Points de vue

0
0
0
s2smodern

L'entraîneur formateur, ou l'entraineur de demain

 

Lire la suite : L'entraîneur formateur, ou l'entraineur de demainLa construction d’un athlète est une opération artisanale qui confine presque à la production artistique. Des réflexions, des connaissances sont nécessaires à la construction et à la structuration des compétences « techniques, pédagogiques et didactiques» de l’entraîneur formateur, mais ces « connaissances et réflexions nécessaires » doivent en quelque sorte disparaitre, elles ne doivent jamais venir à la surface pendant le processus de construction de l’athlète.

Imaginez l’entraineur comme un chef qui met du sel parce que il sait qu'il y en a besoin. Ce n'est pas du hasard ou du pif, c'est le fruit de la structure qu'il a consolidé. Quand il cuisine il est un chef, il ne pense pas, il ne joue pas le chef! Il pourrait après te dire pourquoi il a choisi une chose ou l'autre ( pas avant ! ), mais quand il fait le choix c'est immédiat, c'est une action mentale complexe dont les éléments constituants se coordonnent de façon synthétique.

Une attitude non intellectualiste se révèle donc indispensable. Heureusement, il s'agit d'une situation privilège dans l'entrainement, une profession imprégnée par une matérialité qui est beaucoup plus cachée, ou presque absente, en d'autres métiers artistiques, pensez à la poésie ou à l'écriture.

Créer un nageur est beaucoup plus proche de la réalisation d'une peinture, d’une sculpture, avec la nécessité de choisir les matériaux et les mélanger soigneusement. Ou concevoir une voiture de course avec ses régulations complexes d'ingénierie. Mais c’est beaucoup plus riche et stimulant, parce que on travaille avec une matière qui interagit, qui évolue, qui se transforme en réaction aux manipulations du formateur. Le but ultime de l'œuvre d'art est l'autonomie ; elle doit accéder à la vie et doit prendre des significations indépendantes de l’artiste lui-même. Rien de plus beau, comme objectif, que conduire du matériau à ses meilleures potentialités expressives. Et aucun matériau ne donne plus de satisfaction ou de résultats que l'être humain avec sa personnalité qui est modelée et libérée, dans ses composantes motrices, affectives et cognitives, à la conquête de son propre et imprévisible espace dans la vie sociale.

Une conséquence directe de cet axiome est que la dimension fondamentale qui caractérise un artiste est la dimension culturelle, sa capacité à connaître les matériaux qu'il utilise et les lois qui en régissent les fonctionnements. Ce qui différencie l'artiste de l'artisan c’est la prise de conscience des fonctionnements, la capacité d'obtenir certaines réponses et résultats envisagés, non par simple reproduction empirique des procédures déjà adoptées par d'autres, mais à travers une connaissance profonde et exacte des processus. En fin de compte, on pourrait dire la capacité à innover.

Un degré supplémentaire de qualité est la capacité de s'éloigner de l'œuvre, de la rendre vivante, autonome, indépendante de celui qui l’a produite. La profondeur de la personnalité du maître, conséquence immédiate de son bagage culturel, à savoir dans ce cas, au sens très large, comme produit d'une dialectique féconde et continue entre expérience et réflexion, est un élément essentiel pour ne pas imposer de limites à la dimension évolutive de la personnalité de l'élève.

Alors, dans le cas de ceux qui travaillent dans le domaine sportif, les connaissances anatomiques, biomécaniques, psychologiques, pédagogiques, la connaissance des lois physiques des matériaux ou du substrat avec lesquels l'athlète interagit… et d'autres compétences encore, sont toutes au service du développement de l'individu. La composante liée à la motricité représente une seule des dimensions de la personnalité et, dans le cas de la pédagogie de l'activité physique, la voie privilégiée d'accès parce que celle-ci peut être stimulée, évoluer et devenir de plus en plus autonome.

Être mis en condition de se confronter à des problèmes ( tâches ) dans le domaine de la motricité et de les résoudre ( réussir ) constitue un parcours obligé pour le progrès de l’individu, mais c'est seulement la compétition, la confrontation à l'autre, qui ajoute de la dimension sociale et permet, à travers le jeu continu de l'attribution des rôles et de la recherche des statuts, une véritable redéfinition autonome de la personnalité qui va au-delà de la relation castratrice de l'entraîneur, quand celui-ci veut rester maître d'une œuvre qu'il croit inopinément sa propriété.

mauro

 

0
0
0
s2smodern
0
0
0
s2smodern

CRETEIL

 

Au commencement était le Verbe (ou la pensée se manifestant), disaient les disciples mystiques de Platon. Au commencement était l’action rétorquait Goethe.

Henri WALLON, De l’acte à la pensée : essai de psychologie comparée, Paris, Flammarion, 1970.

 

Comment situer et caractériser cette récente proposition de cheminement dans la formation de nageurs à l’école élémentaire ? Pourrait y retrouver une tentative de référence au modèle ERP transformé en RPE ? Ce qui semble nous ramener vers un passé révolu, c’est l’absence de référence à une structure et à une genèse. Manifestement la « pédagogie du mouvement » s’illustre et se retrouve à tous les niveaux.

La Rectrice de l’Académie de Créteil en présence d’une situation alarmante : 42 % des élèves entrant en 6 ième ne sont pas considérés comme « sachant nager », va réunir des personnes qui au vu de leur production n’ont jamais connu de pratique natatoire compétitive.

Il s’agissait de mener une réflexion sur les conditions d’enseignement et l’organisation de cycles couvrant 50 séances de pratique en piscine (séances de 30 à 45 min.).

Il eut été possible et probablement souhaitable d’inciter les intervenants à s’engager dans la voie des méthodes actives en adoptant l’attitude expérimentale pour ne pas tomber sous l’emprise de la pensée spéculative qui guette ceux qui s’éloignent du savoir et savoir-faire contextualisé. Mais cela impliquait de dépasser les connaissances de type descriptif pour invoquer une référence à un « modèle théorique » de fonctionnement du nageur, prélude à la proposition d’une didactique de la discipline.

Une expression qui n’a pas de sens et n’a pas son équivalent dans les autres disciplines : le « savoir nager » va être précisé ou limité à « un savoir nager scolaire » !!!

A quand le savoir nager des sapeurs pompiers, le savoir nager des boulangers et le savoir nager des marchands de frites ?

Autre chimère, autre utopie : étendre au-delà des personnels dépendant de l’éducation nationale : les professionnels de la natation et ceux qui gèrent les Brevets d’Etat, le produit de ceux qui se sont vus investis d’une compétence universelle.

Nous aurions aimé l’illustration de la démarche à travers l’animation d’une classe entière et non par seulement un à quatre enfants qui d’emblée réussissent l’exercice illustrant les différent sous-objectifs.

Quelques exemples où l’idéologie (monde imaginé substitué au monde réel) touche l’irrationnel.

Naturellement c’est en petite profondeur que le terrien débutant va s’aventurer. Descente par les escaliers ou plus directement, marche et ramassage d’un objet lesté.

Comment pourrait-il dans ces conditions découvrir les propriétés de son corps dont la densité (surtout chez les sujets jeunes) est telle qu’il flotte naturellement, que l’eau le repousse en surface.

Pédagogiquement il est souhaitable de mettre l’apprenant en condition de réussite rapide sinon immédiate. Le redressement de la colonne dorsale amplifie dans toutes ses dimensions le volume thoracique et il devient dès lors impensable d’accepter, voire de favoriser, une posture « en boule ».

Lorsque l’on choisit la forme voulue, le corps s’aligne à l’horizontale.

C’est Jacques PAILLARD ( Jacques PAILLARD : L'acte moteur comme facteur d'adaptation et de progrès évolutif, in: Actes du Colloque "Sport et Progrès de l'Homme", Paris, 1975 - p. 71-108 ), s’adressant à ceux qui ont la mission d’enseigner les activités physiques et sportives, qui a focalisé leur attention sur la nécessité d’aborder l’organisation posturale avant et au service de l’organisation motrice. Cette préoccupation échappe totalement au projet de Créteil et se concrétise dans la posture « en boule ». Le seul moment où elle pourrait se retrouver, c’est lors du virage, dans le changement de sens où la vitesse est nulle, et à aucun moment dans la locomotion aquatique.

Nos experts de l’Académie de Créteil confirment que « le paralogisme est le propre de l’esprit humain » ( Jacques LECOMTE, Informations exactes, conclusions absurdes, extrait de Science et Vie, n° 894, mars 1992, p. 68-73 ).

En effet, pour se déplacer plus rapidement dans l’eau le nageur doit respecter les lois physiques et offrir un maître-couple le plus réduit possible ; il adoptera de ce fait une posture spécifique. Le gain en vitesse est un effet et non la cause de l’horizontalité, de l’immersion et de l’indéformabilité du corps.

Le raisonnement qui affirme que la vitesse produit la mise à plat du corps se révèle absurde !

Enfermés dans leurs certitudes ces mêmes experts vont aborder la ventilation à partir du déplacement en battement de jambes seules, une frite pour l’appui des mains, bras dans le prolongement du tronc. Le sujet de la vidéo inspire en relevant la tête grâce à un appui des mains sur la frite qui s’enfonce. Cette procédure caractérise la « respiration de l’asthmatique ».

Très représentative du niveau d’appréciation du « savoir nager scolaire » est la vidéo montrant une fillette en « nage complète » : rotation des bras tendus, battements amples des jambes, et surtout un corps orienté à l’oblique plus proche des 45° que de l’horizontale.

L’objectif terminal est la réussite d’un test attribuant l’ « attestation scolaire du savoir nager »

Les objectifs intermédiaires sont au nombre de treize (avec illustrations vidéo) :

1) entrée dans l’eau pour immerger la tête et le corps (petite profondeur)

2) construire une apnée inspiratoire et une expiration aquatique (petite profondeur)

3) se laisser flotter (petite profondeur, bras le long du corps)

4) descendre au fond pour agir et se laisser remonter par l’eau (cage à poules)

5) s’horizontaliser à la surface à partir d’appuis solides (le long de la goulotte avec action des jambes)

6) construire un équilibre horizontal à partir d’appuis solides (poussée des pieds au fond, des marches ventral et dorsal) petite profondeur

7) se déplacer à la surface grâce à des appuis solides (goulotte et ligne d’eau)

8) se rééquilibrer à partir de déséquilibres divers (bras écartés, une frite dans chaque main)

9) se laisser remonter par l’eau (saut vertical par les pieds, toucher le fond, mise en boule)

10) créer de la vitesse et l’entretenir sur de courtes distances (bras en brasse et battements)

11) construire une propulsion alternée des jambes ventrale et dorsale (frite tenue bras dans le prolongement du tronc, battements de jambes)

12) optimiser la respiration aquatique pour nager plus loin et plus longtemps (même dispositif + nage en crawl, inspiration de face et tous les 4 coups de bras)

13) créer et entretenir de la vitesse grâce à l’action simultanée ou alternée des bras.

Vidéo illustrant épreuve d’attestation scolaire du savoir nager que vous pouvez trouver dans le " Site disciplinaire EPS Créteil "

Nous laissons aux lecteurs et enseignants avertis et aux entraîneurs compétents le soin d’analyser la liste des propositions académiques pour comprendre le défi qui attend les intervenants qui auront la lourde charge de construire de véritables nageurs.

Quelques collègues se souviendront peut-être qu’en décembre 2010, l’Université de Créteil me faisait l’honneur d’une invitation à présenter, à l’occasion des Journées Alain DUREY, l’option pédagogique en lien avec la construction d’un modèle théorique du fonctionnement du nageur.


Lire la suite : CRETEIL

Un schéma suggérait des modalités de collaboration entre ceux qui « produisent » les nageurs performants et l’université dans sa fonction de production de connaissances.

Nous n’oublions pas que c’est toujours la pratique qui valide ou invalide les connaissances.

Une interrogation : les promoteurs du projet Créteil souhaitent-ils expliciter les fondements théoriques de leur démarche ? Leur point de vue serait alors publié sur notre site.

raymond

 

0
0
0
s2smodern
0
0
0
s2smodern

Fréquence - Nombre de coups de bras - Vitesse de déplacement - Cause et effet

  

Paragraphe extrait d’un article à caractère dit scientifique : « Modèles et transformations techniques en nage libre » : 

« En relation avec la problématique du rendement, nager en diminuant le nombre d’action motrices a été un puissant moyen d’entraînement initié en France dans les années 1985 par Marc Begotti l’entraîneur de Catherine Plewinski. Chercher à diminuer le nombre de coups de bras pour une vitesse de nage constante permet d’améliorer l’efficience propulsive (le rapport entre l’énergie mécanique et la vitesse de déplacement). Cependant chercher à diminuer systématiquement le nombre d’actions motrices comporte plusieurs effets contre productifs.

En effet, comme 95% de l’entraînement se déroule à des fréquences inférieures ou égales à 40 cycles par minute, les fréquences de courses (comprises entre 45 et 55 cycles par minute dans les épreuves du 50 au 400-m) ne sont que rarement entraînées. Hors les travaux de neurophysiologie montrent que les capacités rythmiques sont dépendantes de noyaux neuronaux distincts les uns des autres. Pour traduire, à rarement s’entraîner à des fréquences élevées, les nageurs n’entraîneront pas les processus neuro moteurs mobilisés en compétition. Pour ces raisons notamment, certains entraîneurs de l’équipe de France pensent qu’il est porteur de demander aux nageurs de nager le plus vite possible pour des fourchettes de tempo encadrant les fréquences de courses (ce qui sous-tend forcement de grandes distances par cycle). Le nombre de coups de bras est un outil pédagogique intéressant s’il est associé au tempo. »

 

Deux affirmations retiennent notre attention :

 

« Pour traduire, à rarement s’entraîner à des fréquences élevées, les nageurs n’entraîneront pas les processus neuro moteurs mobilisés en compétition. »

 

« Le nombre de coups de bras est un outil pédagogique intéressant s’il est associé au tempo »

 

La notion de « tempo » a été définie par l’auteur comme la fréquence. (Fréquence : « nombre de fois par unité de temps »)

 

Cause et effet

 

Pour l’entraîneur qui s’en tient au mouvement indépendamment des causes et de la nature de sa production (la cinématique) il « suffit » d’augmenter la fréquence en conservant la distance par cycle pour nager plus vite.

 

Pour l’entraîneur adepte de la pédagogie de l’action la vitesse de déplacement est la traduction biomécanique des cinq éléments* qui composent la force* que met en œuvre le nageur pour s’accélérer.

 

* 5 éléments qui composent une force : point d’application, intensité, direction, sens, durée

 

* Force : « action mécanique capable d’accélérerune masse »

 

Cet entraîneur sait que l’augmentation de la fréquence gestuelle caractérise une organisation spontanée, instinctive du débutant pour aller plus vite. L’augmentation de la fréquence gestuelle est une solution à court terme dont la limite est rapidement atteinte et qu’il va devoir dépasser.

L’entraîneur adepte de la pédagogie de l’action va conduire le nageur à mobiliser de plus grandes masses d’eau pour les pulser dans la direction du déplacement et en sens inverse du déplacement avec une plus grande intensité de force sur une amplitude importante.

Plus le nageur est puissant plus l'accélération est intense et moins elle doit se répéter pour obtenir la même vitesse !

 

La fréquence gestuelle, qui traduit la durée totale du cycle, quant à elle ne variera pas nécessairement en raison de la variation combinée des durées accélération-inertie.

 

Dans un texte dédié aux entraîneurs et aux formateurs plutôt que d’affirmer : « à rarement s’entraîner à des fréquences élevées… » Il aurait été préférable de lire : « à rarement s’entraîner à vitesse élevée les nageurs n’entraîneront pas les processus neuro moteurs mobilisés en compétition. »

Et plutôt que : « Le nombre de coups de bras est un outil pédagogique intéressant s’il est associé au tempo. » Il aurait été préférable de lire : « Le nombre de coups de bras est un outil pédagogique intéressant s’il est associé à la vitesse de déplacement du nageur. »  

 

Ne croyez pas qu’il s’agit que d’un problème sémantique. Ce sont deux conceptions pédagogiques qui s’opposent dévoilant des représentations divergentes.

 

Une précision pour conclure :

 

« Nager en diminuant le nombre d’action motrices a été un puissant moyen d’entraînement initié en France dans les années 1985 par Marc Begotti l’entraîneur de Catherine Plewinski. Chercher à diminuer le nombre de coups de bras pour une vitesse de nage constante permet d’améliorer l’efficience propulsive »

Le nombre de coups de bras a toujours été pris en compte en l’associant à la vitesse de déplacement du nageur, cette vitesse variant en fonction de la distance nagée et des objectifs recherchés.

Mais attention : le nombre de coups de bras rend compte de l’aspect visible du fonctionnement, il n’est pas la cause du fonctionnement !

Les temps réalisés par les nageurs sont le résultat des actions qu’ils mettent en œuvre.

Exemple : Franck ESPOSITO 200 m papillon (Je n’ai pas conservé les données concernant Catherine) :

-1993 (à 23 ans) : 1’58’’5 ; 89 coups de bras pour couvrir les 200 m
A partir d’avril 1997 nouvelles options pédagogiques et d’entraînement qui portent sur l’amélioration de l’efficience, du rendement et augmentation de la puissance.

- 1997 (à 27 ans) : 1’57’’5 ; 84 coups de bras pour couvrir les 200 m

-2002 (à 32 ans) : 1’54’’6 ; 78 coups de bras pour couvrir les 200 m

Un corps projectile et propulseur mieux construit associé à plus de puissance permet à Franck d’être plus efficient : il nage plus vite et plus loin à chaque cycle de bras et il est capable de le faire pendant 200 m.

Franck nage plus vite le 200 m et nous constatons que son nombre de coups de bras à diminué.

Marc 1/11/2014

0
0
0
s2smodern
0
0
0
s2smodern

Stratégie de production d’un objet non identifié

 

Incontestablement le colloque « Tous nageurs et nageuses en Seine Saint-Denis » a connu un réel succès de participation de personnes déjà confrontées (ou aspirant à le devenir) à la formation de nageurs.

Sur le thème « Qu’est-ce qu’apprendre à nager et Comment le faire » 4 ateliers se déroulaient simultanément. Ayant choisi le deuxième : « Mes premières leçons pour apprendre à nager » je pensais pouvoir recueillir une idée ou des informations sur ce qui se « pense », se dit et se fait en ce département et également sur ce qui est proposé aux futurs BPJEPS et professeurs d’EPS, l’option pédagogue et le modèle de référence.

Mon hypothèse était liée à l’idée que lorsque le maitre propose des séances visant un apprentissage, il doit avoir une certaine image ou représentation du savoir-faire visé. Il arrive que cette représentation soit implicite et que l’on puisse la reconstruire, la faire émerger à travers la progression ou succession des exercices choisis.

L’analyse du discours nous aide également à retrouver une logique dans le choix et l’enchainement des exercices.

Dès le départ, la réflexion et les débats seront piégés et faussés par la non remise en question de l’expression « savoir nager » impossible définir et évaluer à travers un critère déterminant ou la réalisation d’une performance définie. Dans un autre domaine de l’activité physique et sportive il ne vient pas à l’idée d’exprimer un « savoir courir », « savoir sauter en hauteur », « savoir lancer un objet » ou « savoir faire de la barre fixe » !!!

De ce fait, une natation inconsistante et son enseignement, gâché et avili par un mauvais usage, risque de renaître et nous verrons que cela n’est pas loin de nous arriver.

Dans la présentation, le terme « leçon » (ce qu’un enseignant donne à apprendre à ses élèves), reflète bien la réalité de ce qui a été proposé. Les leçons comportent bien un ou plusieurs exercices.

Une suite d’exercices nous a été proposée.

En premier lieu, il est fait appel à la capacité de réaliser une apnée au terme d’une inspiration complète, augmentant le volume thoracique, en une durée de l’ordre de 15 secondes. D’abord sur terre puis dans l’eau. La mise à l’eau des non nageurs n’a pas été évoquée, probablement parce que réalisée en petite profondeur.

Les intervenants s’opposent farouchement, à ce stade, à toute utilisation de ceintures ou de flotteurs.

Les images projetées nous montrent des élèves sous la surface, complètement immergés, dont le tronc et la tête se présentent horizontalement tandis que leurs membres supérieurs s’orientent verticalement ; les membres inférieurs sont fléchis. Un des élèves se met « en boule » les mains tenant les genoux, cuisse complètement fléchie sur le tronc.

Les formateurs fustigent la recherche d’une descente vers le fond en expirant complètement l’air pour diminuer son volume. Jouer le ludion. Psychologiquement cela va l’encontre du but de l’exercice qui consiste à faire vivre à l’élève l’action de l’eau sur son corps et lui démontrer qu’il flotte.

L’exercice suivant consiste à descendre vers le fond en utilisant des ancrages à la perche ou à une échelle ; à partir des prises de mains sur la perche exerçant une poussée vers le haut on voit le tronc puis l’ensemble du corps se mettre progressivement à l’horizontale. Cette mise à l’horizontale n’est pas « voulue » par l’élève ; Piaget évoque en la circonstance : l’apparition de moyens avant qu’il y ait but ».

Tous les retours à la surface ne se réalisent pas passivement et plusieurs élèves regagnent la surface au terme d’une poussée des pieds sur le fond. Aucun élève ne réussit à flotter en surface en étant aligné des orteils aux doigts. Flotter en orientation dorsale ne semble pas avoir été envisagé.

Constatant que le corps se présente obliquement dans l’eau par enfoncement des membres inférieurs il est fait référence à un « principe » ainsi évoqué : c’est la vitesse qui met le corps à plat (sic) ! Cela justifie l’exercice suivant qui consiste à se faire tracter par le professeur ou un camarade se déplaçant rapidement le bord du bassin au moyen d’une perche ou de plusieurs ceintures mises bout à bout et dont l’élève tient une extrémité. Les élèves ainsi tractés conservent tête au dessus des membres supérieurs tendus sans aucun effet visible d’horizontalité.

Bien que l’objectif ne soit pas atteint on passe à l’exercice suivant qui consiste à faire tourner les bras. Les membres supérieurs tendus fonctionnent en opposition et tandis que l’un passe dans l’eau, l’autre passe en l’air. Les images sous la surface nous montrent des segments corporels conservant des directions différentes. On remarque particulièrement des cuisses qui ne se présentent pas alignées et des jambes se fléchissement excessivement sur la cuisse dans les battements de grande amplitude.

S’achève ici la liste des exercices des « premières leçons ». Les intervenants précisent que l’utilisation de pull-buoy, rapprochant les membres inférieurs de la surface, favorise la mise à plat du corps, améliore le rendement des membres supérieurs et constitue donc une aide pédagogique intéressante.

A une question d’un participant sur l’intérêt d’utiliser des palmes les intervenants précisent qu’elles donnent de la vitesse (sic !) et donc que leur utilisation est à envisager, voire à encourager.

Que conclure de cette prestation ? La fonction de l’Université est d’apporter et de diffuser des connaissances issues de recherches. Ces dernières supposent la mise en œuvre de pratiques originales expérimentées et validées ou invalidées pour les adopter ou les abandonner. Ce sont les pratiques novatrices validées qui deviennent susceptibles de produire des modèles théoriques de fonctionnement pertinents. A leur tour les modèles théoriques validés deviendront précieux pour guider la construction de l’apprenant dans la suite de ses transformations de « terrien » en « toujours meilleur nageur ».

A défaut de pouvoir prendre appui sur un modèle de fonctionnement, l’option pédagogique présentée consiste à faire reproduire par les élèves des mouvements que l’on aimerait avoir été inspiré par des nageurs performants.

A un moment des échanges je n’ai pu résister à affirmer que mes élèves parvenaient à se mettre parfaitement à l’horizontale sans se trouver en déplacement. J’ai précisé que la condition nécessaire consistait à avoir au moins la tête sous les bras.

Les intervenants m’ont alors demandé si j’avais vu des images de Johnny Weissmuller (nageant en regardant devant lui !). On aurait préféré que référence soit faite à Popov, à Phelps, à Thorpe ou Agnel, étant donné que les pratiques de référence sont celles du XXI° siècle.

Le vide théorique, le savoir décontextualisé (F. Tochon) et la pensée spéculative (A. Fabre) ont poussé les intervenants à venir alimenter leur pratique dans le réservoir du folklore pédagogique que l’on pensait éculé.

raymond

 

 

0
0
0
s2smodern
0
0
0
s2smodern

Le nageur a toujours raison…

 

Introduction

Extrait librement adaptés de l’introduction de J. Paillard à sa conférence au Colloque international de Paris (mai 1975)

Lorsqu’on demande au spécialiste de classer, par ordre d’importance, les facteurs qui lui semblent déterminer les conditions de la réussite sportive, ce sont généralement les facteurs biologiques qu’il met en tête. Lorsqu’on évoque les déterminants biologiques de la performance motrice, c’est en premier lieu aux aspects biomécaniques, biométriques et bioénergétiques que l’on se réfère.

Aux problèmes que se pose le praticien, mon propos sera plutôt de tenter de faire entrevoir une nouvelle manière d’engager le dialogue entre l’entraîneur et le fondamentaliste.

J’aimerais évoquer certaines des perspectives ouvertes par une approche que l’on peut qualifier d’informationnelle du fonctionnement de la machine neuro-motrice. Perspectives où l’entraîneur peut désormais aisément reconnaître les réalités concrètes, familières auxquelles il est quotidiennement confronté.

 

Dans un article « Modèles et transformations techniques en nage libre » le service recherche de la fédération de natation écrit :

 

« Ne convient-il pas de demander de chercher les appuis les plus solides pour projeter le corps vers l’avant avec la plus grande vitesse possible ? …

 En clair, la propulsion du nageur sera d’autant plus efficace que ce dernier prendra appui sur une grande masse d’eau résistante dans des zones d’eau déjà non perturbées, et afin de projeter son corps vers l’avant à partir d’un point d’appui le plus fixe possible. »

 

Evoquer en natation des « points fixes » dans l’eau est un non sens à moins que cela puisse être prouvé. 

Pour se propulser nous pensons que le nageur doit exercer une force d’intensité croissante* avec sa pale « main-avant bras » construite (coude au dessus de la main) et orientée (vers l’arrière et en profondeur) sur la masse d’appui constituée à partir et en fonction de son déplacement en durée et intensité.

* Force d'intensité croissante : condition nécessaire pour se propulser dans l’eau, résultant de la résistance de l’eau qui augmente au carré de la vitesse du déplacement du corps. Cas particulier de la loi de conservation du mouvement M.V = M’. V’ dans laquelle (M’ et V’ concernent le liquide).

 

Nous vous proposons de faire deux expériences afin que vous validiez vous-même une des deux options, l’une excluant l’autre ! 

 

Première expérience : appui fixe

 

« La corde à nager » - De quoi s’agit-il ? 

C’est idée « de la corde à crawl » avait exprimée dans le livre de J.P. Boyrie : Nages sportives (1946) dont le but était de donner une information sur la direction à prendre lors du déplacement de la main sous l’eau en crawl.

Une corde était tendue à environ 50 cm sous la surface entre les deux extrémités de la piscine.

Il était demandé au nageur de se déplacer comme il le ferait en crawl mais en se halant sur la corde. 

J’ai moi-même réalisé cette expérience avec des nageurs dans les années 80, j’ai très vite laissé tomber car je n’obtenais rien de bon, les nageurs me disaient ne « plus avoir d’appui » après l’exercice lorsqu’ils nageaient en crawl.

 

Je vous propose à votre tour de faire cette expérience.

Observez, interrogez les nageurs sur ce qu’ils ressentent.

 

Deuxième expérience : exercer une force d’intensité croissante

Le nageur réalise  une traction sur un élastique (avec chaque bras) en conservant le coude au dessus de la main, puis immédiatement nage en crawl en ressentant ce qu’il vient de vivre.

 Lire la suite : Le nageur a toujours raison 

Lire la suite : Le nageur a toujours raison

 

Observez, interrogez les nageurs sur ce qu’ils ressentent.

Faites confiance au ressenti des nageurs ! Vous pouvez valider une option et écarter l’autre.

Alors, appuis fixes en force d’intensité constante, artificiellement créés ou intensité de force croissante déclenchant la gestion spécifique au substrat « eau » !

 

  • « Il faut aux actions un système de repères « sensitivo-sensoriels » qui les suscitent, les guident et les contrôlent » - H. Wallon

  • Dans toutes les activités humaines, un dialogue s’établit en permanence entre les informations et leur dimension motrice.

 

Marc

15/10/2014

0
0
0
s2smodern
   

Login Form