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Pierre Blanc : « On manage comme on nage ».

 

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Un livre nouveau qui aborde le thème de la natation attire immédiatement l’attention.

Et si sur la une s’annoncent 15 leçons de natation, on imagine déjà la curiosité des formateurs et des entraîneurs. Heureusement ces « leçons » sont destinées à des managers.

La bibliographie est parlante et sur 31 ouvrages cités, 2 auteurs pour la natation : un journaliste disparu au siècle dernier et un historien du sport.

Ayant parcouru très attentivement ce livre, une citation de Reuchlin m’est venue immédiatement à l’esprit « A moins de se fier à un empirisme qui ne peut demeurer qu’à la surface des choses, la condition d’une pratique valide réside dans l’élaboration d’une connaissance fondamentale abstraite ».

blanc.jpgLa surface des choses c’est la description des apparences, et elles abondent dans l’ouvrage lorsque les nages sont évoquées. Ne prenons que pour exemple p. 66 : le retour des bras fléchis ou tendus ; p. 99 et 100 : les battements de jambes à deux temps, à six temps ou hybrides.

Elaborer des connaissances « fondamentales », c’st accéder aux conditions de la production des apparences, aux fonctionnements. Autre chose serait de montrer ou démontrer que tous deux (les retours de bras) procèdent du relâchement et que le retour rapide s’obtient par diminution du bras de levier ou par mouvement balistique l’avant-bras s’alignant passivement dans le prolongement du bras. La subordination des mouvements des jambes aux actions des bras dans le processus d’alignement du corps sur l’axe de déplacement rend compte de leurs adaptations.

Mais le point faible des productions récentes, et celle-ci n’y échappe pas, se rencontre dès que sont abordées les références aux lois de la physique et à celles de la biomécanique.

« L’homme nage plus vite sous l’eau qu’à la surface….il profite d’une densité de l’eausupérieure à celle de la surface » sic p 112 L’eau, liquide incompressible, on imagine mal comment un décimètre cube en profondeur aurait une masse supérieure à celle d’un décimètre cube en surface ! (la température étant censée être la même dans toute la piscine)

Les cinq forces mentionnées p. 90 sont assez confuses ; outre celles qui se neutralisent pesanteur (confondue avec poids) et poussée d’Archimède, « la traction, la propulsion et la trainée » renvoient à un moteur bras et un moteur jambes.

Par ailleurs, si la biomécanique est évoquée, elle n’est malheureusement jamais mise à contribution pour fonder telle ou telle option des entraîneurs ou des nageurs. Le recours à l’interprétation de Counsilman pour expliciter le fonctionnement de l’action des bras déforme la citation de l’auteur p. 91 « les bras agissent comme une hélice et pas comme une roue » (sic). En réalité, se limiter à la description des mouvements implique une référence cinématique et pas bio mécanique qui, elle, fait référence aux causes qui produisent le(s) mouvement(s).

Riche en anecdotes, l’ouvrage est agréable à lire et s’agrémente de préceptes utiles. « L’apprentissage en situation et l’expérimentation sont à la base de l’entraînement et de la formation d’un nageur de haut niveau » « une fois le départ donné, la théorie s’efface devant la pratique, les sensations et l’intuition. »

« Plutôt que de céder à la facilité, les termes doivent être choisis avec un souci constant de précision. La richesse de notre vocabulaire s’y prête. Sinon à quoi serviraient les quelque 100 000 mots d’un dictionnaire……… » Cela n’empêche pas l’auteur, qui a fait des études d’ingénieur, de confondre « direction » et « sens » « poids et pesanteur » ou d’affirmer que l’on doit p. 89 respirer « dans l’eau » etc. Toujours p. 89 : le nageur évolue dans un autre élément que l’air, à savoir l’eau. Homme oiseau ou bipède terrien ?

Sur le fond on peut regretter quelques visions idéologiques de la technique en relation avec les « battements de jambes » qui maintiendraient le basin du nageur « à plat » pour éviter les mouvements parasites comme la rotation prononcée du corps de l’axe de déplacement… »

Ou encore cette vision de l’apprentissage subordonnée à l’usage de matériel « pour les moins aguerris, des bouées, des ceintures de flottaison ou des brassards peuvent s’avérer indispensables ». 

En résumé, on peut penser que la consultation critique, approfondie et attentive de notre site, aurait pu métamorphoser cet ouvrage et en faire un document susceptible d’interpeller aussi les entraîneurs et les passionnés de natation. 

raymond

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