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Un débat qui rend service

Complémentarité des fonctions propulsives et d’équilibration

 

Suite à la contribution de Giuseppe :

Un débat qui rend service - Le témoignage d'un éducateur enthousiaste

 

Bonjour Giuseppe,

Tu peux difficilement imaginer les immenses services que tu rends à un nombre considérable de nos visiteurs dont certains sont en formation et à ceux qui, comme toi, se trouvent tous les jours impliqués dans l’initiation ou l’entraînement de nageurs.

Ils viennent chercher sur le site des informations mais nous ignorons le parti qu’ils sont en mesure d’en tirer. En quoi cela transforme ou non leurs pratiques n’est imaginable que s’ils se manifestent comme tu l’as fait et tu dois en être remercié.

Tes remarques sont, en outre, particulièrement utiles aux formateurs qui gardent trop souvent l’illusion d’avoir changé les représentations des formés en leur ouvrant de nouvelles perspectives pédagogiques. Tu nous apportes le témoignage d’une salutaire information  sur la réalité du terrain !

J’ai pris la liberté de modifier un terme de ton exposé, suivi d’un mot entre parenthèses, qui me paraissait traduire ta pensée. Tu me diras si cela était juste.

Ton texte assez long fait référence à plusieurs thèmes, et fait appel à des notions fondamentales qu’il importe de clarifier pour que d’autres échanges utiles soient possibles. J’ai bien l’intention de les aborder tous mais pas en même temps. Pour ne pas perturber les lecteurs habituels nous tenterons de ne pas produire des textes trop longs.

« La mécanique de l’équilibration, quant à elle, m’est toujours obscure. Je voudrais bien que tu m’éclaires là-dessus et que l’on puisse avoir un échange sur ce sujet ». Rassure toi, elle l’est aussi pour beaucoup de personnes !

La complémentarité des fonctions propulsives et d’équilibration te semble centrale et je partage ton point de vue. J’ai la conviction que la compréhension des mécanismes de la locomotion terrienne constitue un passage obligé pour bien comprendre le fonctionnement de la locomotion dans l’eau. Des analogies (voir ce terme dans le lexique) semblent indiscutables et prégnantes.

La personne qui déambule en titubant sur le trottoir, la gymnaste qui évolue à la poutre dont la largeur est de dix centimètres, le funambule avançant sur sa corde raide, autant de situations qui attestent du rôle essentiel de la fonction d’équilibration pour assurer la possibilité du déplacement. Donc de la complémentarité des fonctions locomotrices et d’équilibration. Chez le marcheur comme chez le coureur les poussées successives des membres inférieurs au sol déclenchent simultanément des mobilisations équilibratrices des membres supérieurs dans leur « balancement » pour compenser le fait que ces poussées sont transmises à l’ensemble du corps à distance de l’axe (vertébral) du sujet. Les membres supérieurs jouent sur terre un rôle d’équilibration dans la locomotion. C’est un fait attesté par les physiologistes que la locomotion implique l’entrée en jeu de mécanismes d’équilibration pour maintenir une verticalité du sujet, une direction et un sens du déplacement. « L’ensemble du système musculaire et osseux est mis à contribution sous le contrôle du système nerveux central et périphérique. L’équilibre, la vision et la proprioception sont essentiels pour permettre les modulations et adaptations nécessaires à l’environnement et aux caractéristiques de la personne ».

Dans le numéro spécial hors série n° 204 de Science &Vie (1998) Tout un chapitre est consacré à la genèse de la marche. Page 22 on peut lire : « apprendre à marcher implique, pour l’enfant, de produire et contrôler une succession de déséquilibres unipodaux et bipodaux nécessaires à la progression vers l’avant »

Lorsque tu affirmes : L’homme qui marche, lui, contracte (réalise) une chute à chaque pas qu’il fait, sans qu’aucune force extérieure puisse l’aider dans cette démarche. Tu oublies que l’on ne peut échapper à la gravitation et donc à la pesanteur. Cette dernière constitue la force externe permanente (qui produit la chute) et qui vient s’opposer aux forces du sujet (muscles posturaux et extenseurs du membre inférieur).

Si nous avons de ces mécanismes une conscience atténuée, c’est parce que l’essentiel des fonctions posturales et d’équilibration est assuré par le cervelet qui n’en donne pas d’image consciente. Cette activité n’en demeure pas moins déterminante.

Sur terre la modalité locomotrice de l’homme (dans la marche comme dans la course) est la bipédie. Spontanément il utilise l’alternance des appuis, mais il peut également se contraindre à progresser par bondissements comme le font les kangourous. Cette modalité se révèle plus coûteuse en contrôle nerveux d’équilibration.

Si l’on aborde la locomotion dans l’eau on est amené à considérer et distinguer les modalités alternées (crawl et dos crawlé) des autres dans lesquelles les membres agissent simultanément.

Ce sont les nages alternées qui s’apparentent le plus à la locomotion bi-pédique sur terre. La résistance à l’avancement opposée sur terre par l’air devient négligeable aux vitesses de la course mais devient considérable dans l’eau aux vitesses de nage. Il en résulte l’intérêt d’une orientation du corps présentant le maitre couple le plus réduit et qui correspond à l’alignement horizontal du grand axe du corps sur la trajectoire (de préférence rectiligne) de déplacement. Un autre paramètre non négligeable aux vitesses de compétition est lié à la résistance de vague qui se supprime en immersion. Les règlements et les contraintes ventilatoires en limitent l’utilisation en excluant sa permanence.

La conséquence première de l’orientation du corps à l’horizontale en immersion pour les raisons évoquées ci-dessus fait que, dans l’eau, l’être humain trouve avantage à se tracter avec les membres « supérieurs » plutôt que se  pousser  par les membres « inférieurs ». En outre et quelque soit le substrat l’être vivant « obéit aveuglement au principe de la conservation des quantité de mouvement qui veut que, pour qu’un animal quelconque déplace sa propre masse à une vitesse déterminée, il faut qu’il puisse prendre appui sur une autre masse ». (W. Dufour : La locomotion dans la phylogenèse)

La conséquence immédiate est que dans l’eau, pour que le nageur se déplace, il doit « créer » des masses d’appui en « mettant en mouvement » des masses (volumes) d’eau. La Poussée d’Archimède n’a ici aucune incidence. Ton texte exprime cela de façon juste. Le nageur le fait en mobilisant ses membres de manière obligatoirement discontinue dans la mesure où l’activité cyclique qui en découle implique des changements de sens dans l’alternance des phases propulsives (d’avant vers l’arrière) et de retour (d’arrière vers l’avant)

L’observation attentive des meilleurs nageurs nous montre l’adoption d’une posture (qui n’est plus anti gravifique) mais concerne un alignement par rapport au grand axe du corps sur la trajectoire de déplacement et recherche une indéformabilité des parties non impliquées dans la propulsion. Cette posture est contrariée du fait que les propulseurs de l’homme se trouvent articulés à l’ensemble du corps à distance du grand axe. Leur entrée en jeu déforme le corps ou le dévie par rapport à la trajectoire. La nécessité d’un réalignement permanent exige que des parties du corps assument une fonction que nous appelons d’équilibration. Ce qui signifie que les parties du corps éloignées « en hauteur ou en largeur » de l’alignement doivent y être « ramenées ». Dans les nages alternées on peut vérifier que cet alignement est assuré par les « battements de jambes ».

b_120_168_16777215_00_images_oziogallery3_references_natation_de_demain.gifJe te laisse assimiler (voire contester) ces données pour aborder prochainement tes autres questions. Si tu le peux je te conseille la lecture d’une annexe de « la natation de demain » dont le titre est : La dialectique. Tu y verras la nécessité de ne jamais aborder des notions de manière isolée. Un texte d’Henri Wallon paru dans le N° spécial de la revue ENFANCE dont le titre est La maladresse complèterait tes informations.

Merci pour ta précieuse contribution et « à bientôt » !

Raymond

 

 

Comments   

0 #1 Giuseppe Scavo 2015-12-19 12:07
Bonjour Raymond, je t'enverrai une réponse plus articulée dans le plus bref délai. Juste deux précisions:
1-J'ai bien écrit "contraste la chute", c'est à dire s'oppose à la chute, ce qui donne le sens de mon intervention, son point crucial. Cela m'a paru bizarre de le trouver changé, j'ai bien écrit ce que je voulais écrire donc je pense qu'il faudra la reprendre cette partie.
2-J'ai lu en entier "la natation de demain" avec ces annexes, mais je reprendrai volontiers celui-là que tu viens de m'indiquer. Il n'en est pas question pour moi de considérer un élément de façon isolée mais, bien au contraire, mon problème c'est de le placer dans son contexte et ce, sans en connaître clairement son fonctionnement (et non pas sa fonction!), devient pour moi impossible.

Je donnerai suite au débat bientôt, et j'encourage les autres à s'exprimer aussi. Je suis très content que l'on avance là dessus

Giuseppe
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