condition nécessaire consistait à avoir au moins la tête sous les bras.

Les intervenants m’ont alors demandé si j’avais vu des images de Johnny Weissmuller (nageant en regardant devant lui !). On aurait préféré que référence soit faite à Popov, à Phelps, à Thorpe ou Agnel, étant donné que les pratiques de référence sont celles du XXI° siècle.

Le vide théorique, le savoir décontextualisé (F. Tochon) et la pensée spéculative (A. Fabre) ont poussé les intervenants à venir alimenter leur pratique dans le réservoir du folklore pédagogique que l’on pensait éculé.

raymond

 

 

Comments   

0 #1 Gg 2016-11-17 18:18
Je montre cette image « de nombreux corps flottants » pour affirmer les possibilités à se mettre parfaitement à l’horizontale sans se trouver en déplacement. Aucun doute…

Illustration tirée de l’article (Quelles tâches particulièrement efficaces pour (trans)former les nageurs) dans Didactique.
Gg
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