Pédagogie

"la pédagogie ne consiste pas à demander mais à obtenir"

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 ET SI L’ON TENAIT COMPTE DE LEUR AVIS ???

 

Habité par ses certitudes, riche de ses représentations, guidé par ses préjugés, l’entraîneur traditionnel dirige ses séances en visant l’augmentation de la puissance et/ou l’amélioration de la gestuelle de ses nageurs.

Dans cette intention il a programmé une suite de parcours précisant la distance et le mode de nage. Il est indiqué : nage complète, jambes seules ou bras seuls ; éventuellement l’accessoire à utiliser (palmes et/ou plaquettes). Peuvent s’y ajouter des consignes d’intensité.

Souvent, le programme de la séance, inscrit sur un grand tableau est connu des nageurs dès le début de la séance.

Dans la pédagogie de l’action une stratégie habite l’entraîneur qui valorise la qualité de nage (le rendement) laquelle sera mise à l’épreuve de la distance puis de l’intensité. L’entraîneur est attentif à ce qu’il est convenu d’appeler la technique. Il en surveille les indicateurs de dysfonctionnement pour mettre l’accent sur tel ou tel aspect repérable de la nage auquel il convient de remédier.

Considéré comme l’acteur et l’auteur de ses progrès, le nageur non seulement vivra les tâches proposées mais les évaluera, sera en mesure d’exprimer un point de vue.

Le contrat didactique prendra en compte pour l’entraîneur ce que ressent ou éprouve le nageur et cela pourra l’interpeller !

Pour justifier le travail en trains séparés, les entraîneurs sont convaincus que cela permet aux nageurs d’accroître l’intensité du travail localisé dans l’exercice. Demander le point de vue des nageurs ne pourrait que confirmer l’utilité d’une telle pratique !!!

Par souci d’objectivité, lors du dernier stage….. Le point de vue des nageuses s’est révélé particulièrement instructif

Nous avons décidé de permettre à la nageuse que nous allions filmer en brasse de prendre des repères sensitifs en utilisant l’exercice hors de l’eau qui consiste à déclencher une poussée en prenant appui sur un plan vertical avec la face interne des pieds et des jambes en position dorsale, pour éprouver le même ressenti en nageant ( explications au début de l’article « Quand le pédagogue traditionnel reprend ses droits »).

Lire la suite : ET SI L’ON TENAIT COMPTE DE LEUR AVIS ???

- Après la nage complète sans même que nous ayons à solliciter la nageuse:

« Je n’ai jamais ressenti d’aussi solides appuis sur mes jambes »

 

- Après expérimentation en jambes de brasse seules sans planche.

Retour de la nageuse « J’ai de moins bons appuis ».

 

- Après avoir nagé en jambes seules avec la planche :

«  J’ai de meilleurs appui que sans planche »

 

Pour terminer nous lui demandons « dans quelles situations as-tu la sensation d’utiliser tes jambes de la façon la plus efficace »

Sans hésitation : « En nage complète, je pousse beaucoup plus fort avec mes jambes » 

 

Riche du ressenti de la nageuse qui a vécu l’expérience, l’hypothèse selon laquelle le travail en jambes seules permet d’accroître l’intensité du travail localisé vous semble telle toujours valide ?

Une autre hypothèse pourrait-elle être proposée afin de justifier la poursuite de cette pratique récurrente ?

 

L’avis de nos lecteurs nous intéresse.

M.

 

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QUAND LE PEDAGOGUE TRADITIONNEL

REPREND SES DROITS

Tous nos stages ont pour ambition de faire émerger les problèmes soulevés par la pratique et lorsque cela est possible de vérifier la validité de solutions découvertes.

Parmi les problèmes récurrents celui de l’organisation propulsive des membres inférieurs des brasseurs questionne les entraîneurs.

Les solutions apparues dans la haute performance répondent à des critères biomécaniques logiques pour exercer des poussées rétrogrades mais ne se révèlent utilisables que par les nageurs présentant des dispositions anatomiques de souplesse qui ne sont pas partagées par tous.

Organisés pour assurer la locomotion sur terre les articulations de la hanche, du genou et de la cheville présentent un degré réduit de mobilité et de laxité pour les mouvements qui s’éloignent du plan sagittal vertical. Amener la face interne du pied et de la jambe à se positionner perpendiculairement à ce plan ne se réalise spontanément que chez certains enfants venant s’asseoir entre les talons en conservant le buste droit.

En situation de nage ventrale les repères visuels ne peuvent être directement utilisés et les formateurs mettent l’accent sur les informations tactiles et kinesthésiques.

Lire la suite : QUAND LE PEDAGOGUE TRADITIONNEL REPREND SES DROITS

Le contact de la face interne des pieds et des jambes contre le mur offre cette information tactile et kinesthésique que le nageur s’efforcera de retrouver , sensitivement en situation de nage. Un autre avantage de cette situation est de pouvoir exécuter une poussée contre un appui entraînant un déplacement du corps dans la direction assimilable à celle de la nage.

Une situation proche consiste, dans l’eau, bras le long du corps, à venir mettre en contact les faces externes des pieds avec l’extrémité des doigts, avant de déclencher la poussée des jambes.

Ce qui est recherché, c’est donc une analogie de réalisation avec l’action même du nageur. Nous faut-il rappeler que l’action implique la totalité de la personne poursuivant un but, un résultat, tandis que les mouvements ne constituent que les aspects visibles des actions.

Notre surprise a été grande de voir un entraîneur, ayant été témoin des procédures utilisées et décrites plus haut de tenter un exercice pour le moins original illustré ci-dessous :

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Dans cette situation ventrale, le contact des faces internes des pieds avec le mur constitue une information isolée résultant, en outre, d’une manipulation au cours de laquelle le sujet est passif. En outre, prise isolément, l’articulation de la cheville ne peut bénéficier de la laxité des articulations sus-jacentes (genoux, hanches). Ce qui lui est demandé est anatomiquement impossible.

Le chemin est bien long, qui conduit à la pédagogie de l’action.

raymond

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LES PROCEDURES DU PASSE PEUVENT-ELLES CONSTRUIRE LE NAGEUR DE DEMAIN ?

 

Nageur de haut niveau, formé en son pays selon les principes que nous tentons de vulgariser, il est venu en France pour y poursuivre des études.

Soucieux de conserver le meilleur niveau de pratique et si possible l’améliorer, il s’est inscrit dans le club de la ville universitaire et participe avec succès aux compétitions locales et nationales. Ses « chronos » sont honorables compte tenu des ruptures d’entraînement.

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Confronté aux pratiques locales, il est surpris de constater que l’usage des accessoires dont font partie, planches, pull-buoy et palmes est prédominant.

Pour lui, loin de pouvoir apporter une aide, leur utilisation est handicapante !

Elle le déstructure !

Très et trop nombreux sont les entraîneurs qui ne font que reproduire ce qu’ils ont vécu ou copient ce qui se fait autour d’eux sans s’interroger sur les fondements de leur pratique.

Un inventaire des préjugés dominants devrait ouvrir la voie à une réflexion féconde.

En premier lieu, une méconnaissance des mécanismes de la propulsion dans l’eau et singulièrement de la nage humaine, serait à considérer.

Observer les mouvements des meilleurs nageurs ne constitue que le préalable à la question de leur rôle, de leur fonction dans la dynamique et la logique de la nage.

Se pose ensuite seulement le problème central de la déconstruction des mécanismes terriens inadaptés au profit de la construction des formes nouvelles adaptées à l’eau.

L’homme n’a pas eu besoin de béquilles pour apprendre à marcher, pourquoi lui en faudrait-il pour apprendre à nager ? Il ne passe jamais par l’apprentissage des mouvements de la marche et pourtant il marche ! Pourquoi devrait-il en être autrement pour la nage ?

L’acquisition de la locomotion terrienne s’est réalisée à travers un certain nombre d’étapes incontournables. Une succession de transformations, l’une rendant possible la suivante.

S’agissant de la nage, il ne peut en être autrement et le formateur se doit de connaître à la fois le « niveau d’organisation » actuel (structure) et le « dépassement » devenu possible (genèse).

La haute performance procèdera ensuite de la recherche du geste efficace (rendement) associé au développement de la puissance jusqu’à prendre en compte leur contradiction. 

raymond

 

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UNE NATATION A L’UNIVERSITE

 

Ce lundi après midi, les premières heures sont réservées à la natation scolaire. A partir de 16 heures, le public est admis. Deux couloirs sont réservés à des étudiants au nombre d’une vingtaine. Depuis la rentrée, ils sont animés par un nouveau professeur d’éducation physique.

Tout en réalisant quelques longueurs, j’observe avec intérêt parfois amusé, parfois intrigué le début de séance et son contenu.

L‘enseignante arrive ce jour à 16h 19 et fait appel à 3 volontaires pour transporter le matériel vers la plage de départ. Cette fois c’était planches et pull-buoy.

Le regroupement s’effectue derrière les plots de départ des couloirs attribués, probablement pour un appel des présents suivi de consignes. A 16 h 26 un premier demi-groupe se met à l’eau pour des allers-retours.

L’autre demi-groupe reçoit des informations complémentaires et ne se mettra à l’eau qu’à 16 h 35. Bien que les ayant observé attentivement et à plusieurs reprises, je suis incapable de repérer entre eux ce qui pourrait discriminer ces sous-groupes.

Manifestement non spécialiste, notre collègue sort de son classeur un document contenant le descriptif des exercices. La séance est préparée ! Et donc se déroulera comme prévu.

Le début de séance est centré sur la respiration. Le premier exercice vise l’inspiration qui sera prise sur le retour du bras après son passage dans l’eau, la planche étant tenue à bout de l’autre bras. Un deuxième exercice sera consacré à l’expiration et énoncé comme suit :

Planche à bout de bras, battements de jambes vous expirez sur un coup de bras et inspirez, puis sur deux coups de bras, puis trois…. Jusqu’à cinq puis en redescendant coups de bras, trois, deux et un.

Les nageurs sont ensuite regroupés pour un autre exercice. De loin puis en me rapprochant je vois l’enseignante écarter et rapprocher plusieurs fois bras et avant-bras sans que jamais ils ne parviennent à s’allonger complètement ou se rapprocher complètement. La démonstration n’étant peut-être pas satisfaisante, l’enseignante prend appui d’une main sur un plot puis se tenant debout sur une jambe, agite latéralement l’autre semi fléchie sans jamais l’étendre ou la fléchir complètement.

Sereinement les étudiants tentent d’appliquer le premier exercice, en position dorsale, bras dans le prolongement du tronc tenant la planche, ils exercent leurs jambes en brasse ; ils passeront ensuite sur le ventre pour pousser la planche.

Toute la suite que je ne vais pas détailler est constituée d’éléments hétéroclites empruntés à un « tout venant » de natation.

Nous n’allons pas blâmer notre collègue qui tente consciencieusement d’assumer sa tâche. Rappelons que la formation polyvalente de nos collègues varie selon les UFRAPS et pour certaines une vingtaine d’heures dans l’année avec des parts variables accordées à la théorie et à la pratique et que la formation continuée n’est pas instituée pour les enseignants en activité.

On ne peut que regretter que les dispositions prises dans les années 60 entre le Ministère de la Jeunesse et des Sports et la Fédération Française de Natation instituant un stage de technique et pédagogie, avant les rentrées scolaires, à l’intention des enseignants d’éducation physique au CREPS de Montpellier disposant de sa piscine, n’ait pu connaître que cinq sessions. Chaque fois une quarantaine d’enseignants purent bénéficier de deux semaines de mise à jour de leur pratique et de leurs connaissances. L’encadrement était assuré par des conseillers techniques de la Fédération, eux-mêmes enseignants d’éducation physique La demande était telle qu’il fallait opérer une sélection importante.

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Le 15 Février, sur les antennes de France Inter, Roxana Maracineanu reprochait à la FFN de concentrer ses moyens sur l’élite en négligeant le développement de la pratique qualitative pour tous.

Ce qui caractérise et organise une séance de natation que nous appelons de nos vœux, c’est qu’elle identifie un progrès possible et souhaitable pour un nageur ou un groupe de nageurs et aborde concrètement cette visée.

L’objectif de séance étant fixé, des tâches sont proposées dont on vérifie immédiatement le pouvoir transformateur et s’il est repéré mis à l’épreuve de la durée.

Mais cela suppose une connaissance de la natation, de la didactique de la discipline et des lois de l’apprentissage qui n’est malheureusement pas proposée dans de nombreuses formations.

Si le premier niveau de connaissance d’un phénomène en est la description, au-delà la connaissance requise dans la pédagogie de l’action comporte la structure et le fonctionnement pour en comprendre ou reproduire la genèse.

raymond

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POUR CHANGER, PEUT-ON FAIRE L’ECONOMIE DES REPRESENTATIONS ?

 

Nous reprenons ici le titre d’un article de la revue Sport et Plein Air de 1988 rendant compte d’un travail effectué avec les participants du stage Maurice Baquet à BOULOURIS en 1987.

Tous les stagiaires du groupe natation étaient d’anciens nageurs (certains performants) ou des entraîneurs en fonction. Nous avions pour souci d’attirer l’attention des stagiaires sur les aspects spatio-temporels de l’organisation des nageurs.

La lecture de Piaget avait attiré notre attention sur les rapports entre la réussite en action et les représentations. La première n’implique pas, sans plus, l’exactitude de la seconde nous disait l’auteur.

C’est ainsi que préalablement à toute pratique en piscine, nous avons demandé aux stagiaires de représenter sur une ligne, les durées relatives des actions propulsives des jambes et des bras pendant un cycle de nage en brasse. Par convention, sur la ligne représentant la durée totale du cycle, au dessus un trait épais figurait la durée de l’action motrice des bras et en dessous le trait la durée de celle des jambes.

Ce travail a été repris bien des années plus tard ( en 2011 ) au stage d’Aix les Bains et a plongé dans la même perplexité les participants entraîneurs.

Nous suggérons donc à chaque lecteur d’interrompre ici sa lecture pour prendre le temps de se livrer au même exercice.

Pour commencer, tracer un segment de droite de 15 ou 20 cm. représentant la durée du cycle.

Au premier degré d’approximation une condition nécessaire pour que la phase soit considérée comme propulsive est que le segment considéré se déplace en sens inverse de celui du nageur.

Naturellement nous avons dans un second temps fait réaliser aux stagiaires un parcours filmé sous la surface pour en extraire les images d’un cycle et décrypté pour chacun les durées faisant l’objet de la représentation.

Voir plus loin les représentations spontanées des stagiaires.

Deux questions se posent :

1) est-il possible d’enseigner une activité dont on ignore la manière dont elle est constituée (structure) et son fonctionnement ?

2) En quoi la connaissance objective de l’activité (lorsqu’elle est établie) peut-elle guider le formateur ou l’entraîneur dans son activité de construction des nageurs.

Les faits semblent accréditer l’idée que bon nombre d’enseignants ne fonctionnent pas à partir d’une représentation objective de leur objet d’enseignement.

Par contre il semble avéré que le passage à une pédagogie de l’action ne soit possible que s’il y a adéquation ce qui est représenté et ce qui doit être enseigné.

Pour illustrer l’importance des représentations nous reproduisons la page 22 d’une publication sortie en 1920 ( LA NATATION SPORTIVE ET ÉDUCATIVE – LE WATER-POLO – ILLUSTRÉ PAR LA PHOTOGRAPHIE , Paul Boucher, Amand Girard, c1920, collection "Olympic" ).

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Quels commentaires appelle de votre part cette représentation de la brasse?

Et voici les représentations spontanées des stagiaires de 1987

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raymond

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