Points de vue

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LETTRE OUVERTE A MICHEL

 

Dans un message d’allégeance à ses maîtres à penser, Michel qui nous dit préparer un diplôme de l’Insep avec Didier Chollet, propose de condamner un hérétique au prochain bûcher. Il se fait dans son écrit le colporteur de ragots me concernant et déclenche de ce fait les lignes qui suivent.

L’analogie des moteurs du bateau, les bras, moteur de 200CV, les jambes de 100cv, le bateau ne va pas à 300 cv mais à 200 cv donc que  les jambes ne servent à rien d’après Serge David, c’est Catteau qui a développé cette réflexion !  

Je mets au défi quiconque et ces personnes d’apporter la preuve de l’existence de ce discours.

Dans mes exposés et cours j’autorise toujours l’enregistrement et lorsque quelqu’un me demande de répéter ou préciser ce que je viens de dire, je le fais volontiers.

Par ailleurs, lorsque Michel m’a rencontré et parlé, lors de la remise de la Légion d’Honneur à Claude Fauquet à Abbeville, il aurait pu me questionner personnellement.

Il aurait pu et peut toujours me contacter directement ou via le site, puis que je suis encore vivant ! et me fais un plaisir et un devoir de répondre personnellement.

Commençons par la « forme » qui constitue en elle-même un défi aux notions de physique les plus élémentaires que devrait posséder un « auteur » d’ouvrages de technique ou de pédagogie. Que peut bien signifier « aller à 200 CV » ??? Une vitesse s’exprime en mètres/seconde ou kilomètre/ heure. Un rapport d’espace mis au temps à le parcourir.

Passons aux faits : dans mes cours je voulais amener les élèves à réfléchir sur l’éventuelle existence et sur l’interaction de l’effet de l’entrée en jeu de deux moteurs dont chacun pris isolément procurait une vitesse donnée à l’ensemble auquel ils appartenaient.

Un constructeur automobile avait conçu un engin tous terrains disposant d’un moteur pour les roues avant et d’un autre moteur pour les roues arrière. Cette 2 cv. saharienne était prise comme exemple hypothétique.

Données = on règle le moteur avant pour qu’il entraîne à lui seul le véhicule à 60 kh

On règle le moteur arrière pour qu’il entraîne à lui seul le véhicule à 40 kh

Question = quelle sera la vitesse du véhicule lorsque les 2 moteurs agiront ensemble ?

La question à choix multiple proposée aux stagiaires était la suivante :

A 100 kh B 60 kh C 40 kh D V < 60 kh

Après débat et référence aux données de la physique la dernière proposition était validée.

C’est bien volontiers que je me mets à l’écoute de Serge et de Michel pour connaître leur opinion et leur demander un avis d’expert sue la question suivante.

Sachant qu’en athlétisme un coureur se déplace beaucoup moins vite s’il a les membres supérieurs entravés, faut-il en conclure que les « bras » ajoutent de la vitesse à celle des jambes dans une course sans entraves?

Chanson enfantine = « Maman les petits bateaux ont-ils des jambes ?

Mais oui mon gros bêta, s’ils n’en avaient pas, ils n’avanceraient pas ! »

Dans l’attente du plaisir de futurs échanges

Raymond

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TRIOMPHE DE LA PENSEE SPECULATIVE

 

Je dois à un ami ayant vécu des Séminaires à Dinard de pouvoir prendre connaissance d’un document de six pages, émanant du Service recherche de la FFN et communiqué par Richard.

Dans son bordereau d’envoi, Richard précise : « les différentes informations et positions qui y sont exposées illustrent de mon point de vue parfaitement, les intentions et les orientations que je poursuis dans votre entraînement. » en quelque sorte sa conception.

Cet ami pense, sans malice je suppose, qu’il convient de l’étudier avec attention.

En effet à sa lecture, des points convergent avec les thèses que j’avance tandis que d’autres s’inscrivent en totale contradiction.

L’enjeu d’une prise de position concerne le passage souhaité, ou souhaitable d’une pédagogie de la formation et de l’entraînement des nageurs encore majoritairement traditionnelle, basée sur la reproduction de gestes, vers une pédagogie de l’action laquelle ne peut prendre forme que si elle prend appui sur une didactique de la discipline susceptible de lui indiquer la hiérarchie et la chronologie des étapes obligées de la construction.

C’est ici que la notion de modèle revêt toute son importance.

Pour la pédagogie traditionnelle c’est le sens n°1 de Petit Robert : ce qui sert ou doit servir d’objet d’imitation pour faire ou reproduire quelque chose. Les mouvements repérés des meilleurs nageurs sont proposés au débutant comme au nageur évolué. On est dans l’imitation, la reproduction des aspects visibles : les « bons » mouvements !

Le sens retenu pour les méthodes actives est le sens n° 7 du même ouvrage : représentation simplifiée d’un processus, d’un système. Et construction théorique permettant d’expliquer des structures. Ou encore, pour un dictionnaire encyclopédique : représentation d’un phénomène pour une étude formelle prédictive ; représentation d’un processus de fonctionnement. C’est à travers l’activité immédiatement possible de l’apprenant et l’ensemble des évolutions adaptatives ultérieures que va se construire le nageur.

Parmi les points contestés du document l’un d’eux me semble devoir être évoqué dont le point de départ ou les conclusions ne sont pas explicitement formulées. Il se déguise sous l’existence d’un prétendu indice de coordination géniale(sic)ment mis en évidence par D. Chollet.

Selon cet auteur il existerait trois types de coordinations distribuant dans le temps et l’espace :

Dissociation – Juxtaposition – Superposition des « actions propulsives » !

Anatomiquement, physiologiquement, mécaniquement, les deux derniers types de coordination sont impossibles et avec le recul je revendique le « bonnet d’âne »qu’aurait dûmevaloir leur présentation, accompagnée de schémas imaginés en 1974, à la fois dans mes cours et dans sa troisième édition le livre « L’Enseignement de la natation ». 

L’interprétation des images extraites de chronophotographie ou de films exige que soient respectées les règles découlant de la définition du « mouvement ». Espace – Temps – Référentiel. En ce qui concerne l’espace  sont à intégrer: direction, sens, amplitude, angles. Pour le temps : durée. Pour le référentiel : sa nature ego ou exo centré.

Sans ces précautions on peut faire dire aux images toutes les absurdités !

Lire la suite : TRIOMPHE DE LA PENSEE SPECULATIVE

Un détour vers la locomotion terrienne devrait nous aider, par analogie, à comprendre les contraintes mécaniques déterminant le moment et la durée des im(pulsions) dans la propulsion. Pour que la poussée vers l’avant soit possible à partir de l’appui fixe au sol, il faut que l’articulation de la hanche ait dépassé la verticale du point d’appui.

Si l’extension des pieds sur la jambe, de la jambe sur la cuisse, de la cuisse par rapport au bassin précède ce passage il en résulte nécessairement freinage ou recul du corps.

L’accélération propulsive ne commence qu’à partir des segments colorés en rouge sur le schéma qui précède, et de leur extension les uns par rapport aux autres.

Dans ce type de locomotion on distingue deux phases, l’une au cours de laquelle il n’y a plus contact avec le sol et l’autre celle où il y a contact et fixation ou adhérence substrat/extrémité du membre propulseur. Chacune de ces deux phases comporte flexion et extension des segments impliqués. Cela se retrouve dans la course humaine sur terre. Le contact avec le substrat et une condition nécessaire mais pas suffisante !

Lire la suite : TRIOMPHE DE LA PENSEE SPECULATIVE

La propulsion dans l’eau va requérir d’autres conditions : N’oublions pas celles précisées par le savant MAREY à la fin XIX° : L’étude expérimentale de la locomotion dans l ’eau exige que l ’on puisse déterminer à la fois les mouvements de l ’animal qui nage et ceux qu’il imprime au liquide dans lequel il se meut.

Pour se propulser, il faut que le nageur mette en mouvement « des masses d’appui » et donc les accélérer. Que cela se fasse en sens opposé à son déplacement est mécaniquement logique.

Evoquer en natation des « points fixes » dans l’eau devient un non sens, une erreur !

Abordons le problème des coordinations. Coordination des entrées en jeu des membres censés jouer un rôle propulseur. On distinguera les membres inférieurs essentiellement locomoteurs sur terre et les membres supérieurs qui vont assumer ce rôle dans l’eau.

En crawl, ils vont intervenir alternativement et de ce fait déterminer un cycle pour que puisse se prolonger le déplacement du nageur dans l’espace. On retrouvera une continuité d’alternances pour aller vers l’avant construire ces masses d’appui à propulser vers l’arrière.

Chez de rares débutants on trouve un arrêt plus ou moins long lorsque les mains parviennent au niveau des cuisses. (Cet arrêt est beaucoup fréquent en nage sur le dos). Cela correspond à la position de repos de la posture du terrien. C’est un niveau spontané de coordination à dépasser. Pour sa part la posture aquatique voudra que cet « arrêt » vienne se situer bras dans le prolongement du tronc dans la phase dite du corps projectile.

L’enchaînement des « coups de bras » passe, plus ou moins longtemps, pas une circumduction des membres supérieurs en opposition. (Voir schéma dans la natation de demain page 78).

Lorsque le nageur parvient à dissocier ce qui se passe dans un hémicorps par rapport à l’autre, on voit apparaître le retour aérien du bras (qui n’est plus freiné par la résistance de l’eau) plus rapide que le passage dans l’eau rencontrant de fortes résistances. Il résulte de ce retour rapide un temps (durée) d’avance spatial en décalage avec le « phasage » temporel de 0.5.

Pour chaque bras, la durée de l’aller ajoutée celle du retour est la même. Lorsque les entraîneurs voient cette coordination fonctionnelle juste, ils évoquent un « rattrapé » !

La tentation est grande pour les formateurs de vouloir l’enseigner alors que la dissociation des hémicorps ne s’est pas encore manifestée. Introduire des contraintes artificielles d’arrêt du mouvement par transfert de prise d’un objet d’une main à l’autre est illusoire pour obtenir la coordination souhaitable.

Dépendant comme l’équilibre du cervelet qui ne donne pas d’images conscientes, les coordinations ne peuvent pas s’enseigner !

Elles s’apprennent par les « coordinations internes » par différentiation progressives et sont sans cesse à l’œuvre dans l’action (Piaget : « Les praxies chez l’enfant »).

Lire la suite : TRIOMPHE DE LA PENSEE SPECULATIVE

A moins de croire encore à la théorie de la portance ou à l’affirmation que quel que soit la direction et le sens de déplacement des membres il y aura une composante propulsive, il faut bien se souvenir que deux conditions doivent être réunies : le déplacement du segment propulseur vers l’arrière doit être en valeur absolue supérieure à la vitesse du nageur, vers l’avant. Cela n’est repérable que dans un référentiel exo centré.

Nous invitons instamment nos lecteurs à se situer par rapport à la nature des mécanismes de propulsion en crawl, mais également par rapport à toutes les affirmations du document à l’origine de ces lignes.

Comment pourraient-ils encore admettre l’existence d’une propulsion continue en crawl et à plus forte raison « d’une superposition des actions propulsives » !

Nous aborderons ultérieurement la crédibilité d’autres affirmations.

raymond

 

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LE POINT DE VUE D'UN FORMATEUR à propos d'une OBSERVATION AFFLIGEANTE "PARTAGÉE"

 

Je partage votre point du vue. Sachez que je me bats également depuis de nombreuses années tant au niveau des FPC que des articles que j'ai pu publier dans des revues professionnelles pour tenter de compenser des textes officiels vides d'exigence technique. Aujourd’hui 70% des 500 étudiants que nous avons en natation STAPS 1er année sont relativement bien familiarisés avec l'eau mais de ne savent finalement rien faire sur un plan technique. Je pense que les exigences certificatives en sont la principale cause. D'ailleurs, ces mêmes étudiants obtiennent souvent de bonnes voire d'excellentes notes alors qu'ils ne maitrisent pas notamment les éléments de la respiration aquatique (cycle, placement, fréquence, synchronisation). Au mieux ce sont des nageurs apnéistes ; mais nous ne leur demandons pas au minimum de nager avec une maîtrise des échanges respiratoires au-delà de 50m avec un retour sur le dos ??... La sophistication des épreuves ne saurait cacher cette hypocrisie qui au final ne donne pas les moyens aux plus fragiles de pouvoir nager plus tard pour s'entretenir physiquement (finalités EPS) sauf à remettre la main au porte-monnaie pour apprendre réellement à nager. A mon avis, cette EPS autotélique accentue plus la fracture sociale entre les CSP qu'elle ne la réduit.

Un formateur

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Pour le sport adapté aussi la conquête de l'espace arrière est importante.

 

 

RAYMOND CATTEAU RENCONTRE LE SPORT ADAPTE, 

LE SPORT ADAPTE RENCONTRE RAYMOND CATTEAU

 

La Fédération Française du Sport Adapté est délégataire du Ministère chargé des Sports pour le développement de la pratique sportive des personnes handicapées mentales et/ou psychiques. L’une de ses missions est donc, depuis 2009, d’organiser la pratique du sport de haut-niveau pour ces sportifs dans 7 disciplines sportives, dont la natation.

C’est ainsi, qu’après 4 ans de pratique de haut-niveau, le premier Pôle Espoir Natation Sport Adapté s’ouvre en 2014. Il est fondé sur une alternance d’entraînements entre des clubs pôles et des regroupements mensuels.

C’est pourquoi la naissance d’un terreau commun de réflexion entre les entraîneurs de club et l’entraîneur national est apparue comme indispensable. Leurs futurs échanges auront pour but de voir ensemble les conditions nécessaires au progrès du nageur.

Parallèlement, la naissance d’un groupe de jeunes espoirs ne pouvait s’accompagner que de réussites individuelles. Une semaine passée à Abbeville avec Raymond Catteau aura permis d’atteindre ces objectifs initiaux.

Au terme d’une semaine de stage, nous sommes tous, entraîneurs et nageurs, passés par des déstabilisations, des prises de conscience et des transformations. Alors qu’on attribue aux personnes déficientes intellectuelles le besoin de repères fixes et permanents, d’importantes transformations posturales sont apparues chez ces nageurs.

A travers leurs réussites, les nageurs ont pris conscience, exprimé puis compris leurs acquisitions et leurs représentations. Ainsi lors du diner, M. a expliqué à Raymond Catteau comment il s’y prendrait pour aller plus vite et la formulation des ressentis de M. a permis à J. d’exprimer, pour la première fois, une réalité dans sa nage favorite, à savoir la fonction des bras en brasse.

Cela nous rappelle, une fois de plus, que le nageur se doit d’être l’acteur et l’auteur de sa pratique.

L’apport du panel multidisciplinaire des connaissances de Raymond Catteau, son expérience, son expertise et ses anecdotes nous permettent aujourd’hui d’entrer dans la réflexion qui est la sienne. Ceci nous permettra de réinvestir et de construire des apprentissages, un enseignement et un entraînement de la natation plus rationnels.

Ce stage ne peut en rester là. Nous souhaitons que la spirale de la réussite de chacun des membres du stage ouvre la voie vers une poursuite de la pédagogie de l’action.

Les perspectives qui s’ouvrent désormais à la Fédération Française du Sport Adapté sont de mettre à profit cette réflexion pour faire évoluer la pratique et l’enseignement de la Natation.

La patiente construction de la pédagogie de l’action au sein de nos structures pourra alimenter et dynamiser le niveau d’exigence nécessaire pour développer l’activité et accéder au haut-niveau. Le haut-niveau du Sport Adapté ne doit alors plus être conçu comme un élitisme mais bien comme le résultat d’une exigence permanente à tous les stades. La pédagogie de l’action s’applique dès les premiers apprentissages, que l’on soit valide ou handicapé. Raymond Catteau a dit : « Je ne cherche pas la perfection, je cherche le progrès». C’est le sens même de notre fédération.

Lire la suite : Le sport adapté et l'espace arrière

 

Les entraîneurs participants au stage d'Abbeville organisée par la Fédération Française du Sport Adapté

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« Les séries de jambes en valent-elles la peine ? »

 

En commentant l'article La pédagogie de l’action ne dissocie jamais... Kiou a dit:

Personnellement, je n'utilise pas le battement de jambes (sauf sans planche sur 1% de mon entraînement pour faire un rappel du placement de bras, en utilisant la surface comme point de repère). Par contre, j utilise la planche pour les jambes de brasse (sur toutes distances) et les ondulations (dans le cadre de sprint inférieur a 25m).

Contexte a préciser : je parle la de minimes et cadets, je fais des ondulations chez les plus jeunes sur de plus longues distances afin de parvenir a une continuité de ces ondulations avant d aborder le papillon

Les ondulations en sprint ont pour but, selon moi, de rigidifier la partie haute du corps en un seul bloc (car j ai constaté que dans les coulées, mes nageurs les moins rapides n étaient pas " bloqué "sur le haut du corps). Cependant, je me pose la question : ne suffirait il pas de travailler a sec sur du gainage et dans l eau sur des coulées sans faire aucun mouvement pour avoir ce verrouillage épaules/tête/bras?

Les ondulations avec planche me servent aussi en sprint a mettre de la fréquence sur les jambes (même si je sais que la fréquence sera plus élevée sur un 50m que sur un 100m dans ces coulées). Je me pose toutefois la même question sur le travail hors de l eau, est ce que je perds mon temps a essayer de développer cela dans l eau?

 

Je pense que le commentaire de Kiou est compréhensible, pas facile de faire autrement !

Je crois qu'il est sur le bon chemin. J'avais réagi à un article américain, prétexte pour solliciter des réactions de la part des entraîneurs de ma région. C'est le même débat.

"Pourquoi « ne pas oser » ? Quelles sont les raisons qui nous empêchent de faire autrement ?

Les raisons sont nombreuses mais la principale est que nous sommes enfermés dans des représentations collectives véhiculées par le milieu de la natation

Lorsque la question « Ce que vous proposez à l’entraînement, ça vient d’où ? » est posée à des entraîneurs, toutes disciplines confondues, les réponses sont toujours les mêmes :

- « Je fais faire ce que j’ai fais quand j’étais moi-même athlète » (donc reproduction et rien d’innovant…)

- « Je reproduis ce que je vois faire par mes collègues » (qui eux même reproduisent ce qu’ils ont fait étant athlètes… donc rien d’innovant…)

- « j’applique ce que j’ai appris » (donc reproduction et rien d’innovant)

- « j’observe les façons de faire des meilleurs athlètes et tente de le faire reproduire à ceux que j’entraîne » (l’observation première est un frein à la connaissance car j’observe ce que je crois être vrai… « l’observation première est toujours un obstacle à la connaissance » - G. Bachelard)

Nous sommes dans un cercle vicieux dont il est difficile de sortir ! Qui plus est, nos représentations ont une capacité de résistance extraordinaire au changement notamment aux modèles qui viendraient les contredire.

Pour ma part, j’ai fait fonctionner un nouveau modèle dans lequel les séries jambes seules n’avaient plus de sens. Le temps passé traditionnellement à travailler en jambes à l’entraînement a été consacré à la recherche d’une meilleure efficience et à l’amélioration du rendement dans toutes les nages (nage complète). Ce bouleversement s’est révélé extrêmement bénéfique en termes d’efficacité. Je regrette de ne pas avoir été en mesure de changer de modèle de fonctionnement du nageur, qui conditionnait ma façon d’agir et de penser à mon insu, beaucoup plus tôt.

Qui plus est, pour la plupart, l'absence de modèle théorique de fonctionnement du nageur explicite, n'arrange pas les choses.

Je pense que Raymond a fait avancer la natation de façon incroyable avec Corps Flottant/Projectile/Propulseur... Le problème c'est que pour le comprendre il faut agir avec des nageurs et les accompagner à utiliser un fonctionnement de haut niveau pour passer à travers l'eau et se ré accélérer.

Terry Laughlin est le fondateur et le directeur de Total Immersion Swimming - Cet article est tiré du chapitre 8 de " Swimming Made Easy "

Comme certains des plus rapides nageurs du monde font merveille avec une planche - les champions mondiaux et olympiques Ian Thorpe, Alexandre Popov, Grant Hackett et Pieter Van den Hoogenband peuvent tous franchir 50 mètres en moins de 30 secondes de cette façon de nombreux nageurs en viennent à la conclusion qu'ils devraient également être des virtuoses de la planche et y consacrer d'innombrables heures d'entraînement.

Bien qu'un grand nombre des plus rapides nageurs du monde aient aussi des battements de jambes très rapides, j'hésite à tirer la conclusion suivante :

1. ils s'entraînent très fort avec la planche; donc...

2. ils accélèrent leur propulsion avec la planche; donc...

3. ils nagent très vite.

Je suis plutôt porté à penser que les attributs physiques qui leur permettent de nager plus rapidement que qui que ce soit d'autre leur permettent aussi de pousser une planche plus rapidement que qui que ce soit d'autre. Je doute que les séries de jambes avec planche rehaussent la vitesse, et je me demande même, à supposer que les nageurs et leurs entraîneurs osent délaisser l'entraînement avec la planche pendant une saison, s'ils perdraient vraiment de la vitesse ou s'ils ne deviendraient pas de meilleurs nageurs?

Voici une expérience que vous voudrez peut-être essayer. Demandez à être filmés (sous l'eau) en battant des jambes avec une planche, puis en nage libre. Si vous étudiez les deux vidéos au ralenti, vous verrez qu'il y a très peu de ressemblance entre le battement des jambes avec une planche et ce que font vos jambes quand vous nagez. Je crois que le battement des jambes " avec planche " diffère tellement du battement de jambes " au naturel " que l'entraînement avec une planche est surtout efficace pour entraîner vos jambes à pousser une planche sur toute la longueur de la piscine, mais en fait très peu pour les entraîner à battre plus efficacement pendant que vous nagez.

À quoi sert le battement des jambes ?

La plupart des nageurs et des entraîneurs se demandent peut-être à l'occasion dans quelle mesure les jambes contribuent à la vitesse, sans oser toutefois prendre le risque de ne pas faire de séries de jambes avec une planche. En fait, le battement des jambes contribue quelque peu à la propulsion, mais pas de la façon que nous nous l'imaginons.

Je crois que la plupart des gens pensent qu'il leur faut un bon battement des jambes pour l'une des raisons suivantes :

" Si mes bras peuvent propulser mon corps à 4 pieds/seconde et que mes jambes peuvent le faire à 2 pieds/seconde, ensemble ils propulsent donc mon corps à 6 pieds/seconde ".

" Si je travaille vraiment très fort ces séries de jambes avec la planche, j'aurai un "moteur" plus puissant ".

Il est vrai qu'un nageur qui bat des jambes avec une planche crée de la propulsion, et parfois même une propulsion très rapide. Mais cela ne nous dit rien sur ce qu'un battement de jambes beaucoup plus puissant peut vraiment ajouter à la nage complète ni sur la dépense d'énergie nécessaire à l'accélération (gain de vitesse est plus approprié) ainsi obtenue.

Mesurer l'effet véritable du battement des jambes

Dans les années 50, le chercheur-entraîneur Doc Counsilman a mis au point une expérience visant à mesurer ce que le battement des jambes ajoutait à la propulsion. Il a " remorqué " des nageurs en position de glissement à diverses vitesses, avec et sans battement de jambes. Il a mesuré la tension du câble utilisé pour vérifier si elle était plus grande, identique ou moins élevée lorsque le nageur battait des jambes ou se laissait glisser.

Le battement des jambes ne diminuait la tension du câble (c-à-d qu'il ajoutait à la propulsion « vitesse ») que lorsque la vitesse de traction était faible et que le nageur battait des jambes avec un effort maximum.

Cependant, à toutes les vitesses supérieures à 5 pieds/seconde (1 minute 8 secondes le 100 mètres), le battement des jambes ne contribuait aucunement à la vitesse et, dans certains cas, produisait même une résistance accrue ! Imaginez une traction avant et une traction arrière sur le même véhicule. Si les roues avant tournent à 30 mi/h, mais que les roues arrière tournent à 20 mi/h, la vitesse totale du véhicule ne sera pas de 50 mi/h, mais se situera plutôt à moins de 30 mi/h puisque les roues arrière créent une résistance. Le même phénomène se produit lorsqu'un nageur dont le mouvement des bras est raisonnablement efficace utilise un battement des jambes moins efficace.

Le battement des jambes consomme de l'énergie et crée de la résistance.

Plus d'effort, moins de vitesse.

La dépense d'énergie liée au battement des jambes a aussi été mesurée. Plusieurs études des 30 dernières années ont évalué la consommation d'oxygène des nageurs de compétition avec battement des bras seulement, battement des jambes seulement ou mouvement complet.

Chaque étude a démontré qu'un battement des jambes vigoureux augmentait considérablement la dépense d'énergie requise pour se déplacer à une vitesse donnée. Dans une de ces études, un battement de jambes d'une vitesse approximative de 60 secondes, soit une vitesse plutôt modérée pour un nageur de compétition, exigeait quatre fois plus d'oxygène que le battement des bras à la même vitesse.

Une conclusion s'impose : le battement des jambes n'ajoute que relativement peu de propulsion à un style de nage efficace, mais il peut augmenter beaucoup la résistance et accroître énormément la dépense d'énergie du mouvement complet si on lui accorde trop d'importance. Par conséquent, les nageurs devraient tout faire pour maximiser l'avantage de leur battement de jambes tout en minimisant les efforts qu'ils y consacrent.

Une conclusion s’impose :

Ce qui est déterminant pour nager plus vite c’est :

Se construire le plus efficacement possible pour passer à travers l’eau en offrant le moins de résistance possible (s’aligner, s’orienter, se rendre indéformable, s’immerger) et se ré accélérer le plus efficacement possible (construire la pâle, construire l’arrière, construire l’intensité de force croissante) dans toutes les nages.

Pour ensuite augmenter son rendement par augmentation du volume nagé.

Pour ensuite augmenter sa puissance disponible afin de pulser plus fortement les masses d’eau.

Travailler jambes seules n’est pas un moyen qui permette d’obtenir une plus grande efficience et un meilleur rendement.

Les jambes ne sont pas un second moteur et ne sont pas propulsives.

La « patiente recherche » de la nage la plus efficiente possible et la recherche du meilleur rendement doivent être les objectifs recherchés à chaque instant de l’entraînement.

Le temps passé à s’entraîner jambes seules ne contribue ni à l’efficience de la nage ni à l’amélioration du rendement.

Marc Begotti

 

Coordination : système fonctionnant comme une totalité organisée, à partir du fonctionnement simultané de composantes qui s’influencent mutuellement. Les coordinations qui dépendent du cervelet ne sont pas conscientes donc ne s’enseignent pas, elles s’affinent par réajustement.

Le lecteur qui souhaite approfondir et élargir sa réflexion sur ces thèmes peut s'adresser au site : abcnatation.com/dauphine-savoie, voir en particulier la section documents de M. Begotti.

 

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