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Question de C.L.:

Bonjour,

voila, j'ai 32 ans et je suis aquaphobe. j 'ai très peur de la profondeur. Dès que je n'ai plus pied c'est la panique totale.

J'ai entrepris plusieurs choses pour régler mon problème: cours collectif pour "aquaphobes", cours individuel et même un baptême de plongée en piscine!

Rien à faire, j'ai toujours peur... Alors voila je voulais savoir si vous pouviez me donner quelques conseils pour régler ce problème qui me gâche la vie.

Merci à vous.

Cordialement,

C.L.

 

Réponse de Raymond:

 

Bonjour Madame,

je suis honoré de recevoir votre témoignage et vous en remercie.

Votre envie de surmonter votre phobie plaide en faveur d'une solution possible et qui m'intéresse personnellement dans la mesure où un succès conforterait les fondements de la pédagogie préconisée sur le site que vous avez probablement parcouru.

Je vous propose une rencontre si les conditions géographiques sont possibles et favorables lors de divers stages organisés en France à des dates connues et qui pouvaient vous convenir.

Il a suffi de quelques heures pour résoudre un cas comparable au votre.

Bien cordialement,

raymond

 

Le cas dont on parle:

 

MAMAN ! JE N’AI PLUS PEUR DE L’EAU

Extrait de Sport et Plein-Air n° 349 (mai 1990)

 

Jean KERMARREC, de Brest : «... on n'apprend pas la natation par les mouvements, mais il s'agit plutôt d'une transformation fondamentale, devenir un nageur en oubliant le terrien... c'est-à-dire faire appel à la psychologie pour comprendre les résistances, la peur qui ne céderont pas devant des explications techniques... »


René, cobaye tombé par hasard dans « nos griffes » et volontaire, car dès le premier échange impromptu il a exprimé le problème le plus souvent ressenti par les « échecs vivants » : que sont ceux qui ne savent pas nager...

 

René nous raconte son expérience:

« Tout commence un beau matin de février. Je rencontre par hasard Jean K. au centre nautique de Brest. Il doit en effet participer à un stage de natation qui débute le matin même.

La conversation dérive. Je lui apprends qu'à 35 ans, j'ai tiré un trait définitif sur ce sujet, et que ma peur de l'eau m'empêchera à tout jamais d'apprendre à nager.

"Super, un cobaye" s'exclame Jean.

" Viens avec nous. C'est l'occasion ou jamais ".

Cette phrase, je l'avais déjà entendue à deux reprises.

- La première fois à quatorze ans, mon premier apprentissage.

J'avais passé des mois avec toutes sortes de boudins gonflables autour des bras, des jambes, du ventre.

Une fois enlevés, j'avais l'impression de n'avoir jamais mis les pieds dans l'eau. Echec lamentable et peur omniprésente.

- La deuxième fois, pendant l'armée; la "pédagogie" consistait à vous balancer dans l'eau sans aucune préparation pour "s'acclimater au milieu". Traumatisme définitif.

Mais à croire que les échecs ne sont jamais enfouis inexorablement au fond de l'inconscient. La proposition de Jean m'attirait même si elle ne me semblait pas être d'actualité.

Rendez-vous pris, je me présente à 18 heures à la piscine Foch. Sachant depuis longtemps que le ridicule ne tue plus, je m'apprête à jouer à la perfection mon rôle de "bleu".

Raymond Catteau arrive. "Où est-il mon cobaye "? demande-t-il.

C'est moi, dis-je, un peu inquiet.

Et qu'est ce que tu sais faire dans l'eau ? Moi, pas peu fier : euh ! Quelques brasses ! C'est bien ce que je craignais, rétorque Raymond.

Ca commence bien. On regagne le bassin. Derrière des stagiaires suivent, certains avec des caméras vidéo, d'autres avec des carnets pour prendre des notes.

Cette idée d'apprendre à nager me semble tout à coup une fausse bonne idée.

"Allez, vite me dit Raymond, j'ai cinq minutes à t'accorder. Après, il faut que je m'occupe des autres."

Ah ! Bon ! Je sens la feinte. Il ne veut pas que j'aie le temps d'avoir des états d'âme. Il se trompe, j'en ai.

On commence dans le petit bain, ça me rassure.

"Tu vas mettre la tête dans l'eau, la bouche ouverte" m'indique Raymond. (Ça ne va pas, il veut que je boive tout le bassin !)

"Débute par les marches ! (il y a environ cinq centimètres d'eau sur la première) Pose le visage, le nez et la bouche ouverte sur la marche". Je suis crispé mais j'y arrive. L'angoisse est supportable.

"Si tu veux, souris en ouvrant la bouche" ma conseille Raymond.

Là, c'est le miracle. Ca marche et le fait de sourire me détend.

Je répète l'exercice en descendant de marche en marche.

Ce n'était que ça, la tête dans l’eau ?

Les exercices s'enchaînent. Je m'allonge la tête toujours dans l'eau, souriant au carrelage du fond du bassin. J'allonge aussi les bras. Incroyable, je flotte.

J'essaie ensuite sur le dos (Là, j'arrête de sourire) Raymond me donne le truc pour me remettre en position verticale.

A chaque question, il apporte une réponse. Je sens une méthode, rien de gratuit. Tout cela me sécurise.

Raymond a de l'autorité mais en même temps est encourageant. Il comprend mes difficultés.

D'ailleurs, les seules choses que je boive ce sont ses paroles.

Et si nager s'apprenait !

Le lendemain, je répète ces exercices. Puis je descends le long du bassin en m'aidant de l'échelle. Je n'ai plus pied. J'essaie de rester un peu au fond. Mais la panique me prend.

Raymond me fait sauter du bord, pieds joints. Je rebondis. Dès que je remonte à la surface il me faut trouver aussitôt une prise pour m'accrocher. Je ne peux me résoudre à lâcher le bord du bassin, ni à le quitter des yeux.

"Ton problème c'est de tomber à l'eau, me confie Raymond. Je vais te demander de sauter en faisant une roulade pour que ta nuque touche l'eau en premier. Vingt séances de gagné si tu y vas. Et tu peux y arriver". Je suis paralysé par la peur. Là, c'est trop.

Les Italiens filment. Ce matin, le thème du stage était : "la peur chez le débutant" J'en suis un magnifique spécimen.

Raymond s'approche de moi et me tend la paume de sa main. J'y glisse la mienne. Tout le monde attend ma réaction au bord du bassin.

Je ne vais pas me dégonfler, je ferme les yeux et je saute. Je ne sais plus où je suis. Raymond me tire à la surface. Je suis toujours en vie. Mais, il faut reprendre. J'ai sauté de biais.

Cette fois-ci, c'est avec le petit doigt de Raymond contre le mien que je réalise ma cabriole. Ce minuscule contact agit comme un cordon ombilical. Je retrouve non sans mal le bord. J'entends quelques applaudissements. Je suis à la fois heureux et déçu. Heureux d'avoir osé, et déçu d'être si réticent à accepter le milieu aquatique.

Je ne connaissais pas réellement l'intensité de mon appréhension. Au fur et à mesure des exercices, certaines peurs disparaissent, d'autres, inconnues apparaissent.

Les séances suivantes, Raymond me confie à Yves venu superviser le stage. Pour moi, le saut réalisé avec Raymond devient une limite maxi. Tout ce que l'on me demandera en deçà, je me fais fort de le réussir. Avec Yves, je reprends certains exercices. Je descends le long de l'échelle, j’essaie de toucher le fond, je m'y allonge et je remonte à la surface en lâchant l'échelle.

Je prends conscience graduellement que je flotte. Mieux je ne peux pas couler.

Les expériences s'enchaînent, je me mets dans la position de l'œuf, je fais la planche puis je me retourne dans l'eau, sur le ventre... Je commence à y trouver un certain plaisir. L'inquiétude est toujours là mais moins forte, et elle n'empêche plus le plaisir. C'est nouveau comme sensation. J'appréhende mieux les distances, le fond du bassin, les bords, je suis prêt pour le grand large !

Le déclic, c'est quand je réalise que toutes les solutions, c'est dans l'eau qu'on les trouve. Pas à moitié immergé, et la tête dehors. Non tout dedans, et avec le sourire.

Je me fabrique des appuis, avec les pieds, avec les mains. Je peux tomber dans l'eau. Je m'enroule, puis je m'allonge, je me calme et je remonte à la surface prendre un peu d'air.

La dernière séance est consacrée à la respiration, à la motricité, crawl, brasse "Et le papillon c'est comment ?" Je me grise.

L'eau devient technique, la peur est intégrée et devient élément dynamisant.

Cinq heures ont suffi pour inverser une tendance qui existait depuis trente cinq ans. Entre moi et l'eau tout n'est pas réglé, loin de là. Mais tout est possible.

Comme une histoire d'amour qui commence. »

 

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