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Un débat qui rend service

Hydrostatique, hydrodynamique et… complexité.

 

Giuseppe : une réponse développée

Bonjour Raymond

voici ma réponse développée à ton post. Je trouve que ce débat devient de plus en plus intéressant et éclaircit pas mal de points cruciaux, d'au moins en ce qui me concerne. J'espère que ce soit la même chose pour tant d'autres.

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Bonjour à tous,

Comme promis, une réponse plus développée dans l’optique de poursuivre le débat. Et merci Raymond de me laisser exprimer mes considérations / problématiques / idées sur le site. Je vois que tu as choisi d’aborder un des trois éléments que j’avais identifié comme des modalités d’équilibration. Elles étaient :

1)    Prise d’appui sur une masse d’eau d’un membre inférieur pour le dégagement d’un membre supérieur

2)    Orientation du corps sur la trajectoire et orientation de la trajectoire

3)    Stabilisation de l’action des bras (dans la nage papillon)

C’est l’orientation qui a été choisie, je suis d’accord pour y passer un peu de temps dessus et mieux en voir en détail le fonctionnement.

Aussi, j’ai consulté l’annexe sur la dialectique dans « La natation de demain » et cela rejoint complètement mon approche, puisque je ne suis pas intéressé à l’analyse d’un élément isolé de son système, mais au contraire je veux analyser le système pour comprendre de quelle façon cet élément s’y intègre en tant que composante essentielle.

J’ai lu « La maladresse » de Henri Wallon, je le trouve un texte formidable, extrêmement intéressant, et je vais en reprendre certains passages au cours de cette discussion.

Deux précisions encore sur ton post précédent.

Le mot que j’ai utilisé en parlant de la succession de chutes qui composent la marche est bien « contraste » (« L’homme qui marche, lui, contraste une chute à chaque pas qu’il fait »), puisque chaque action motrice représente une opposition à une chute provoquée par la pesanteur, force que non seulement je n’avais pas oublié mais qu’était (est) centrale dans mon discours.

Plus en bas, tu écris « …dans l’eau, pour que le nageur se déplace, il doit « créer » des masses d’appui en « mettant en mouvement » des masses (volumes) d’eau. La Poussée d’Archimède n’a ici aucune incidence. Ton texte exprime cela de façon juste. » Je crois, au contraire, avoir valorisé la poussée d’Archimède à plusieurs reprises. Bien qu’elle ne soit impliquée dans la propulsion, cette force demeure un élément discriminant entre les déplacements terrestre et aquatique.

A nous. Tu as tout d’abord présenté une série de modalités de déplacement terriennes « qui attestent du rôle essentiel de la fonction d’équilibration pour assurer la possibilité du déplacement. Donc de la complémentarité des fonctions locomotrices et d’équilibration. ». Tu soulignes bien que « C’est un fait attesté par les physiologistes que la locomotion implique l’entrée en jeu de mécanismes d’équilibration pour maintenir une verticalité du sujet, une direction et un sens du déplacement. » Je me trouve complètement d’accord avec ces affirmations et avec les citations qui suivent (mise à part l’altération de la mienne, que je viens de rectifier), je sais que le cervelet est responsable de l’essentiel des fonctions posturales et d’équilibration, et que ces fonctions sont assimilées sous forme d’automatismes.

Ce qui a été présenté est le contexte de locomotion terrienne.

Par la suite, tu illustres une analogie (moi aussi je laisse les intéressés consulter le lexique) entre la marche et la nage, en soulignant comment cette dernière s’apparente de la première plutôt en ses modalités alternées (crawl et dos). Ensuite, un rappel du modèle théorique du nageur et de ses spécificités. Encore une fois, rien de ce qui a été écrit jusqu’ici me pose problème. Je n’y retrouve non plus la réponse à ma question d’origine : quelle est la mécanique de fonctionnement de l’équilibration en situation de locomotion aquatique ?

Je veux bien maintenant partager certains passages du texte « La maladresse » d’Henri Wallon, passages qui m’ont intéressé, interpelé et suscité des questions. Je placerai mes questions/réflexions en vert et entre parenthèses à la fin de chaque citation.

« Tout déplacement d'un membre entraîne un déplacement du centre de gravité. » p. 266 (En situation terrienne, cela est critique puisque le centre de gravité doit rester à l’intérieur du polygone de sustentation – Dans l’eau, en situation de flottaison ou de déplacement en position horizontale le concept de polygone de sustentation n’a plus raison d’être)

« Que j'étende horizontalement le bras d'une poupée posée debout, elle tombe du côté de son bras levé. Si pareil accident ne nous arrive pas à nous-mêmes, c'est qu'il se produit une action" antagoniste dans des muscles qui restent pourtant immobiles. Il prennent, sans changer de forme ni de volume,… C'est ce qui s'appelle la fonction tonique du muscle….Le cervelet en est l’organe » P. 266 (Cette réaction est spécifique au milieu terrien et, comme tu l’as souligné plusieurs fois, Raymond, non adaptée au milieu aquatique puisqu’elle entraîne un enfoncement de la partie du corps tonifiée et va donc à l’encontre de la flottaison)

« Mais aucun mouvement n'est possible sans une exacte régulation de l'équilibre…. Car tout mouvement constitue un jeu de leviers, et la rectitude de leur course exige la stabilité parfaite de leur point d'appui. » P. 267 « Le corps est ce point d'appui, son équilibre en fait la stabilité. Mais la stabilisation du point d'appui…. est en variation continue. » (Sur terre, la stabilisation du corps doit être produite par un réajustement actif de l’équilibre, par tonification du groupe musculaire antagoniste, et cela en raison de la précarité de la station debout due à la pesanteur – Que se passe-t-il dans l’eau ? Comment la poussée d’Archimède influence ce processus ? Sa présence en tant que force qui va à l’encontre de la pesanteur ne mène-t-elle à une modification et adaptation de cet automatisme d’équilibration ?)

« L'équilibre du corps et de chaque mouvement, (…) relèvent donc d'une activité musculaire, dont la loi est de varier perpétuellementselon que varient les rapports entre nos forces corporelles et celles du mondé extérieur, entre nos mouvements et les résistances ou distances de l'objet qu'ils poursuivent. C'est toute une dynamique de stabilisation, pourrait-on dire, qui dépend du cervelet. » P. 268 (Donc quelle est l’adaptation qui met en ouvre le cervelet face à une situation où la stabilisation conséquente à un mouvement est influencée par une force extérieure autre que la pesanteur, à savoir la poussée d’Archimède ? Régule-t-il l’activation musculaire antagoniste en conséquent, par exemple dans le sens d’une inhibition partielle du processus de tonification ?)

« Car la fonction, si elle crée l'organe, est elle-même déterminée par les besoins de l'adaptation, qui est l'ensemble des réactions commandées par les variations conjuguées, du milieu et de l'être vivant. » P. 269 « C'est du système que naît le mouvement isolé, et non le système du mouvement isolé. »

« Que les automatismes, même les plus primitifs, présentent la plus grande variabilité d'exécution et d'adaptation, c'est peut-être en opposition avec la définition qui en est couramment donnée, mais l'expérience le démontre à chaque instant. » P. 270 (Wallon confirme encore une fois qu’un automatisme, si primitif soit-il, peut s’adapter à une situation nouvelle)

Bien évidemment, je conseille de lire le document en entier, c’est une source précieuse pour un éducateur sportif.

En résumé, d’après le texte de Wallon j’en tire le constat et la question suivants :

la réponse stabilisatrice par tonification ou par contraction dynamique des muscles antagonistes est un automatisme qui s’est développé en milieu terrestre sous les contraintes de la force de gravité. Est-il sujet à changements en raison des spécificités du milieu aquatique ?

Et voici les éléments que j’ai pu identifier comme spécifiques du milieu aquatique en relation à l’équilibre :

-Présence de la poussée d’Archimède

-Le concept du polygone de sustentation n’a plus de sens

-Le corps est constamment en contact avec le substrat de soutien à la locomotion (l’eau), non seulement en correspondance de ses surfaces d’appui propulsif (comme sur terre), mais avec une grande partie de sa surface corporelle (voir la totalité).

-Résistance de l’eau lors de tout déplacement

Vis-à-vis de ces éléments, le nageur n’est pas soumis au risque d’une chute immédiate lors de sa locomotion aquatique et n’est plus contraint d’assumer et maintenir la station debout, imposée sur terre par la pesanteur en tant que force extérieure prédominante, lors de ses déplacements. La recherche d’équilibre n’ira donc pas en ce sens là.

Il y a, lors du déplacement aquatique, une nouvelle force extérieure prédominante : la résistance de l’eau. Cette résistance assume le rôle de force qui dicte le nouveau positionnement optimal du corps pour la locomotion : l’horizontal.

Tu résumes très bien cela dans le dernier paragraphe de ton post : « L’observation attentive des meilleurs nageurs nous montre l’adoption d’une posture (qui n’est plus anti gravifique) mais concerne un alignement par rapport au grand axe du corps sur la trajectoire de déplacement et recherche une indéformabilité des parties non impliquées dans la propulsion. »

L’homme se retrouve donc, encore une fois, à s’opposer à une force extérieure prédominante dans le but de se déplacer. La différence est que cette fois-ci la force extérieure est dans la même direction de l’axe de déplacement et en sens opposé et, contrairement à la pesanteur, disparaît instantanément lorsque le déplacement cesse.

Pour tout ce que l’on a vu jusqu’à là, je serais tenté de substituer le mot « équilibre » avec le mot « alignement », d’ailleurs c’est ce que tu as fait en employant le mot « orientation ».

C’est dans la toute dernière partie du post que mes questions resurgissent. Allons-y.

« Cette posture (alignement horizontal, ndr) est contrariée du fait que les propulseurs de l’homme se trouvent articulés à l’ensemble du corps à distance du grand axe. Leur entrée en jeu déforme le corps ou le dévie par rapport à la trajectoire. »

L’énergie produite lors du mouvement propulsif des membres supérieurs est en effet transmise au tronc qui, si aucune tonicité n’est maintenue au niveau de la sangle abdominale, peut subir des oscillations sur le plan horizontal. Une action motrice des membres inférieurs a pour effet de tonifier la musculature de soutien au niveau du tronc et donc de prévenir de telles oscillations.

La déviation de la trajectoire me pose problème. Sur quel plan a lieu cette déviation ?Si la pale est orientée vers l’arrière en sens inverse au déplacement, tout au long de l’action propulsive, pour quelle raison le corps dévierait de sa trajectoire ?

« La nécessité d’un réalignement permanent exige que des parties du corps assument une fonction que nous appelons d’équilibration. Ce qui signifie que les parties du corps éloignées « en hauteur ou en largeur » (donc plan sagittal ou plan horizontal, ndr) de l’alignement doivent y être « ramenées ». Dans les nages alternées on peut vérifier que cet alignement est assuré par les « battements de jambes ».

Les jambes ramènent les bras ? Comment ?Par quel lien biomécanique l’action des membres inférieurs a pour effet de rapprocher les membres supérieurs du grand axe du corps ?

Là j’avoue que je n’arrive pas à visualiser ce mécanisme, une réponse accompagnée d’un schéma illustrant ce système de leviers et leur fonctionnement serait parfaite. Aussi, pourrais-tu me préciser comment on peut vérifier cela ?

Merci d’avance pour ton prochain post, j’encourage aussi d’autres collègues à réagir, leur opinion m’intéresse.

Giuseppe

 

Raymond : considérations

 

Comme Giuseppe nous déplorons que l’échange se limite à un « dialogue » et n’incite pas d’autres personnes à entrer dans le débat très enrichissant parce que formateur.

« Une erreur rectifiée est souvent plus profitable qu’une réussite immédiate » !

En raison de la quantité de questions ou de problèmes soulevés, il nous semble raisonnable de les aborder successivement.

«  Je n’arrive pas à visualiser ce mécanisme » nous dit Giuseppe et il est vrai que lorsqu’on se trouve en présence d’un comportement inattendu, d’images insolites, on est tenté d’en avancer une raison, un pourquoi ? De proposer une hypothèse. C’est ainsi que progressivement je suis amené à « théoriser » (à donner une explication) en faisant appel à des connaissances puisées chez les auteurs de référence ou dans les sciences (physique, physiologie, psychologie..etc.)

Il me semble donc nécessaire que notre ami apporte SA réponse actuelle aux situations proposées : Deux questions attendent leur réponse :

1) que se passe-t-il si une embarcation est propulsée avec une seule rame et d’un seul côté ? (la poussée est réalisée parallèlement à la direction de déplacement de l’embarcation et en sens contraire.)

2) Pourquoi les battements de jambes du nageur observé ne provoquent-ils que deux remous et non pas six ?

Les représentations sont permanentes et c’est à partir d’elles que nous fonctionnons, c’est pourquoi il est important qu’elles ne soient pas fausses.

SURFACE ET FLOTTABILITE : Notre ami n’est pas seul à partager cette idée que la surface (du corps immergé) aurait un rapport avec la flottabilité. C’est une idée fausse !

Ce n’est pas parce que la sphère est le volume ayant la plus petite surface qu’elle s’enfoncerait plus qu’un cube ayant le même volume s’ils sont de la même matière!

Si l’on jette à l’eau deux objets de même masse mais de forme différente, ballon de rugby et ballon sphérique, ils auront par rapport à la surface de l’eau le même volume immergé, mais des surfaces mouillées différentes. La surface n’est pas l’élément discriminant !

La flottabilité est un problème de densité relative du substrat et du corps en relation avec le substrat. La densité, pour les corps solides et les liquides est le rapport entre la masse volumique du corps et celle de la masse de l’eau mesurée dans des conditions précises de température, qui sert de référence. (un décimètre cube et un kilogramme)

En fonction de leurs densités relatives les corps seront amenés en surface du substrat ou attirés en profondeur.

Giuseppe précise : Et voici les éléments que j’ai pu identifier comme spécifiques du milieu aquatique en relation à l’équilibre : en vert les réactions de Raymond

-Présence de la poussée d’Archimède et de la gravité.

-Le concept du polygone de sustentation n’a plus de sens, il n’existe plus mais se pose le problème de l’orientation du grand axe du corps.

-Le corps est constamment en contact avec le substrat de soutien plus ou moins immergé (l’eau),. (Hydrostatique) (à) la locomotion (Hydrodynamique) implique l’entrée en jeu de mécanismes de propulsion non seulement en correspondance de ses surfaces d’appui propulsif ( non comme sur terre) spécifiques de la locomotion dans l’eau , mais avec une grande partie de sa surface corporelle (voir la totalité). Ce dernier point est à clarifier ! La surface corporelle est-elle une référence au maître-couple ?

-Résistance de l’eau lors à tout déplacement et condition du déplacement !

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Placé devant la complexité, nous suivons les conseils de Joël de Rosnay : « Le Macroscope »

1) S’élever pour mieux voir (considérer l’ensemble des faits ou des données) ce pourquoi il m’a semblé indispensable de compléter en vert les données de Giuseppe.

2) Relier pour mieux comprendre (tenir compte de toutes les interactions et de leur unité).

3 ) Situer pour mieux agir (privilégier le subordonnant et tenir compte des liens) 

Naturellement nous serons amenés à définir la notion d’équilibre et la fonction d’équilibration dans la locomotion humaine dans l’eau lors du prochain échange.

raymond

 

Comments   

0 #1 Giuseppe Scavo 2016-01-14 14:15
Bonjour à tous,

je la vois publiée enfin, ma réponse :-)
Pouvez-vous juste préciser que je vous l'ai envoyé le 21 décembre 2015? La fin de mon écrit était en effet : "...leur opinion m’intéresse. Puis, si on ne reprend pas le débat avant l’année prochaine, je souhaite à tous des Bonnes Fêtes." Petit détail, mais cela me ferait plaisir. Merci!
Et oui, je vais répondre à tout, sur ce post et sur le précédent, mais je vous laisse le temps de bien lire et absorber ma réponse développée, je crois que l'on puisse en tirer bien plus de ce qui a été mis en évidence. Puis, ne soyez pas timides, réagissez, développons un débat constructif. A très bientôt
Giuseppe
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0 #2 Gosset Gérard 2016-01-18 17:19
Merci Guiseppe, désolé pour le débat, , à vous lire, je reste en "maternelle" pour l'instant. D'autres oserons-t-ils se "mouiller" un peu plus.

Bons débuts d'année pour les "amoureux" de la Natation de Demain.

La dernière version est sortie, ce n'est pas le "beaujolais nouveau" mais du Raymond Catteau "dernière cuvée".
A déguster sans retenue
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0 #3 Marc 2016-01-26 16:10
Je pense que nous sommes nombreux a attendre que Guiseppe apporte ses réponses aux 2 questions afin que Raymond puisse poursuivre
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0 #4 raymond 2016-01-30 12:08
NOTRE DEBAT VA-T-IL AGONISER ?

Les relations entre mécanismes propulsifs et d’équilibration sont confuses pour Giuseppe :
« Quelle est la mécanique de fonctionnement de l’équilibration en situation de locomotion aquatique ? ». Pour sa part Gérard nous demande si la même démarche est adoptée pour la formation des intervenants et celle qui leur est préconisée dans la construction des nageurs.
C’est le point de départ du questionnement proposé à Giuseppe en prélude aux TP annoncés pour faire émerger la problématique.
Plusieurs indices me faisaient penser que notre ami abandonnerait le débat et ne répondrait pas aux deux questions. Parallèlement beaucoup de nos lecteurs se passionnent pour le débat même s’ils n’entrent pas encore dans le jeu.
A la question directement posée de son abandon des échanges la réponse a été : « Je te dis de patienter jusqu'à ma prochaine réponse, puisque je me ferai grand plaisir de continuer le débat sur le site. »
De tout cœur j’espère qu’il ne s’agit pas en l’occurrence d’une stratégie de fuite.
Je suggère donc qu’il ne réponde qu’à la première question.
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0 #5 Giuseppe Scavo 2016-02-02 10:02
Ne vous agitez pas trop, la réponse arrive ;-)
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